Panorama européen des Diables rouges
Les championnats continentaux poursuivent leur course hivernale et, avec eux, la colonie congolaise multiplie les états de forme. Entre l’éclat suisse de Christopher Ibayi et la frustration polonaise de Gabriel Charpentier, le week-end a livré une photo contrastée mais toujours riche d’enseignements pour la sélection.
Les techniciens à Brazzaville scrutent ces performances à distance : l’entraîneur national, interrogé dimanche soir, assure « voir une dynamique intéressante malgré quelques absences longues ». À six semaines d’un rassemblement capital en éliminatoires mondiaux, chaque minute disputée compte déjà.
Pologne : Charpentier sur le quai
Cracovie a trébuché à domicile face à Arka (1-2) et, pour la quatrième journée consécutive, Gabriel Charpentier n’est pas apparu sur la feuille de match. Le staff médical évoque une gêne musculaire récalcitrante, sans parler de rechute grave, mais l’ombre commence à s’étirer.
En interne, l’entraîneur polonais souligne « son importance dans le pressing vertical » et insiste sur un retour progressif. Côté congolais, on redoute surtout l’absence de rythme : l’avant-centre n’a plus joué depuis le 27 août et la concurrence s’aiguise.
République tchèque : Makouana veut rebondir
À Olomouc, Jablonec s’est incliné 0-2 et Beni Makouana est resté sur le banc. Arrivé cet été, l’ancien du Raja Casablanca avait pourtant débuté la saison comme titulaire axial. Un virus contracté en septembre l’a freiné, laissant son poste à la nouvelle recrue slovaque Simcak.
Le directeur sportif de Jablonec se veut confiant : « Beni a un profil différent, plus percutant. Nous avons besoin de sa capacité à casser les lignes, il reviendra vite ». Le joueur, joint par nos soins, dit « travailler deux séances quotidiennes » pour rattraper le temps perdu.
Roumanie : Tchibota grappille du temps
Sepsi a dominé Ceahlaul 1-0 en deuxième division et Mavis Tchibota a disputé une demi-heure, entré à la 59e. Pour l’ancien ailier du Maccabi Haïfa, le pari roumain répond à un besoin clair de relance après six mois sans compétition officielle.
Son entraîneur Cristiano Bergodi applaudit son impact immédiat : « Il fixe, il dribble, il crée des décalages ; il nous manquait cette créativité ». Avec la montée directe pour horizon, Sepsi compte désormais sur l’explosivité du Diable rouge pour creuser l’écart au classement.
Serbie : Mboungou dans le grand bain
Le TSC Topola Backa a cédé 0-1 à Pancevo mais Prestige Mboungou a glané onze minutes, sa première apparition depuis le début du mois. Aligné à la 79e, l’ancien joueur de l’AS Otoho n’a pas eu le temps de peser, même s’il s’est offert un centre dangereux dégagé en catastrophe.
Dans un championnat réputé physique, l’ailier de 23 ans doit encore s’aguerrir. Le coach Žarko Lazetić estime qu’« il possède la pointe de vitesse attendue à ce niveau ». Les observateurs serbes soulignent toutefois un déficit d’endurance sur la répétition des courses.
Suède : Ndinga en mode patron
Degerfors a arraché un nul précieux contre Djurgarden (1-1). Philippe Ndinga, repositionné défenseur central depuis trois semaines, a rapidement reçu un avertissement pour tacle rugueux à la 15e, avant de sortir à la 61e sous les applaudissements d’un public conquis.
Son entraîneur Tobias Solberg salue « une lecture du jeu digne d’un vétéran ». Deux ans après un passage formateur à l’Étoile du Congo, le natif de Pointe-Noire semble avoir trouvé en Allsvenskan le théâtre idéal pour faire valoir sa maturité tactique.
Suisse : Ibayi propulse Thoune
Le rayon de soleil du week-end vient des Alpes : avec son sixième but en huit journées, Christopher Ibayi a offert la victoire 2-1 à Thoune sur la pelouse de Saint-Gall. Si le poteau a d’abord repoussé son plat du pied, le rebond lui a permis de convertir en force du gauche.
Sorti à la 82e, l’attaquant formé à Nancy affiche désormais une moyenne d’un but toutes les 109 minutes. Le promu, leader de Super League, rêve d’Europe. « Ibayi pèse sur toute la ligne défensive adverse », confie son coéquipier Dahler, passeur décisif sur l’action du but.
La soirée helvète a néanmoins été moins joyeuse pour le Servette, balayé 0-3 par Bâle malgré la combativité de Bradley Mazikou sur son couloir gauche. Lausanne, de son côté, a écrasé les Young Boys 5-0, Kévin Mouanga se signalant par des relances propres avant de voir Morgan Poaty entrer pour gérer le score.
En Challenge League, un autre Lausanne, celui d’Ouchy, s’est imposé 2-0 à Neuchâtel : Exaucé Mafoumbi a honoré ses premières minutes en toute fin de match. Le gardien de 29 ans savoure « une page nouvelle » après son aventure grecque à Levadiakos.
À retenir
Sur un plan purement statistique, la lumière vient de Suisse avec sept buts congolais inscrits depuis l’ouverture du championnat, dont six pour le seul Ibayi. Ailleurs, la tendance est au retour progressif : Tchibota, Mboungou, Makouana et Charpentier sortent de tunnels physiques divers.
Pour le sélectionneur congolais, la priorité n’est pas uniquement de convoquer les plus performants, mais de constituer un groupe cohérent. « L’adversité du calendrier CAF réclame des joueurs disponibles sur la durée », glisse un membre de son staff. Dans cette optique, la gestion des temps de jeu actuels devient stratégique.
Le point sportif congolais
Au-delà des fiches individuelles, ces trajectoires interrogent la profondeur de banc nationale. Le championnat local, encore en trêve, ne fournit pas toujours le relais immédiat. D’où l’importance d’une diaspora compétitive capable de transmettre son expérience aux jeunes sortis de l’académie de Madingou.
Les performances en club influent également sur la cote des Congolais sur le marché. Un recruteur italien présent à Saint-Gall glisse que « la Super League est devenue un pôle de visibilité ». Les prochains mercatos pourraient donc redistribuer les cartes, avec des départs vers des championnats plus huppés.
En attendant, le public brazzavillois savoure chaque éclair. Le nom d’Ibayi a déjà fleuri sur les réseaux sociaux, tandis qu’un message d’encouragement a été adressé à Charpentier par le président de son ancien club de Pointe-Noire. Preuve que, même loin, les Diables rouges ne jouent jamais vraiment à l’étranger.
