Santé visuelle au cœur des célébrations
Lorsque Brazzaville se pare, chaque mois d’août, des couleurs de l’indépendance, les projecteurs se braquent traditionnellement sur les défilés militaires et les discours officiels. Cette année, l’attention se déplace subtilement vers un champ moins visible : la santé oculaire. L’Ong « Œil droit, œil gauche » (Odg) a lancé la campagne Lipanda ya Mboka afin d’offrir, durant tout le mois, des consultations ophtalmologiques et des équipements correctifs à coût réduit. L’initiative se veut « un clin d’œil solidaire à la souveraineté nationale », confie Abdel Salanguia, secrétaire de l’association, rappelant que « voir clair, c’est aussi exercer pleinement sa citoyenneté ».
Des tarifs allégés pour un impact social mesurable
Le modèle économique retenu repose sur une péréquation simple : réduire la marge bénéficiaire sur chaque monture afin de multiplier les bénéficiaires. Les lunettes sont proposées entre 8 000 et 25 000 francs CFA, selon qu’il s’agisse de verres minéraux, organiques ou en polycarbonate, nettement en deçà des prix habituellement pratiqués sur le marché local. Dès les premiers jours, les files d’attente se sont allongées devant les stands mobiles installés dans les arrondissements de Makélékélé et de Moungali, signe d’une demande longtemps comprimée. Les chiffres communiqués par l’Odg évoquent plus de mille dépistages en une semaine, avec un taux de satisfaction déclaré supérieur à 90 %.
Innovation citoyenne et partenariats locaux
Pour mener à bien l’opération, l’organisation s’est appuyée sur un réseau de jeunes optométristes formés à l’Université Marien-Ngouabi ainsi que sur le soutien logistique d’entreprises nationales spécialisées dans l’importation de matériel médical. « Nous voulons démontrer que les compétences existent ici même », souligne la docteure Clarisse Tchibota, coordinatrice scientifique du projet. Le ministère de la Santé, tout en laissant l’initiative au secteur associatif, a facilité l’obtention des autorisations de terrain, rappelant sa « volonté d’encourager toute action qui renforce la couverture sanitaire ».
Vers une politique d’ophtalmologie inclusive
Au-delà de l’effet d’annonce, Lipanda ya Mboka ouvre la voie à une réflexion plus large sur la prise en charge des pathologies oculaires, première cause de handicap visuel évitable dans le pays. Les organisations internationales estiment que près d’un Congolais sur cinq souffre d’un défaut de réfraction non corrigé. Dans ce contexte, la campagne pourrait servir de laboratoire pour une politique publique nouvelle, axée sur la prévention, la décentralisation des services spécialisés et la promotion d’alliances public-privé. « Si l’expérience se pérennise, elle constituera un jalon vers la couverture sanitaire universelle », observe Innocent Malanda, chercheur en santé publique. D’ici là, les habitants ont jusqu’au 31 août pour profiter d’une offre qui, à l’image de la fête nationale, conjugue patrimoine et avenir.