Une rentrée sous haute vigilance
À Brazzaville comme dans les chefs-lieux de département, les parents scrutent le calendrier. Le Mouvement national des enseignants du Congo a fixé au 1er octobre 2025, à sept heures précises, le début d’une grève illimitée. L’annonce, faite le 25 septembre, place la communauté éducative sous tension.
Le ministère de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’Alphabétisation confirme suivre la situation « avec la plus grande attention ». Dans l’immédiat, les autorités assurent que les effectifs d’accueil et les manuels scolaires sont prêts, misant sur une sortie négociée du conflit.
Les revendications salariales en chiffres
Au cœur de la contestation se trouve la partie financière du statut particulier, adoptée en 2011 mais encore partiellement mise en œuvre. Selon le Mnec, l’application intégrale impliquerait un relèvement d’indice qui pourrait majorer les rémunérations mensuelles de 20 % en moyenne, selon leurs estimations.
Le syndicat évoque également la question des rappels de solde. Ces arriérés, correspondant à des avancements non pris en compte, représentent entre quatre et huit mois de salaire par enseignant concerné. La fonction publique reconnaît un décalage comptable mais indique que le processus de régularisation suit « un phasage budgétaire prudent ».
Intégration et carrières : l’autre urgence
Outre la paie, les enseignants communautaires et volontaires souhaitent voir accélérer leur intégration. Pour la campagne 2024, le Mnec réclame la publication de la lettre de transmission des 1 500 agents présélectionnés avant décembre 2025. Le ministère réaffirme son engagement à respecter le quota mais rappelle que les contrôles de diplôme sont indispensables.
Les professionnels de plus de quarante-cinq ans s’inquiètent enfin de leur avenir. Le Mnec demande qu’ils rejoignent la fonction publique dans la campagne 2025. Des sources administratives soulignent qu’un amendement à la loi sur la limite d’âge pourrait ouvrir cette possibilité, sous réserve de la soutenabilité budgétaire.
Un dialogue social structuré
Le Congo s’appuie sur un cadre tripartite incluant État, syndicats et partenaires techniques. Depuis 2022, une commission mixte explore la modernisation du système éducatif. Paul Ngakala, inspecteur général des services, se veut rassurant : « Le gouvernement reste attaché au principe du dialogue permanent. Nous évaluons chaque doléance dans un esprit constructif. »
Le Mnec reconnaît les avancées mais estime qu’« aucun calendrier ferme n’a été validé ». Selon son coordonnateur, Firmin Likibi, le mouvement proteste aussi contre « la trahison de certains syndicats qui signent des relevés de conclusions sans la base ».
Impact sur les familles et l’économie locale
Une grève prolongée pèserait sur 2,1 millions d’élèves, dont 180 000 candidats aux examens de fin de cycle. Les associations de parents redoutent une recrudescence du décrochage, surtout en zone rurale où l’école se confond souvent avec la cantine scolaire.
Le secteur privé se prépare également. Les libraires réalisent près de 60 % de leur chiffre d’affaires entre septembre et novembre. Tout report de rentrée comprimerait les recettes, avertit la Fédération des métiers du livre. Or la filière emploie plus de 4 000 personnes entre la capitale et Pointe-Noire.
Moderniser pour pacifier
Les experts de l’Institut national de la statistique estiment qu’il faudrait doubler l’actuel budget éducatif, qui avoisine 12 % des dépenses publiques, pour aligner le Congo sur la moyenne de la CEMAC. Une piste évoquée consiste à accroître la fiscalité minière destinée au fonds d’appui scolaire.
Dans le même temps, la digitalisation des procédures de paie avance. La plateforme e-Solde, pilotée par le Trésor, enregistrera dès janvier 2026 tous les actes de carrière. Selon un responsable technique, cette innovation réduira « les délais de traitement et donc les tensions sociales ».
À retenir
Le mot d’ordre de grève émane d’une centrale regroupant fonctionnaires, volontaires et communautaires, soit près de 55 000 agents. Le gouvernement appelle à la responsabilité et rappelle que le droit à l’éducation est constitutionnel. Les deux parties disent privilégier la négociation, signal fort d’un climat institutionnel apaisé.
Le point juridique et financier
La loi 45-2015 régit le droit de grève dans la fonction publique. Elle impose un préavis et la garantie d’un service minimum pour les examens nationaux. Les juristes soulignent que le Mnec a respecté les délais, ouvrant la voie à une médiation sans contentieux.
Sur le plan budgétaire, l’annexe 3 de la loi de finances 2025 prévoit 38 milliards de francs CFA pour les rappels de solde, soit une hausse de 12 %. Le ministère du Budget assure que ces crédits sont disponibles mais seront décaissés « selon l’ordre d’arrivée des dossiers validés ».
