Sur le tatami de Wuxi, la jeunesse congolaise s’affirme
Du 24 au 30 octobre, la ville chinoise de Wuxi a accueilli les Championnats du monde de taekwondo, réunissant près d’un millier d’athlètes issus de 145 pays. Parmi eux, deux jeunes Congolais ont porté haut le drapeau, suscitant curiosité et respect dans les tribunes internationales.
Le parquet olympique, baigné de lumières LED, rappelait à chaque instant l’ampleur de l’événement. Pourtant, Walikemot Neem et Bouassa Jonathan, vingt et vingt-et-un ans, ont gommé la pression pour entrer dans l’aire de combat avec un calme presque déroutant.
Dès le salut protocolaire, leur attitude déterminée a ravi les Congolais de la diaspora présents, conscients que la jeunesse sportive offre aujourd’hui un miroir positif au pays. Les réseaux sociaux, eux, relayaient déjà les premières esquisses de coups de pied circulaires exécutés par les deux compatriotes.
Deux catégories, un même esprit combatif
Walikemot Neem était aligné en moins de 63 kg, une division réputée pour la vélocité de ses échanges. Face au Turc Emircan Bardakcii, le Brazzavillois a répondu attaque pour attaque avant de s’incliner d’une courte marge aux points, au stade des trente-deuxièmes.
Chez les moins de 58 kg, Bouassa Jonathan a croisé la route du Coréen Lee Dong-hyuk, dernier médaillé d’Asie. Le Congolais, lucide, a varié hauteur et distance jusqu’au dernier round, arrachant au public un applaudissement nourri malgré l’élimination sur le gong final.
Si la sortie précoce peut paraître sévère, les deux combats ont été notés par la World Taekwondo Federation pour leur « intensité tactique ». Cette mention, rare pour un néophyte africain, laisse espérer un meilleur tirage lors des prochains tournois Grand Prix où le Congo sera invité.
Encadrement technique : l’atout des coachs congolais
Derrière les athlètes, les entraîneurs Bazebizonza Floris et Mananga Olivier ont joué la carte de l’expertise. Formés à Kukkiwon, les deux techniciens ont peaufiné une préparation mêlant vidéo-analyse et cycles de pliométrie, persuadés que la science sportive ouvre désormais la voie au podium.
Leur schéma d’entraînement, soutenu par le Comité national olympique, intègre aussi des ateliers de récupération inspirés du judo. « Nous voulons prévenir les blessures et prolonger les carrières », explique Bazebizonza, soulignant l’importance, pour le Congo, d’investir dans la longévité plutôt que la performance éphémère.
L’élan fédéral porté par le manager Rihan Adel
À Wuxi, la délégation était coordonnée par Me Rihan Adel, ancien international devenu manager. Soucieux de crédibiliser la discipline, il a inscrit l’équipe au Grand Slam Challenge prévu dans la même ville cet hiver, compétition qualificative pour les JO de Paris 2024.
Sa candidature annoncée à la présidence de la Fédération congolaise de taekwondo promet une campagne axée sur la formation provinciale et la recherche de sponsors. « Les entreprises des hydrocarbures soutiennent déjà le handball ; demain, elles peuvent accompagner nos combattants », assure-t-il, évoquant de premiers contacts encourageants.
À retenir
Au-delà des scores, la présence congolaise à Wuxi valide le travail entamé depuis trois ans pour recenser, encadrer et exposer les jeunes talents. Elle rappelle aussi l’importance de la diplomatie sportive, capable d’ouvrir des ponts culturels avec la Chine et d’illustrer l’ambition nationale de rayonnement.
Le point sportif et économique
Selon la World Taekwondo, le budget minimal pour une saison internationale par athlète se situe autour de 30 000 dollars, incluant stages, équipements et frais de déplacement. Pour deux combattants, la facture équivaut au coût annuel d’entretien d’un terrain synthétique de football dans la capitale.
Le ministère des Sports envisage de mutualiser les ressources du Fonds national pour les équipes d’élite afin de sécuriser ces enveloppes. Une telle démarche, saluée par les entraîneurs, offrirait de la visibilité budgétaire et permettrait d’attirer des partenaires privés sur des contrats pluriannuels.
L’impact économique d’une médaille internationale se mesure aussi en termes d’image. D’après une étude de Sportcal, un podium mondial génère en moyenne l’équivalent de 200 000 dollars d’exposition médiatique pour le pays concerné, un retour sur investissement que Brazzaville souhaite désormais quantifier précisément.
Cap sur les prochains défis internationaux
Neem et Jonathan poursuivent leur préparation au Centre national de Kintélé, où un camp d’altitude simulée vient d’être installé. L’objectif est clair : abaisser d’un dixième de seconde la vitesse de frappe avant leur entrée en lice au Grand Slam Challenge de Wuxi.
S’ils franchissent deux tours supplémentaires en janvier, les Congolais entreront dans le top 100 mondial, une première historique. Les experts y voient la preuve qu’une politique sportive cohérente, conjuguée à la détermination de la jeunesse, peut rapidement hisser la nation au rang des outsiders crédibles.
À moyen terme, la fédération espère organiser à Brazzaville un Open d’Afrique centrale, afin de capitaliser sur la dynamique actuelle et d’offrir aux combattants locaux l’expérience d’un événement international à domicile. Les démarches auprès de l’Union africaine de taekwondo sont déjà enclenchées.
