Casablanca, hub africain courtisé
En choisissant Casablanca pour lever le voile sur son Plan national de développement 2024-2028, la République centrafricaine surprend autant qu’elle intrigue. Bangui entend mobiliser 7 000 milliards de francs CFA, soit 10,7 milliards de dollars, en s’appuyant sur l’écosystème financier le plus coté du continent.
Durant la table ronde des 14 et 15 septembre 2025, plus de deux cents délégués – banques, assureurs, fonds souverains – ont investi la métropole chérifienne. L’événement, logé dans l’enceinte de Casablanca Finance City, a donné un relief inédit à un pays trop souvent réduit à ses crises.
Le président Faustin-Archange Touadéra a vanté les « excellentes relations historiques » avec le royaume chérifien et salué « l’engagement constant du roi Mohammed VI pour une prospérité africaine partagée ». En plaçant son plaidoyer sous ce parrainage, Bangui espère attirer une assemblée de bailleurs plus diversifiée et moins frileuse.
Un plan calibré pour rassurer
La fiche technique du PND 2024-2028 se veut volontairement réaliste. L’enveloppe équivaut à environ deux points du PIB subsaharien mais reste loin des 41,4 milliards de dollars du Plan Sénégal Émergent ou des 29,6 milliards de la Renaissance III nigérienne.
Aux yeux des investisseurs, cette sobriété constitue un signal de crédibilité. Selon les données de l’UNCTAD, les flux d’IDE vers Bangui n’ont pas dépassé 30 millions de dollars en 2023. Miser sur un effet d’entraînement plutôt que sur des annonces démesurées apparaît donc stratégique.
Comparaison sous-régionale
Dans la CEMAC, la République centrafricaine reste à la traîne. Le Cameroun a capté 680 millions de dollars d’IDE l’an dernier, le Tchad environ 780 millions et le Congo 530 millions, principalement dans les hydrocarbures. Bangui doit donc convaincre qu’elle peut changer d’échelle.
Le choix de Casablanca tient ainsi du raccourci géopolitique. En dix ans, la place marocaine est passée du modeste 70e rang mondial à la 54e position, tout en décrochant le premier rang africain dans le Global Financial Centers Index. Elle accueille désormais plus de 220 structures financières tournées vers le continent.
Le message diplomatique
Pour Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine de l’Économie et des Finances, « chaque dollar investi dans ce plan est un engagement pour la paix ». La formule met en lumière la dimension sécuritaire : consolider l’économie revient à assécher les ressorts d’une violence encore sporadique.
Bangui déroule donc un argumentaire en deux temps : stabilités macroéconomique et politique avancent main dans la main. « Nous voulons inscrire la croissance dans la durée, pas dans l’aide d’urgence », glisse une source proche de la présidence, rappelant la trajectoire récente de retour à la croissance positive.
À retenir
À retenir : le PND repose sur trois piliers, infrastructures de base, diversification agricole et digitalisation de l’administration. Ces priorités, détaillées dans le cahier de projets, absorbent 68 % du budget prévisionnel et visent une croissance moyenne de 5 % l’an.
Le point économique
Le FMI prévoit un déficit public limité à 4,2 % du PIB en 2025, sous réserve de la montée en puissance de recettes minières. Bangui table parallèlement sur une inflation contenue à 3 %. Ces indicateurs, jugés atteignables par la Banque des États d’Afrique centrale, renforcent la narration de crédibilité.
Un effet vitrine pour le Maroc
Pour le Maroc, l’exercice vaut démonstration de sa diplomatie économique. Le royaume a investi près de 2,4 milliards de dollars sur le continent en 2024, notamment dans les assurances et les télécoms. Accueillir Bangui nourrit l’image d’une plateforme sud-sud incontournable.
Le partenariat s’inscrit également dans la continuité des réformes menées par Casablanca Finance City, récemment dotée d’un cadre vert pour structurer des émissions obligataires durables. Les autorités marocaines y voient un moyen d’aligner diversification financière et responsabilité environnementale.
Et maintenant ?
Les délégations se sont accordées pour boucler la première fenêtre de financement avant mars 2026. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement, déjà partenaires à Bangui, ont laissé entendre qu’elles pourraient formaliser leurs engagements d’ici la fin de l’année.
Côté investisseurs privés, plusieurs assureurs français, un fonds qatari et deux gestionnaires sud-africains ont manifesté un intérêt pour les projets hydroélectriques. Une mission exploratoire se rendra en octobre sur les sites de Boali afin d’évaluer le potentiel de production supplémentaire.
Reste à convertir la vitrine casablancaise en signatures concrètes. « La compétition pour les capitaux est féroce », reconnaît un conseiller financier basé à Rabat, « mais l’histoire récente prouve que la clarté d’un projet et la lisibilité politique sont décisives ».
Le rôle de la diaspora
Les autorités centrafricaines comptent aussi sur une mobilisation accrue de la diaspora, estimée à plus de 100 000 personnes en Europe occidentale. Un fonds obligataire dédié devrait être lancé début 2026, avec des tickets d’entrée de 500 euros pour canaliser l’épargne des expatriés vers les infrastructures.
Prochain rendez-vous
Un suivi semestriel à Bangui est déjà prévu, première échéance fixée en juillet 2026.
