Belém 2025, l’heure des comptes
Depuis Belém, ville amazonienne devenue le centre de la planète climat, Denis Sassou N’Guesso a ouvert la COP30 par un constat sévère : la communauté internationale reste « quasi-impuissante » face à l’emballement des températures malgré des décennies de sommets.
Il a rappelé le « fossé béant » existant entre les déclarations ambitieuses et les actions tangibles, soulignant le retard pris dans la réponse mondiale et l’attente persistante des financements promis aux pays vulnérables.
Un discours centré sur l’équité climatique
Pour le chef de l’État congolais, la justice climatique ne peut être dissociée de la survie collective : « la responsabilité dans l’équité » doit guider la transition énergétique de Bakou à Belém et au-delà, a-t-il martelé devant les délégations.
Son adresse a résonné comme un rappel diplomatique : les pays du Sud, gardiens de vastes forêts, assument déjà une part disproportionnée de l’effort d’atténuation tout en supportant les premières conséquences sociales du réchauffement.
La diplomatie verte de Brazzaville
Depuis plus de quarante ans, Brazzaville s’est fait connaître dans les enceintes multilatérales pour sa stratégie de conservation, bâtie sur une combinaison d’aires protégées, de législation forestière stricte et de plaidoyers constants en faveur d’un prix juste du carbone tropical.
Le résultat se matérialise par 4 millions d’hectares d’aires protégées, soit 13,5 % du territoire, et par l’obligation, depuis trois décennies, d’aménager toute concession productive afin de concilier développement, biodiversité et puits de carbone.
Tourbières, trésor fragile du bassin du Congo
Les inventaires récents confirment que les tourbières congolaises forment la plus vaste mosaïque tropicale au monde, stockant l’équivalent de trois ans d’émissions globales de CO₂ et régulant l’hygrométrie régionale.
Préserver ces écosystèmes revient à maintenir un climat vivable du golfe de Guinée au Sahel, argue le ministère congolais de l’Environnement, qui souhaite convertir cette valeur en revenus carbone soutenant les communautés riveraines.
Une équipe conjointe de l’Université Marien-Ngouabi et du Centre de recherche forestière internationale finalise actuellement une cartographie haute résolution des tourbières, destinée à orienter les futures zones de développement agro-industriel sans sacrifier la fonction de stockage du carbone.
Financements : l’éternelle promesse
Devant l’assemblée, Denis Sassou N’Guesso a rappelé que les contributions financières prévues pour soutenir les plans nationaux d’adaptation demeurent en deçà de l’engagement annuel de 100 milliards USD annoncé à Paris.
Il a souligné que sans flux pérennes, la transition énergétique risque d’être synonyme de nouveaux endettements pour les pays forestiers, compromettant ainsi la stabilité économique et sociale qu’ils s’efforcent de consolider.
À Belém, plusieurs bailleurs ont annoncé leur intention d’allouer 200 millions USD supplémentaires au Fonds bleu, mais les négociations doivent encore préciser la ventilation entre adaptation, atténuation et projets à co-bénéfices sociaux tels que l’électrification rurale.
Aménagement forestier, un modèle qui s’exporte
Plus de neuf millions d’hectares sont aujourd’hui aménagés selon des plans de gestion validés, tandis que trois millions supplémentaires sont en cours d’élaboration, la moitié déjà certifiée sous les normes internationales FSC ou PEFC.
Ce socle réglementaire, salué par plusieurs ONG environnementales, permet au Congo de négocier des accords bilatéraux fondés sur la performance carbone, à l’image du partenariat en discussion avec l’Union européenne.
La décennie onusienne du boisement
Sous impulsion congolaise, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Décennie 2027-2036 pour le boisement et le reboisement, un cadre programmatique qui ambitionne de fédérer États, entreprises et société civile autour d’objectifs quantifiés de restauration des forêts.
Le ministère des Affaires étrangères entend faire de cette décennie un levier diplomatique, en organisant chaque année un forum technique à Brazzaville afin de suivre les engagements, partager les données satellitaires et mobiliser des financements innovants.
Le président congolais propose d’y associer les savoirs traditionnels.
Vers un fonds des forêts tropicales
La proposition brésilienne d’un fonds dédié à la préservation des forêts tropicales trouve un écho favorable à Brazzaville, qui y voit une opportunité d’harmoniser les mécanismes existants, dont le Fonds bleu pour le bassin du Congo lancé en 2017.
Selon une source diplomatique congolaise, l’idée serait de mutualiser l’expertise des trois grands bassins forestiers mondiaux afin de proposer un guichet unique, augmentant la lisibilité pour les investisseurs privés et réduisant les coûts de transaction.
À retenir
Le discours de Belém confirme la volonté du Congo d’occuper une place centrale dans la gouvernance climatique mondiale, non seulement comme réservoir de carbone, mais aussi comme force de proposition pour des solutions de financement réalistes.
En rappelant l’urgence d’une équité tangible, Denis Sassou N’Guesso renforce son image de porte-voix des peuples forestiers et invite les grandes puissances à joindre le geste à la parole avant que le thermomètre ne dépasse le seuil critique de 1,5 °C.
Le point juridique/éco
Le Congo a inscrit dans le Code forestier l’obligation d’aménagement et la certification progressive des concessions, créant un environnement réglementaire stable qui séduit les investisseurs verts intéressés par les crédits carbone de haute intégrité.
Parallèlement, la Banque des États de l’Afrique centrale étudie la possibilité d’émettre des obligations vertes indexées sur les résultats d’afforestation, offrant aux marchés financiers régionaux un produit soutenu par des actifs environnementaux mesurables.
