Un élan solidaire au cœur de Brazzaville
Les chants d’enfants résonnaient encore dans les couloirs de la Fondation Majesté de Cœur de Ngamakosso lorsqu’un convoi diplomatique s’est arrêté devant le portail bleu. Sacs de riz, bidons d’huile et cartons de cahiers ont aussitôt été déchargés sous un soleil toujours généreux.
Au même instant, à l’orphelinat Notre Dame de Nazareth de Mpila, un cérémonial similaire se jouait, orchestré par l’ambassadrice du Venezuela, Laura Evangelia Suarez, épaulée par la Fédération de la communauté étrangère en République du Congo, la Fecerc, qui fédère plus de trente nationalités.
Vivres, fournitures scolaires, jouets et draps ont ainsi été remis à plus de cent cinquante pensionnaires, réaffirmant la place des initiatives privées et diplomatiques dans la protection sociale, complément indispensable aux efforts continus du gouvernement congolais dans le secteur de l’enfance.
Médecine préventive pour enfants vulnérables
Au-delà des dons matériels, des consultations médicales gratuites ont été assurées par une équipe mixte de pédiatres congolais et cubains en résidence à Brazzaville, partenariat rendu possible grâce aux accords de coopération sanitaire signés entre les deux capitales en 2021.
Les praticiens ont dépisté des cas de dermatose, d’épilepsie, de trisomie 21 et de hernie, pathologies courantes dans les centres d’accueil surpeuplés. Les dossiers médicaux ouverts permettront un suivi régulier, assuré en coordination avec le ministère congolais de la Santé et de la Population.
« Il ne suffit pas de nourrir, il faut soigner, stimuler et écouter », a résumé la docteure Luz María Ortega, pédiatre de la mission cubaine, rappelant que chaque enfant pris en charge aujourd’hui « représente un futur citoyen productif ».
Diplomatie humanitaire vénézuélienne
Pour l’ambassadrice Suarez, cette opération relève de la « diplomatie des peuples » défendue par Caracas depuis deux décennies. « Tendre la main à l’Afrique, c’est honorer une histoire partagée et construire un avenir commun », a-t-elle déclaré devant les éducateurs.
Le geste s’inscrit aussi dans la stratégie de rapprochement Sud-Sud encouragée par l’Union africaine et la Communauté des États latino-américains, stratégie à laquelle Brazzaville adhère, considérant que la solidarité internationale passe d’abord par la coopération horizontale entre pays en développement.
Engagement des autorités congolaises
Présente à la cérémonie, Evelyne Berthe Taty Maounda, directrice de la famille au ministère des Affaires sociales, a salué « un appui concret aux lignes directrices du Plan national de développement, axe inclusion sociale ». Elle a souligné la nécessité de multiplier ces synergies avec les représentants étrangers.
L’épouse de l’ambassadeur du Cameroun, Françoise Nkoum-me-Ntseny, a renchéri, appelant les mères isolées « à ne pas hésiter à placer leurs enfants dans des structures spécialisées si les conditions de sécurité ou de nutrition à domicile font défaut ». Un message destiné à réduire l’errance infantile urbaine.
Le ministère de la Justice, chargé de la Protection de l’enfance, prépare par ailleurs une refonte du cadre légal des orphelinats, annoncée par le garde des Sceaux en octobre, afin d’améliorer l’agrément des structures et la formation continue du personnel éducatif.
Des défis structurels à relever
Malgré ces avancées, Brazzaville compte encore seulement une trentaine d’orphelinats officiellement enregistrés pour une population urbaine approchant deux millions d’habitants, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique. La demande d’accueil demeure donc supérieure à l’offre.
Les gestionnaires évoquent des coûts mensuels qui dépassent souvent cinq millions de francs CFA, nourrissant un recours quasi systématique aux dons. Ils regrettent que les subventions publiques, bien qu’en hausse depuis 2020, couvrent encore difficilement les dépenses d’énergie et de santé spécialisée.
Pour l’économiste Clément Banzouzi, chercheur à l’Université Marien-Ngouabi, « le tissu associatif reste dynamique, mais il gagnerait à être adossé à un mécanisme fiscal incitatif qui pérennise les parrainages d’entreprises locales ». Il prône la création d’un fonds dédié financé par un prélèvement minime sur la téléphonie mobile.
À retenir
La distribution de vivres et de kits scolaires témoigne d’une collaboration entre diplomatie, société civile et administration congolaise, modèle reproductible dans d’autres zones où les besoins sont proches, dans la Cuvette et le Kouilou.
Les consultations médicales inaugurées pourraient devenir trimestrielles grâce à l’appui d’équipes mobiles déjà opérationnelles dans le programme national Santé Maternelle et Infantile, renforçant l’objectif gouvernemental d’une couverture maladie universelle inclusive.
Le point socio-économique
Le coût global de l’opération est estimé à douze millions de francs CFA, pris en charge à parts égales par l’ambassade du Venezuela et la Fecerc. Ce montant inclut la logistique, les vivres, le matériel pédagogique et les honoraires médicaux.
À court terme, la visibilité donnée à ces actions solidaires incite plusieurs sociétés pétrolières installées dans la zone portuaire de Pointe-Noire à envisager des programmes semblables, preuve que la philanthropie peut s’articuler avec la responsabilité sociétale des entreprises.
À moyen terme, les autorités misent sur la digitalisation du registre des orphelinats afin d’améliorer la transparence des flux financiers et le suivi des indicateurs de bien-être des enfants, dispositif pilote qui devrait être lancé l’an prochain avec l’appui de la Banque mondiale.
