Journée internationale de lutte contre la corruption 2025
Le 9 décembre rappelle l’adoption, en 2003, de la Convention des Nations unies contre la corruption. Vingt-deux ans plus tard, l’événement prend une acuité particulière à Brazzaville, où institutions et société civile se mobilisent autour du mot d’ordre mondial.
Pour l’édition 2025, le thème retenu par l’Organisation des Nations unies, « S’unir avec la jeunesse contre la corruption », résonne dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de trente ans, selon l’INS.
HALC, vigie de la gouvernance congolaise
Créée en 2023, la Haute Autorité de lutte contre la corruption multiplie depuis deux ans enquêtes, contrôles et campagnes d’information. À sa tête, Emmanuel Ollita Ondongo défend une approche mêlant prévention, répression ciblée et coopération internationale.
Selon le Fonds monétaire international, l’action de la HALC a contribué à l’amélioration de quatorze positions du Congo sur l’indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International, passant du 165e au 151e rang.
Une année de la jeunesse prolongée jusqu’en 2025
En prolongeant l’« année de la jeunesse » jusqu’en décembre 2025, le président Denis Sassou Nguesso a donné un cadre politique à la participation des 15-35 ans. La HALC y trouve un terrain privilégié pour diffuser la culture d’intégrité.
« Oui à l’intégrité, la corruption ne passera pas par moi » : le slogan affiché cette année cible d’abord les lycées, universités, start-ups et fédérations sportives. Des séances interactives sont programmées dans les douze départements à partir du 1er novembre.
Technologies émergentes au service de la transparence
L’intelligence artificielle et la blockchain, mentionnées dans le guide 2025 de l’ONU contre la corruption, inspirent déjà les jeunes développeurs congolais. Un premier hackathon, soutenu par le ministère des Postes et Télécommunications, se tiendra à Pointe-Noire début décembre.
Objectif : concevoir des applications capables de tracer les marchés publics et d’offrir aux lanceurs d’alerte une plateforme anonyme. La HALC promet de tester les prototypes dans trois administrations pilotes, dont l’Équipement et la Santé.
Le point juridique et économique
Depuis le décret n° 2022-467, chaque agent public doit déposer une déclaration d’intérêts auprès de la HALC. Une permanence a été ouverte boulevard Denis-Sassou-Nguesso, et un portail en ligne sera opérationnel d’ici février 2026.
Les entreprises titulaires de contrats d’État devront, elles aussi, publier la structure de leur actionnariat avant la fin du premier trimestre. Selon le ministère des Finances, cet élargissement renforce l’attractivité du pays pour les investisseurs responsables.
À retenir
La mobilisation de la jeunesse est désormais inscrite au cœur de la stratégie anticorruption congolaise. Elle s’appuie sur l’éducation civique, l’usage des nouvelles technologies et un encadrement institutionnel clair salué par les partenaires multilatéraux.
Les progrès mesurés sur l’indice de Transparency International constituent un indicateur encourageant, mais la réussite dépendra du passage de la conscience à l’action concrète sur le terrain administratif, économique et judiciaire.
Perspectives et voix de la jeunesse
À Brazzaville, Clarisse Mbemba, étudiante en management, considère que « l’enregistrement en ligne des notes d’examens pourrait empêcher les fraudes ». Son propos illustre l’aspiration d’une génération à des institutions numériques plus transparentes.
D’autres jeunes interrogés par Les Échos du Congo-Brazzaville plaident pour l’introduction, dès le collège, d’un module obligatoire consacré à la déontologie publique, afin de « vacciner l’esprit contre les combines », selon l’expression d’un lycéen de Mouyondzi.
Regard d’expert
Pour l’économiste Ferdinand Goma, la lutte contre la corruption « crée un cercle vertueux : meilleure gouvernance, confiance des bailleurs, baisse du coût du capital, croissance inclusive ». Il souligne l’effet d’entraînement attendu sur les petites et moyennes entreprises.
Il avertit toutefois que « les déclarations d’intérêts doivent être systématiquement vérifiées, sans quoi l’outil deviendra lettre morte ». La HALC assure que cinquante vérificateurs supplémentaires seront recrutés en 2026 grâce à un appui de la Banque mondiale.
Cap sur le 9 décembre
Le message officiel sera lu le 8 décembre depuis le siège de la HALC. Le lendemain, un forum mêlant institutions, ONG, universités et partenaires techniques scellera les engagements. Les jeunes élus municipaux de Brazzaville présenteront un pacte d’intégrité.
« Ensemble, unis à nos jeunes, nous pouvons construire un avenir plus équitable et sûr », martèle Emmanuel Ollita Ondongo. À trois semaines de la date, le ton est donné : la jeunesse sera juge et moteur du changement.
Initiatives régionales CEMAC
La HALC collabore avec les homologues du Cameroun, du Gabon et de la Guinée équatoriale au sein du réseau anticorruption de la CEMAC. L’objectif est d’harmoniser les procédures d’enquête et de mutualiser les bases de données patrimoniales.
Une task-force mixte se réunira à Libreville en février 2026 pour tester un système interopérable d’échanges d’informations financières. Cette dimension régionale devrait réduire les zones grises transfrontalières qui alimentent la fraude et les détournements.
Le rôle des médias et de la société civile
Radio Mucodji, première station communautaire autorisée à couvrir l’événement, prévoit un débat quotidien avec des représentants de la HALC et des associations de jeunes. Le direct sera également commenté sur les réseaux sociaux via le mot-dièse #Intégrité242.
Les ONG anticipent un pic de signalements durant la semaine du 9 décembre. Pour la juriste Albertine Dzaba, « la médiatisation crée un climat de vigilance générale qui décourage les sollicitations indues, surtout dans les services délivrant des documents administratifs ».
