C’est dans le décor familier d’Oyo, fief présidentiel niché dans le département de la Cuvette, que s’est jouée le 13 mai 2026 une séquence diplomatique discrète mais lourde de sens. Denis Sassou-N’Guesso y a reçu le colonel Michael Randrianirina, président de la transition malgache, pour une visite de travail attendue.
L’entrevue n’avait rien d’anodin. Entre Brazzaville et Antananarivo, le fil diplomatique s’était distendu. Cette rencontre visait précisément à le renouer, à lui redonner une substance opérationnelle, loin des seules déclarations d’intention que les chancelleries africaines accumulent parfois sans suite concrète.
Une relance bilatérale ancrée dans un cadre formel
Le rapprochement entre les deux pays ne procède pas de l’improvisation. Il s’appuie sur un mémorandum d’entente signé en mars 2025 à Antananarivo, instaurant un mécanisme de consultation politique bilatérale. Ce dispositif organise un dialogue régulier entre les deux capitales.
L’enjeu, à Oyo, consistait donc à activer ce cadre dormant. Les deux chefs d’État ont, lors d’une conférence de presse conjointe, affiché une volonté partagée de consolider et de relancer des relations bilatérales jusque-là restées en deçà de leur potentiel affiché.
Cette méthode dit beaucoup de la diplomatie sassouiste, attachée aux solidarités africaines et aux mécanismes structurés. Brazzaville cultive de longue date une posture de médiateur continental, soucieuse de tisser des liens au-delà de son seul environnement régional immédiat.
La transition malgache, sujet central des échanges
L’essentiel de la conversation a porté sur la situation politique à Madagascar. Le colonel Randrianirina a détaillé les étapes du processus de refondation engagé dans la Grande Île, sans éluder les chantiers institutionnels qui conditionnent le retour à l’ordre constitutionnel.
Il a notamment évoqué la concertation nationale des jeunes, lancée le 14 avril 2026, appelée à se prolonger dans les mois à venir. Cette démarche traduit une volonté affichée d’associer les nouvelles générations à la reconstruction du contrat politique malgache.
Le président de la transition a également annoncé l’ouverture imminente d’une concertation nationale élargie. Celle-ci doit réunir acteurs politiques, société civile, opérateurs économiques ainsi que les forces de défense et de sécurité, dans une logique d’inclusion revendiquée.
Un horizon électoral fixé à 2027
Sur le terrain électoral, le dossier avance par étapes mesurées. Le colonel Randrianirina a fait état de réformes importantes déjà engagées, parmi lesquelles le renouvellement des membres de la Commission électorale nationale indépendante de Madagascar.
Les nouveaux responsables de cette institution ont prêté serment, avec pour mandat de conduire les réformes nécessaires avant le scrutin général. Ce dernier demeure fixé à 2027, échéance qui structure désormais l’ensemble du calendrier politique malgache.
Ce séquençage, prudent, vise à crédibiliser une transition souvent scrutée avec méfiance par les partenaires extérieurs. En documentant chaque étape devant un homologue étranger, Antananarivo cherche autant une caution politique qu’un appui diplomatique tangible.
Brazzaville en appui d’une transition inclusive
Du côté congolais, le message s’est voulu encourageant sans verser dans l’ingérence. Denis Sassou-N’Guesso a salué les efforts des autorités malgaches pour conduire une transition qu’il a qualifiée d’inclusive et de pacifique, deux termes pesés avec soin.
Le chef de l’État congolais a élargi son propos au-delà du seul cas malgache. Il a insisté sur la nécessité, pour les États africains, de renforcer leur solidarité face aux défis géopolitiques mondiaux qui pèsent sur la marge de manœuvre du continent.
Cette tonalité rejoint un positionnement constant de la diplomatie congolaise, qui privilégie les solutions africaines aux crises africaines. Le soutien à une transition ordonnée, plutôt que la sanction de principe, en constitue l’un des marqueurs reconnaissables.
Ce que révèle la séquence d’Oyo
Au-delà du protocole, la rencontre signale une volonté d’inscrire la relation Congo-Madagascar dans la durée. Le choix d’Oyo, lieu personnel du président congolais, confère à l’échange une coloration plus intime que de simples retrouvailles officielles à Brazzaville.
Reste à mesurer la traduction concrète de ces engagements. Un mémorandum, des concertations, un calendrier électoral : autant de jalons dont la portée réelle dépendra de leur mise en œuvre effective, dans un contexte régional où les transitions restent fragiles.
Pour l’heure, les deux capitales affichent une convergence de vues et une méthode partagée. Entre un Congo soucieux de son rôle continental et un Madagascar en quête de légitimité internationale, l’axe réactivé à Oyo trouve, de fait, une utilité réciproque assumée (Les Echos Congo Brazzaville).
