Six ans après la signature de l’accord entre Brazzaville et l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale, la revue technique 2025 trace un sillon ambivalent. Les avancées existent, mais les lenteurs aussi. Décryptage d’un partenariat à la croisée des chemins.
Une revue annuelle sous le signe de la lucidité
Le segment technique de la revue annuelle 2025 du partenariat Congo-CAFI s’est tenu le 26 mai dernier à Brazzaville. Autour de la table, les parties prenantes ont passé au crible l’état réel des initiatives stratégiques engagées depuis bientôt six ans.
L’accord fondateur remonte au 3 septembre 2019. Il fut paraphé par les présidents Emmanuel Macron et Denis Sassou N’Guesso, dans une logique de protection du massif forestier du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie.
CAFI, pour Initiative pour les forêts d’Afrique centrale, fédère plusieurs bailleurs autour d’un objectif clair. Il s’agit d’accompagner la République du Congo dans la préservation de ses forêts tout en finançant une trajectoire de développement plus sobre en carbone.
Dix jalons sur cinquante-deux : la mesure d’un effort
Le verdict chiffré donne le ton. Sur les 52 jalons opérationnels inscrits au programme, dix seulement ont été entièrement atteints. Trente-sept demeurent en cours d’exécution, tandis que cinq n’ont toujours pas été initiés.
Ce ratio, sans complaisance, traduit un avancement réel mais inégal. Les responsables réunis à Brazzaville n’ont pas cherché à enjoliver le tableau. La transparence affichée sur ces résultats constitue, en soi, un signal de maturité du dispositif.
Reste que le rythme interroge. Après six années de coopération, voir moins d’un cinquième des jalons pleinement bouclés nourrit légitimement les attentes d’une accélération. Le partenariat entre dans une phase où la démonstration de résultats devient décisive.
Des acquis qui dessinent une dynamique
Tout n’est pourtant pas à l’arrêt. Plusieurs réalisations méritent d’être saluées, à commencer par la mise à jour des engagements climatiques nationaux, socle de toute politique environnementale crédible sur la scène internationale.
Un diagnostic territorial d’envergure a également été conduit. Il couvre 580 titres et concessions, offrant une cartographie précieuse pour orienter les décisions d’aménagement et lutter contre l’exploitation incontrôlée des ressources forestières.
L’innovation a, elle aussi, trouvé sa place. Des systèmes de paiements pour services environnementaux ont été déployés via le mobile, rapprochant les mécanismes financiers des communautés locales souvent éloignées des circuits bancaires classiques.
Les zones d’ombre d’une coopération exigeante
Le bilan ne masque pas les fragilités. La revue pointe « des délais prolongés dans la préparation de projets » et « des retards d’exécution par certaines agences de mise en oeuvre », selon les termes mêmes du document d’évaluation.
Plus structurelle encore, la critique vise « une faible intégration des structures nationales dans la mise en oeuvre opérationnelle ». Autrement dit, l’appropriation locale du dispositif reste insuffisante, ce qui pèse sur sa durabilité et son efficacité.
Cette observation touche un nerf sensible de l’aide internationale. Un partenariat qui peine à irriguer les administrations congolaises risque de produire des résultats fragiles, dépendants des financements extérieurs plutôt que d’un ancrage institutionnel solide.
Un horizon 2026-2035 à négocier
Le partenariat couvre aujourd’hui huit secteurs prioritaires, de la foresterie à l’agriculture en passant par l’énergie. Cette ampleur explique en partie la complexité de la mise en oeuvre et la diversité des acteurs à coordonner.
Sur le plan financier, le CAFI avait engagé 65 millions de dollars jusqu’en 2025. Une somme conséquente, mais à la mesure des enjeux écologiques et économiques que représente la gestion du couvert forestier congolais.
L’enjeu se déplace désormais vers l’avenir. Les discussions portent sur une extension du partenariat pour la période 2026-2035, une décennie supplémentaire qui devra capitaliser sur les leçons des six premières années.
Le moment de vérité du modèle congolais
Cette prolongation se jouera largement sur la capacité des deux parties à corriger le tir. Accélérer la préparation des projets, fluidifier l’exécution et surtout impliquer davantage les institutions nationales figurent en tête des priorités implicites.
Pour Brazzaville, l’enjeu dépasse la seule question environnementale. Il touche à la crédibilité du pays comme partenaire fiable des grands mécanismes climatiques, à l’heure où le financement vert devient un levier diplomatique de premier plan.
La revue 2025 aura eu le mérite de la franchise. Elle dessine un partenariat vivant, traversé de réussites et de blocages, dont la prochaine décennie dira s’il tient ses promesses pour les forêts du Congo et leurs populations.
