Feuille de route nationale vers la neutralité carbone
Dans un hôtel feutré de Brazzaville, une cinquantaine de chercheurs, statisticiens et décideurs publics passent le draft 2 de la Cdn 3.0 au peigne fin. Le document, de 120 pages, précise la trajectoire congolaise pour converger vers la neutralité carbone mondiale visée en 2050.
Selon la ministre de l’Environnement Arlette Soudan-Nonault, « cette contribution est notre boussole pour un avenir viable ». Le texte condense quinze mois de consultations régionales, d’audits énergétiques et d’inventaires forestiers, adossés aux nouvelles directives de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
Les participants vérifient la cohérence des données, du taux de séquestration des tourbières de la Cuvette aux projections démographiques urbaines. Toute décimale compte : l’objectif d’absorption net est fixé à 47,8 % des émissions nationales à l’horizon 2035.
Une ambition alignée sur la vision 2030 du Congo
Au-delà du climat, la Cdn 3.0 s’imbrique dans le Plan national de développement 2022-2026 et la Vision 2030 voulue par le président Denis Sassou Nguesso. La feuille de route climatique devient ainsi un levier de diversification économique et de création d’emplois verts.
Le ministère du Plan a fourni ses scénarios macroéconomiques. Ils tablent sur une croissance annuelle additionnelle de 1,2 point grâce au marché du carbone, aux incubateurs agroforestiers et aux infrastructures solaires en zone rurale.
Pour Mohamed Boussaïd, représentant de Afrique Nemac Partnership, « la réussite passera par l’appropriation nationale ». L’enjeu est de transformer l’engagement diplomatique en programmes locaux palpables, depuis les coopératives de cacao certifié jusqu’aux briques en argile bas-carbone.
Financements : attirer 8,9 milliards de dollars verts
Le coût global de la transition, chiffré à 8,92 milliards $ entre 2025 et 2035, inclut la modernisation du parc énergétique, la restauration de deux millions d’hectares forestiers et un volet d’adaptation pour les villes ripariennes.
Brazzaville compte mobiliser plus de 80 % de ces fonds auprès des mécanismes internationaux : Fonds vert, marché volontaire du carbone et guichet REDD+. En contrepartie, le pays offre le service inestimable de ses forêts du Bassin du Congo, deuxième poumon planétaire.
Mme Soudan-Nonault insiste sur la crédibilité des chiffres. « Nous ne vendons pas un slogan, mais une capacité mesurable à séquestrer cinq gigatonnes de CO2 sur dix ans », rappelle-t-elle, évoquant les images satellites qui corroborent les inventaires forestiers.
Secteurs prioritaires : forêts, énergie, infrastructures
Le draft confirme quatre secteurs stratégiques. Les forêts, d’abord, avec l’extension des concessions certifiées FSC et le développement de filières de bois à haute valeur ajoutée locale.
Vient ensuite l’énergie. Le Congo prévoit 70 % d’électricité renouvelable en 2040 grâce à l’hydroélectricité des Plateaux Batéké, au solaire hybride des zones minières et à la biomasse issue des résidus agricoles.
Enfin, les infrastructures routières et portuaires intégreront des standards bas-carbone ; tandis que l’agriculture climato-intelligente s’appuiera sur des semences résilientes et l’agroforesterie villageoise. Chaque chantier alimente une base de données unique, logée au Centre national d’observation du climat.
Transparence et suivi pour crédibiliser l’action climatique
La Cdn 3.0 introduit un dispositif de suivi-évaluation trimestriel. Un tableau de bord numérique consolidera les émissions, les flux financiers et l’impact social, en accès contrôlé pour les bailleurs et la société civile.
Les experts se sont particulièrement penchés sur les Matières résiduelles dangereuses. Objectif : aligner les normes industrielles avec le nouveau règlement sous-régional sur les déchets, évitant que les gains de séquestration soient annulés par des polluants persistants.
Fatoumata Barry Marega, qui représentait le coordonnateur résident de l’ONU, salue « un système transparent et robuste, indispensable pour activer la confiance des partenaires et déclencher l’effet levier des financements verts ».
La diplomatie climatique congolaise en CEMAC et au-delà
Le Congo entend tirer avantage de son leadership au sein de la Commission climat du Bassin du Congo et du mécanisme Blue Fund. Brazzaville défendra sa Cdn 3.0 lors de la prochaine session de la CCNUCC, avec le soutien coordonné de la CEMAC.
Cette approche régionale vise à harmoniser les méthodologies de calcul, mutualiser les projets d’hydroélectricité transfrontalière et peser davantage dans les négociations sur les marchés carbone africains.
Dans les couloirs de l’atelier, un conseiller du ministère des Affaires étrangères souligne que « l’enjeu n’est plus seulement de réduire des tonnes de CO2, mais de monétiser intelligemment un capital naturel qui profite à la planète entière ».
À retenir
Le draft 2, une fois enrichi par les experts, sera soumis au Conseil national du développement durable puis au gouvernement pour approbation formelle avant envoi à la CCNUCC. La trajectoire est minutée : dépôt prévu au premier trimestre 2024 pour un examen technique avant la COP30.
Le point économique
Selon les calculs du Centre d’études budgétaires, chaque dollar investi dans la Cdn 3.0 pourrait générer 1,7 dollar de valeur ajoutée locale, via les emplois dans l’énergie propre et la certification forestière. De quoi conforter la soutenabilité de la dette publique sans grever les équilibres macrofinanciers.
