Brazzaville accueille le rapport annuel
Sous la verrière du centre de conférences de Kintélé, les économistes de la Banque mondiale ont présenté, le 23 septembre 2025, leur 12e rapport sur la situation économique et financière de la République du Congo. Le thème, « Améliorer la gestion du capital produit, humain et naturel », a donné le ton.
Cheik Fantamady Kanté, directeur de division pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a salué « une dynamique de reprise qui appelle désormais une consolidation inclusive ». Le document entend guider les décideurs congolais dans la poursuite des réformes engagées par le gouvernement et ses partenaires.
Un diagnostic macroéconomique nuancé
La première partie dissèque l’année 2024. La croissance réelle s’établit à 2,6 %, rythme supérieur à celui enregistré en 2023, mais encore modeste au regard des besoins sociaux. L’inflation, contenue à 3,1 %, a bénéficié de la stabilité de la zone CEMAC et d’une politique monétaire prudente.
Les comptes extérieurs se sont renforcés, portés par un excédent courant de 8 % du PIB. Cependant, la volatilité des prix du baril rappelle la vulnérabilité d’un modèle historiquement pétrolier. La Banque mondiale plaide pour une diversification résolue, dans la ligne du Plan national de développement 2022-2026.
Les moteurs non pétroliers en tête
Le rebond doit beaucoup aux télécoms, au BTP et à l’agroalimentaire. Selon le rapport, ces trois branches ont contribué à plus de la moitié de la croissance hors hydrocarbures. Les chantiers routiers sur le corridor Pointe-Noire-Ouesso ont tiré la demande de ciment et de services logistiques.
L’industrie du bois, soutenue par des mesures d’incitation à la transformation locale, a consolidé ses exportations vers l’Asie. Pour la Banque, ces signaux confortent la stratégie publique visant à faire des secteurs non extractifs le noyau dur du PIB d’ici 2030.
Gestion de la dette : priorité à la trésorerie
Le passif public reste maîtrisé à 60 % du PIB, en dessous du plafond CEMAC. Néanmoins, le rapport insiste sur des tensions ponctuelles de liquidité qui alimentent l’accumulation d’arriérés intérieurs. Les experts préconisent un calendrier plus strict de décaissement et une transparence accrue des engagements contractés.
Un module d’assistance technique, déjà lancé par la Banque mondiale, met l’accent sur le renforcement du comité de trésorerie du ministère des Finances. Objectif : améliorer la prévisibilité des flux et sécuriser le financement des programmes sociaux sans alourdir le service de la dette.
Capital humain et naturel : l’autre richesse
La seconde partie du rapport innove par une évaluation globale du capital humain. L’indice congolais, estimé à 0,42, reste en progression, grâce à l’extension de la couverture vaccinale et des programmes de nutrition en milieu rural. Les marges d’amélioration résident dans la qualité pédagogique du primaire.
Côté capital naturel, la forêt du Bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, constitue un atout stratégique. La Banque recommande de valoriser ce patrimoine via des chaînes de valeur bois énergétiquement sobres et des mécanismes de finance carbone déjà expérimentés dans la Sangha.
Feuille de route 2025-2026 sous revue
Le scénario de base table sur une croissance moyenne de 3,3 % lors des deux prochaines années, à condition que les réformes fiscales et douanières se concrétisent. La digitalisation des régies financières devrait élargir l’assiette tout en réduisant les coûts de conformité pour les entreprises.
Un second scénario, plus conservateur, verrait la croissance plafonner à 2 % si les investissements publics connaissaient des retards. Les experts insistent donc sur la nécessité d’accélérer la passation de marchés et de garantir la maintenance des infrastructures déjà livrées, notamment les postes électriques interconnectés.
À retenir
Le rapport confirme la reprise, souligne la montée des secteurs non pétroliers et appelle à une gestion active de la trésorerie pour éviter de nouveaux arriérés.
Il met en avant le capital humain et forestier comme leviers de compétitivité, tout en offrant deux scénarios de croissance selon le rythme des réformes.
Le point éco
La Banque mondiale relève une amélioration du climat des affaires : huit jours suffisent désormais pour créer une entreprise à Brazzaville, contre vingt-deux en 2020. L’adoption du guichet unique numérique a réduit les coûts administratifs de 35 %.
Parallèlement, le volume de crédit au secteur privé a progressé de 9 % en 2024, stimulé par la baisse du taux débiteur moyen. Les PME des services numériques, principales bénéficiaires, nourrissent un écosystème innovant susceptible de générer 5 000 emplois supplémentaires d’ici 2026.
Regards croisés d’experts
Pour Brice Moukoko, enseignant à la faculté d’économie de Marien Ngouabi, « la crédibilité du programme de réformes dépendra de la capacité à mobiliser les recettes hors pétrole ». Il plaide pour un code fiscal simplifié afin d’élargir la base contributive des TPE.
Nathalie Ebina, consultante énergie, souligne que « la montée des énergies renouvelables complétera avantageusement le bouquet pétrolier ». Elle considère que le crédit carbone pourrait générer jusqu’à 150 millions de dollars par an, ressources qui viendraient soutenir le filetage budgétaire.
