Un séminaire pour penser l’agriculture 4.0
Le 16 octobre, la salle de conférences du ministère de la Recherche scientifique a réuni chercheurs, décideurs et producteurs autour d’un séminaire-atelier dédié à l’agriculture intelligente. L’initiative est portée par l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation, l’Anvri.
« Il s’agit de mettre en synergie les compétences, de partager les expériences et d’élaborer des feuilles de route concrètes pour une agriculture moderne », a expliqué le directeur général, Obel Patrick Okéli, en soulignant l’urgence climatique et la nécessité de diversifier l’économie congolaise.
Prévu sur deux journées, le séminaire a alterné panels stratégiques et sessions pratiques, où drones, capteurs et logiciels de suivi des sols ont été présentés. Les démonstrations ont montré comment la donnée peut anticiper les besoins hydriques et optimiser les intrants dans les exploitations familiales.
Des atouts agricoles encore sous-exploités
Pour Aimé Christian Kayath, directeur de cabinet du ministre, « le Congo dispose de plus de dix millions d’hectares arables, d’une pluviométrie régulière et d’une biodiversité unique ». Ces atouts, rappelle-t-il, « doivent se traduire en emplois et en valeur ajoutée locale ».
Aujourd’hui, l’agriculture ne contribue qu’à environ 6 % du PIB, loin du potentiel évoqué. La faible mécanisation, la dépendance aux pluies et l’accès limité au crédit freinent encore la productivité et justifient les importations alimentaires évaluées à plus de 300 milliards de francs CFA par an.
Le Plan national de développement 2022-2026 fixe pourtant l’objectif de porter la part du secteur primaire à 10 % du PIB. La promotion de l’agriculture intelligente figure parmi les leviers identifiés, aux côtés de la réhabilitation des pistes rurales et de l’appui aux coopératives.
Étudiants et entrepreneurs en première ligne
Cent vingt étudiants issus des universités Marien-Ngouabi, Denis-Sassou-Nguesso d’Oyo et de quatre incubateurs privés ont suivi la formation. Sélectionnés pour leurs projets agri-tech, ils représentent la nouvelle génération d’entrepreneurs que l’Anvri veut voir émerger dans les plateaux, les vallées et les périphéries urbaines.
Les modules ont couvert le géoréférencement des parcelles, l’usage de sondes d’humidité connectées, la micro-irrigation solaire et la conception de tableaux de bord économiques. « Grâce aux capteurs, je peux planifier mes intrants et réduire mes pertes », témoigne Linda Banzila, étudiante inscrite à l’incubateur ZolaLabs.
Les chercheurs de l’Institut national de recherche agronomique ont, eux, présenté des variétés de manioc enrichies en vitamine A. L’objectif est de coupler amélioration génétique et outils numériques pour répondre simultanément aux défis nutritionnels et aux stress hydriques prévisibles dans les couloirs septentrionaux.
Des représentants de la Banque postale du Congo et de l’Agence française de développement ont détaillé les lignes de crédit disponibles. Ils ont insisté sur les business plans adossés à des indicateurs climatiques, nouvelle exigence des bailleurs cherchant à conjuguer rentabilité et efficacité carbone dans leurs portefeuilles.
À retenir
Le séminaire a acté trois priorités : la diffusion massive de données agricoles ouvertes, la création d’un fonds d’innovation piloté par l’Anvri et l’intégration d’un module obligatoire d’agriculture numérique dans toutes les formations agronomiques dès la rentrée prochaine, sous la supervision du ministère.
Le point économique
Selon la FAO, les pratiques dites intelligentes peuvent augmenter de 30 % les rendements céréaliers et réduire de moitié la consommation d’eau. Rapportée au contexte congolais, une telle progression équivaudrait à plus de 150 milliards de francs CFA de valeur additionnelle par campagne.
La généralisation des capteurs locaux, produits à l’usine d’électronique de Maloukou, pourrait également substituer des importations évaluées à 5 milliards de francs CFA l’an passé, tout en favorisant l’émergence d’une filière d’assemblage et de maintenance à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée.
Perspectives post-séminaire
À la clôture, Obel Patrick Okéli a annoncé le lancement, dès novembre, d’un appel à projets pour dix fermes pilotes équipées de solutions numériques subventionnées à 60 %. Les équipes lauréates bénéficieront également d’un mentorat scientifique assuré par les laboratoires partenaires.
Une commission inter-ministérielle planche parallèlement sur l’actualisation du code agricole de 2018 afin d’y intégrer la notion de données stratégiques. L’objectif est de garantir la souveraineté numérique des producteurs, tout en ouvrant un cadre sécurisé aux investisseurs privés étrangers.
Dans les facultés, les responsables pédagogiques élaborent déjà des maquettes d’unités d’enseignement axées sur l’agro-robotique. « Nos étudiants apprendront à programmer des stations météo ou des pulvérisateurs autonomes, pas seulement à reconnaître les variétés », se félicite le professeur Soukoula de l’université Marien-Ngouabi.
La Banque africaine de développement a, pour sa part, confirmé étudier une ligne de 40 millions de dollars destinée aux start-up vertes congolaises. Les négociations avancent et pourraient aboutir avant le premier trimestre, selon un conseiller du ministère de l’Économie.
En misant sur la jeunesse et la science, le Congo espère réduire sa dépendance alimentaire tout en créant des débouchés non-pétroliers. Le rendez-vous est déjà pris pour la prochaine édition du séminaire, annoncée à Pointe-Noire, afin de mesurer les premiers résultats sur le terrain.
D’ici là, l’Anvri prévoit une plateforme de suivi en temps réel des engagements pris, offrant cartographies, indicateurs et témoignages, afin d’assurer transparence et mobilisation collective autour de l’agriculture intelligente.
