Une dynamique inclusive impulsée à Brazzaville
Quarante fauteuils roulants, une poignée de béquilles et surtout une mosaïque d’ambitions personnelles : la salle de l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation, nichée au cœur de la cité scientifique, a changé d’atmosphère depuis que l’ONG italienne Comunità Sviluppo e Promozione a inauguré son cycle de formation en entrepreneuriat. La scène, captée le 24 juillet, illustre la montée en puissance d’une approche qui ne se contente plus de prêcher l’inclusion mais la matérialise dans des dispositifs concrets, soutenus par l’Union européenne, la Conférence épiscopale d’Italie et le ministère congolais des Affaires sociales.
Des modules adaptés aux besoins spécifiques
Le curriculum, décliné en management, gestion financière, technologies de l’information et marketing, se distingue par un ajustement pédagogique rarement observé dans la sous-région. Rivanelle Missolékélé Mpidy, responsable de l’Anvri, précise que l’équipe a réalisé un diagnostic préalable des compétences afin de produire des supports majoritairement visuels, couvrant quatre-vingts pour cent des contenus. Les bénéficiaires, dont le niveau scolaire oscille entre le primaire et le secondaire, verront leurs progrès mesurés selon un triptyque d’évaluations diagnostique, formative et sommative. Cette granularité méthodologique répond à une exigence : faire émerger des microprojets financièrement viables plutôt que de simples intentions.
Un ancrage dans la stratégie nationale
Irène Marie Cécile Mboukou-Kimbatsa, ministre des Affaires sociales, s’est adressée aux stagiaires avec une injonction qui résonne comme un mot d’ordre républicain : « Apprenez pour conquérir votre autonomie ». Par ces mots, l’autorité rappelle l’existence du programme national de filets sociaux qui, depuis 2018, irrigue en microcrédits les activités génératrices de revenus. Pour Rigobert Maboundou, ministre de la Recherche scientifique, l’initiative s’inscrit dans la politique inclusive impulsée par le président Denis Sassou Nguesso, laquelle entend faire de la participation économique des personnes vivant avec handicap un indicateur de cohésion sociale autant qu’un vecteur de croissance endogène.
Les bailleurs internationaux en soutien discret
La dimension financière du projet traduit une diplomatie du développement qui ne dit pas toujours son nom. Le cofinancement européen, adossé à la solidarité catholique italienne, confère à cette formation une portée exemplaire dans un contexte où la coopération multilatérale se recompose autour de la notion de responsabilité partagée. Les partenaires, soucieux de respecter la souveraineté congolaise, laissent aux autorités nationales la visibilité politique du programme, tout en consolidant la chaîne de valeur via un appui technique et budgétaire. Ce modèle de gouvernance conjointe, déjà éprouvé dans le secteur de la santé, gagne ici le champ économique.
Vers un tissu entrepreneurial plus résilient
Depuis décembre 2024, cent-vingt autres personnes handicapées se forment à la couture, à la menuiserie ou encore à la reliure, preuve que la démarche s’inscrit dans un continuum d’acquisition de compétences. Les experts en économie inclusive notent que chaque micro-entreprise portée par une personne vulnérabilisée possède un effet multiplicateur sur l’emploi familial et communautaire. En diversifiant le profil sociologique de ses entrepreneurs, le Congo renforce la résilience de son tissu productif face aux chocs exogènes, qu’ils soient sanitaires, sécuritaires ou climatiques. À moyen terme, le pari est double : réduire la dépendance aux transferts publics et nourrir la croissance par l’élargissement de la base fiscale.
Regards croisés d’experts et de bénéficiaires
La sociologue Nadège Okemba souligne que « l’autonomisation économique des personnes handicapées reconfigure les rapports symboliques au travail et redistribue la carte de la dignité sociale ». De son côté, Jean-Baptiste Ngoma, malvoyant de trente-deux ans inscrit au module de marketing digital, confie : « Je n’attends plus un emploi, je souhaite en créer ». Ces témoignages traduisent le glissement d’une logique d’assistance vers une culture de la capacitation.
Un modèle appelé à essaimer
La phase pilote brazzavilloise devrait être dupliquée à Pointe-Noire et dans plusieurs chefs-lieux départementaux, selon des sources proches du dossier. Pour assurer la pérennité, les concepteurs misent sur un fonds renouvelable alimenté à la fois par des dotations publiques et par le remboursement, à taux symbolique, des premiers crédits consentis. Le dispositif anticipe ainsi un cercle vertueux : formation, création d’entreprise, génération de revenus, réinvestissement dans la formation. Cette architecture pourrait inspirer d’autres pays d’Afrique centrale en quête de solutions pragmatiques aux défis de l’inclusion.
Cap sur l’autonomie et la reconnaissance
Au terme de ce cycle, la remise des attestations prévue pour le quatrième trimestre 2025 ne représentera qu’une étape. La véritable mesure du succès se lira dans la pérennité des micro-unités créées et dans la capacité des bénéficiaires à devenir, à leur tour, mentors ou investisseurs d’une nouvelle génération. Dans un environnement global où l’économie de la connaissance et l’innovation sociale convergent, l’expérience congolaise affirme que la valorisation du capital humain ne saurait exclure celles et ceux que le handicap marginalisait hier encore.
