Premiers signaux d’alerte sur le campus
Le 3 octobre, au siège du Synesup, les délégués du personnel ont dévoilé un préavis de grève évoquant cinq mois d’arriérés. L’annonce a parcouru les amphithéâtres comme une traînée de poudre, ravivant les souvenirs des mouvements de 2022, vite résorbés après médiation gouvernementale.
« Nous ne voulons pas paralyser l’université, mais faire respecter nos droits », insiste Étienne Ngakala, porte-parole du Collège intersyndical. Les syndicats rappellent qu’ils avaient suspendu précédentes actions pour laisser du temps au ministère de l’Enseignement supérieur d’assainir la chaîne de paie.
Des arriérés qui interrogent le financement public
Les personnels attendent toujours le règlement des mois d’août et septembre 2024, ainsi que de juillet à septembre 2025. À ces salaires s’ajoutent des heures supplémentaires impayées depuis 2018, évaluées à près d’un milliard de francs CFA, selon une note interne consultée par notre rédaction.
Les syndicats pointent également le non-versement, par le Trésor public, des cotisations à la Caisse de sécurité sociale. Pour nombre d’enseignants, cette omission compromet l’accès aux prestations maladie ou retraite, alors même que plusieurs doyens approchent de la limite d’âge statutaire.
Le gouvernement défend un calendrier d’apurement
Contacté, le ministère des Finances assure que « les salaires budgétisés seront régularisés avant fin novembre », rappelant les tensions de trésorerie liées aux investissements routiers et à la hausse des subventions énergétiques. Un comité conjoint Trésor-Université suivrait hebdomadairement les décaissements.
Au cabinet de l’Enseignement supérieur, on souligne la volonté présidentielle d’accélérer la digitalisation de la paie pour sécuriser le circuit. « Nous sommes dans une phase de consolidation des fichiers et de priorisation des lignes de dépense », explique un conseiller, évoquant l’arrivée de l’outil GesPaie Éducation.
À retenir
Cinq mois de rémunérations sont toujours attendus par quelque 3 200 agents, dont 1 700 enseignants. Les heures supplémentaires dues depuis 2018 alimentent la crispation. L’exécutif affirme disposer d’un plan d’apurement d’ici fin novembre, assorti d’un audit des effectifs pour limiter les doublons.
Le point juridique et budgétaire
En droit congolais, l’article 180 du Code du travail garantit le paiement intégral du salaire à échéance régulière. L’État, employeur dans cet établissement public, est donc soumis au même impératif que toute entreprise. Les retards répétés exposent à des dommages-intérêts si la justice est saisie.
Sur le plan budgétaire, la loi de Finances 2025 alloue 57 milliards de francs CFA à l’Enseignement supérieur, soit 6 % des dépenses de fonctionnement. Les syndicats estiment qu’un rééquilibrage est possible en redirigeant certaines lignes de consommation vers la masse salariale, scénario à l’étude au Parlement.
Une mobilisation encadrée pour éviter la récupération
Dans leur préavis, les représentants appellent les agents à se « démarquer de toute tentative d’instrumentalisation politique ». Le souvenir des élections législatives 2022, où des revendications sociales avaient brièvement enflammé les réseaux, explique cette prudence. Les étudiants, grands perdants d’une éventuelle grève, partagent ce souci de neutralité.
Le Recteur, Pr. Florent Mahouna, multiplie les concertations. Devant les doyens, il a rappelé que « la tradition de dialogue social à Marien-Ngouabi a souvent prévalu ». Il compte sur la médiation d’anciens syndicalistes devenus conseillers pour maintenir les cours magistraux jusqu’au 6 octobre, date butoir fixée.
Scénarios de sortie de crise
Le premier scénario, privilégié par les pouvoirs publics, consiste en un paiement échelonné dès la deuxième quinzaine d’octobre, assorti d’un moratoire sur les heures supplémentaires le temps d’achever leur audit. Les syndicats pourraient suspendre la grève en échange d’un calendrier signé.
Le deuxième scénario envisagé par certains délégués serait la mise en place d’un fonds de secours alimenté par les recettes propres de l’Université (inscriptions, prestations de laboratoire) pour payer un mois dès la rentrée. Le Trésor viendrait ensuite compléter à la reprise de la session parlementaire.
Quel impact sur la rentrée académique ?
Officiellement, la rentrée est programmée pour le 16 octobre. Un arrêt de travail de quinze jours retarderait la publication des emplois du temps et la finalisation des rattrapages de 2024. Les facultés de droit et de sciences, déjà denses, seraient les plus touchées.
Cependant, plusieurs étudiants interrogés se disent confiants. « Les négociations aboutiront », estime Grâce M., inscrite en master de biologie. Le ministère a prévu des cours en ligne de substitution si le mouvement dépasse quinze jours, prolongement de l’expérience menée durant la pandémie.
Pour les chercheurs, le risque majeur concerne les projets financés par l’Agence universitaire de la Francophonie. Un retard prolongé pourrait entraîner un décalage de décaissements. Là encore, le département de la Coopération affirme avoir prévenu les partenaires et élaboré un chronogramme alternatif.
