Une priorité nationale assumée au sommet de l’État
En célébrant la Journée nationale du commerce et des affaires, le 20 mai, le Congo-Brazzaville a placé la Zone de libre-échange continentale africaine au centre de son agenda. La ministre Jacqueline Lydia Mikolo y voit autant un défi collectif qu’une priorité nationale.
Devant les opérateurs économiques, la responsable du Commerce, des Approvisionnements et de la Consommation, également chargée de la ZLECAF, a livré une lecture sans complaisance des chantiers à venir. Le ton était volontaire, mais lucide sur l’ampleur de la tâche.
Un marché continental à conquérir sans naïveté
L’argument central tient en une promesse : ouvrir aux entreprises congolaises « un vaste marché continental dynamique et compétitif ». PME, industries, agriculteurs, artisans et jeunes entrepreneurs sont explicitement désignés comme les premiers bénéficiaires potentiels de cette intégration.
Mais l’accès à ce marché ne se décrète pas. La ministre l’a martelé en une formule programmatique : il faut « produire plus, produire mieux et privilégier la production locale ». Une manière d’avertir que la libéralisation profite d’abord aux économies réellement préparées.
Derrière cette mise en garde affleure une crainte connue des pays à base productive étroite. Sans montée en gamme de l’offre nationale, l’ouverture commerciale risque de transformer le pays en débouché pour les productions voisines, plus qu’en exportateur.
La machine institutionnelle déjà en mouvement
Pour traduire l’ambition en actes, Jacqueline Lydia Mikolo a détaillé un dispositif déjà engagé. Une cellule juridique a été constituée afin de réviser la législation commerciale et d’aligner le cadre national sur les exigences du dispositif continental.
Ce travail législatif s’accompagne d’une actualisation de la stratégie nationale de mise en œuvre de la ZLECAF, initialement bornée sur la période 2021-2030. L’enjeu consiste à corriger le tir là où la trajectoire de départ a pris du retard.
À cet effort s’ajoute l’élaboration d’une feuille de route opérationnelle couvrant les années 2026 à 2030. Ce document doit transformer les principes en jalons concrets, avec des échéances et des responsabilités identifiables pour l’administration et le secteur privé.
Une méthode fondée sur la concertation
L’originalité de la démarche réside dans son volet participatif. Des réunions associant commerçants, opérateurs économiques, consommateurs, société civile et administrations publiques sont annoncées pour les cent premiers jours.
Ce calendrier resserré traduit une volonté d’embarquer rapidement les parties prenantes, plutôt que d’imposer une réforme par le haut. Il signale aussi que la réussite de la ZLECAF dépendra autant de l’appropriation locale que des textes adoptés.
Reste une inconnue de taille : la capacité d’exécution. Entre l’annonce d’une stratégie et sa mise en œuvre effective, le Congo devra démontrer que les structures créées dépassent le stade des intentions affichées.
Un test de crédibilité économique pour le Congo
À l’horizon 2030, la ZLECAF apparaît ainsi comme un révélateur. Elle mesurera la capacité du pays à diversifier une économie longtemps adossée aux hydrocarbures et à doter ses entreprises d’une compétitivité tournée vers l’extérieur.
En érigeant ce dossier en priorité nationale, la ministre Mikolo engage l’exécutif sur un terrain exigeant. Les prochains mois, et notamment les cent jours promis, diront si la rhétorique de l’intégration se mue en politique commerciale tangible (Vox Congo).
