Un réveillon stratégique pour la République
La pluie fine qui tombait sur Brazzaville, mercredi 31 décembre, n’a pas entamé la solennité du Réveillon d’armes 2025, placé sous le très haut patronage du président Denis Sassou-Nguesso, chef suprême des armées et, à ce titre, première sentinelle de la Nation.
Autour de lui, membres du gouvernement, hauts gradés, attachés de défense et parlementaires ont formé un carré d’autorité pour entendre, avant les douze coups de minuit, les orientations stratégiques qui jalonneront l’action de la Force publique durant l’année 2026.
Bilan opérationnel de l’année 2025
Premier à prendre la parole, le général de division Guy-Blanchard Okoï, chef d’État-major général des Forces armées congolaises, a dressé un état des lieux dense, marquant les progrès accomplis en matière de recrutement, de discipline, d’ingénierie civile et de lutte contre le grand banditisme.
Le militaire a également mis en lumière l’engagement congolais au sein de la Mission de l’ONU en Centrafrique, saluant le courage des soldats tombés pour la paix, tandis que la Sécurité civile recevait une mention pour ses interventions rapides lors des récentes inondations urbaines.
Selon le rapport, l’intégration continue des femmes, célébrée lors du cinquantenaire de leur présence dans les rangs, illustre l’ouverture de la Force publique à toutes les compétences, avec des officières désormais présentes dans les unités de génie, la logistique et même les sections de combat.
Sécurisation de la présidentielle de mars 2026
Moment central du discours présidentiel, la sécurisation du scrutin de mars prochain constitue, selon Denis Sassou-Nguesso, « une mission républicaine qui prime sur toute autre », car garante de la stabilité institutionnelle et de l’unité nationale dans un contexte régional marqué par des tensions électorales.
Le chef de l’État a donc enjoint la Force publique, épaulée par le gouvernement Collinet Makosso, d’assurer des opérations de prévention, de renseignement et de dissuasion, afin que chaque citoyen puisse voter sereinement, sans intimidation, sur l’ensemble des 12 000 bureaux appelés à ouvrir.
Un centre de commandement électoral sera activé au ministère de la Défense, relié en temps réel aux commandements territoriaux et à la Commission nationale électorale indépendante, pour coordonner les mouvements de troupes, la circulation des matériels et la veille cybernétiques des plateformes d’information.
Modernisation et formation des unités
Anticipant les menaces hybrides, le président a insisté sur l’urgence de renforcer la formation aux techniques de combat rapproché, au maniement des drones tactiques et à la cybersécurité, domaines déjà introduits dans le programme des écoles militaires de Pointe-Noire et de Mboundi.
Les équipements livrés en 2025 – véhicules blindés légers, stations radio numériques, tenues balistiques adaptées au climat équatorial – seront complétés, en 2026, par des moyens de mobilité fluviale destinés à sécuriser le corridor du fleuve Congo, voie vitale pour l’économie.
Dans la même logique, l’unité de génie civil, déjà sollicitée pour réhabiliter des routes secondaires, sera mobilisée sur les chantiers de construction des centres de dépouillement afin d’accélérer la remontée sécurisée des procès-verbaux et d’éviter des regroupements prolongés de populations.
Coopérations extérieures et ancrage régional
La diplomatie de défense congolaise bénéficie d’un réseau d’attachés militaires venus d’Afrique centrale, d’Europe et d’Asie, présents à la cérémonie. Plusieurs d’entre eux ont confirmé, en marge du Réveillon, l’arrivée prochaine d’instructeurs spécialisés dans la sécurisation des processus électoraux sensibles.
Par ailleurs, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, dont le Congo assure la présidence tournante, entend mutualiser les alertes transfrontalières pour prévenir toute tentative de déstabilisation qui, selon un observateur régional, « serait coûteuse pour l’ensemble du bassin du Congo ».
Les partenaires historiques, au premier rang desquels la France et la Chine, poursuivent, de leur côté, les programmes de modernisation des infrastructures de maintenance et d’habillement, afin de garantir une disponibilité technique supérieure à 80 % du parc opérationnel dès le début du scrutin.
Cap 2026: discipline, cohésion, développement
Pour Denis Sassou-Nguesso, la Force publique, « bien debout », doit incarner la discipline d’État tout en participant au développement. Le chef de l’État a ainsi rappelé qu’un budget de contrepartie permettra de financer, dès janvier, des travaux communautaires exécutés par les bataillons de génie.
Dans le même registre, l’opération de lutte contre le grand banditisme, responsable d’un recul sensible de la criminalité à Brazzaville et Pointe-Noire depuis dix-huit mois, sera prolongée et étendue aux corridors routiers de l’intérieur, afin de sécuriser les échanges agricoles.
En conclusion du Réveillon, le président a formulé des vœux de santé, de bonheur et de progrès à l’ensemble des officiers, sous-officiers, militaires du rang et familles. Il a surtout martelé que la réussite du scrutin renforcerait la confiance des investisseurs dans l’économie congolaise.
Le point juridique/éco
Sur le plan légal, la loi électorale révisée en novembre prévoit le remboursement partiel des frais de campagne aux candidats respectant le plafond des dépenses et les exigences renforcées de transparence.
Les économistes voient dans ce mécanisme un levier d’assainissement susceptible d’attirer de nouveaux investisseurs, convaincus que la compétitivité politique s’accompagne d’une gestion budgétaire rigoureuse et d’une stabilité propice au développement des secteurs agro-industriel et numérique.
