Un permis stratégique entre les mains du géant Dangote
Le Conseil des ministres a franchi une étape attendue. Réunis cette semaine, ses membres ont adopté le projet de décret confiant à Dangote Fertilizer Limited Congo le permis d’exploitation du gisement de sels de potasse de Mengo, dans le département du Kouilou.
Le dossier a été défendu jeudi 18 juin 2026 par Urbain Fiacre Opo, ministre des Industries minières et de la Géologie. Sa présentation a posé les bases d’un investissement appelé à peser lourd dans le paysage industriel du Congo-Brazzaville.
Derrière la signature, c’est l’ancrage du groupe Dangote qui se renforce. Le conglomérat nigérian, déjà connu pour ses ambitions continentales, inscrit ainsi le pays dans la chaîne de valeur africaine des engrais, un secteur jugé sensible pour la souveraineté agricole.
Mengo, un gisement revenu dans le giron public
L’attribution n’allait pas de soi. La demande, déposée le 2 avril 2026, est intervenue après le retour du site dans le domaine public. Ce retour faisait suite au non-respect des engagements pris par l’ancien détenteur du titre minier.
Le potentiel du gisement justifie l’intérêt. Selon les chiffres communiqués au Conseil, Mengo recèlerait près de 325 millions de tonnes de réserves prouvées de sels de potasse. Une ressource considérable, rare à cette échelle dans la sous-région.
La durée d’exploitation est projetée sur vingt-cinq ans. De quoi inscrire le projet dans le temps long, loin des aventures minières éphémères qui ont parfois marqué le secteur. La stabilité affichée se veut un gage de sérieux pour les autorités.
Une montée en puissance pensée par paliers
Le plan de développement mise sur la prudence industrielle. La production démarrerait à un million de tonnes par an lors de la phase initiale. Une approche graduelle qui limite les risques tout en testant la viabilité du site.
Les ambitions grandissent ensuite. La deuxième phase viserait deux millions de tonnes annuelles, avant d’atteindre trois millions de tonnes en phase finale. Cette progression dessine, à terme, l’un des plus importants pôles de potasse du continent.
Au-delà du minerai brut, Dangote Fertilizer veut transformer sur place. Le groupe projette la construction d’une usine de production d’engrais NPK. L’objectif affiché est de valoriser localement la matière première plutôt que de l’exporter à l’état brut.
Trois milliards de dollars et la promesse de l’emploi
Le volet financier impressionne. L’investissement annoncé atteindrait trois milliards de dollars américains. Une somme qui place Mengo parmi les chantiers économiques majeurs ouverts ces dernières années au Congo-Brazzaville.
Les retombées humaines accompagnent cette enveloppe. Le projet devrait générer près de 800 emplois directs. À cela s’ajoutent les activités connexes, souvent décisives pour le tissu économique local et les petites entreprises gravitant autour des grands sites.
Le transfert de compétences figure aussi parmi les arguments avancés. La formation d’une main-d’œuvre qualifiée constitue un enjeu récurrent pour les économies extractives, où la valeur ajoutée échappe parfois aux populations riveraines.
L’usine d’engrais NPK porte enfin une dimension stratégique. En soutenant la transformation locale, elle pourrait contribuer au renforcement de la sécurité alimentaire, un sujet qui dépasse largement le cadre minier et touche à l’autonomie du pays.
Un avertissement présidentiel sur l’or illégal
La séance ne s’est pas limitée à la potasse. Le président Denis Sassou N’Guesso a profité de l’occasion pour alerter le gouvernement sur l’exploitation illégale des ressources minières, un fléau qui mine plusieurs régions.
Le chef de l’État a visé des zones précises. Il a dénoncé l’exploitation anarchique de l’or dans des localités de la Cuvette-Ouest, de la Sangha, ainsi que dans le secteur du Bas-Kouilou. Des territoires où l’orpaillage clandestin prospère souvent loin des regards.
Face à ce constat, une réponse institutionnelle a été demandée. Le président a instruit le Premier ministre de mettre en place une task force interministérielle. L’initiative vise à coordonner les administrations concernées et à reprendre la main sur des filières échappant au contrôle.
Ce rappel n’est pas anodin. Il souligne le contraste entre un investissement encadré, fiscalisé et porteur d’emplois, et une exploitation sauvage qui prive l’État de recettes. Pour Brazzaville, l’enjeu consiste à orienter la rente minière vers le développement plutôt que vers l’informel.
L’attribution du permis de Mengo apparaît ainsi comme un signal. Elle traduit la volonté d’attirer des opérateurs d’envergure tout en assainissant un secteur exposé aux dérives. Reste désormais à transformer ces engagements en réalisations concrètes sur le terrain.
