Une passation de relais stratégique à la Flash
Sous le ciel couvert d’un vendredi d’octobre, la grande salle de la faculté des lettres, arts et sciences humaines de l’Université Marien-Ngouabi a réuni professeurs, doctorants et invités pour assister à la passation de service entre responsables du parcours doctoral de philosophie.
Devant le doyen Evariste Dupont Boboto, le Pr Auguste N’Sonsissa a succédé au maître de conférences Gankama Laurent, scellant un passage de témoin salué par des applaudissements mesurés et des regards attentifs vers celui qui pilotera désormais la formation la plus exigeante de la Flash.
Le parcours académique d’Auguste N’Sonsissa
Né à Brazzaville, recruté comme assistant en 2008, agrégé par le Cames en 2010, maître de conférences dès 2014 puis professeur titulaire en 2017, Auguste N’Sonsissa incarne une ascension rapide qui témoigne d’un investissement constant dans l’enseignement et la recherche.
Sa synthèse Hdr, soutenue en 2015 à l’université Paul-Valéry, portait sur la rationalité pratique en Afrique centrale, ouvrant des perspectives reconnues dans plusieurs colloques internationaux et préparant le terrain pour des partenariats inter-universitaires que la Flash souhaite aujourd’hui consolider.
Un programme doctoral sous haute exigence scientifique
Sous son mandat, le parcours doctoral devra accompagner les doctorants depuis la construction de problématiques jusqu’à la diffusion de leurs travaux dans des revues classées, tout en assurant le tutorat pédagogique des promotions de master recherche greffées à la même équipe.
Le Pr N’Sonsissa annonce déjà l’organisation trimestrielle de doctoriales, la mise en place d’un comité éthique interne et l’ouverture, dès 2026, d’une école d’été régionale dédiée à la méthodologie philosophique comparée, en lien avec les universités de Douala et de Libreville.
Les enjeux pour la recherche congolaise en philosophie
Au-delà de la discipline, l’enjeu est stratégique pour la recherche congolaise dont la production demeure inférieure à la moyenne africaine selon le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, particulièrement dans les sciences humaines souvent moins subventionnées.
La nomination d’un profil doté d’un réseau international solide devrait favoriser l’obtention de bourses de mobilité, l’accès à des bases documentaires payantes et l’intégration des thèses congolaises dans les grands catalogues numériques, autant de leviers pour augmenter la visibilité des chercheurs du pays.
À retenir
À retenir, le nouveau coordonnateur héritera d’un héritage concret légué par son prédécesseur : vingt-six soutenances organisées en trois ans, un taux de réussite supérieur à 90 % et la mise en place d’un calendrier d’évaluation semestriel désormais inscrit dans la culture de l’école doctorale.
Ces acquis devraient constituer un socle pour franchir une nouvelle étape : accroître la co-direction internationale, renforcer la digitalisation des archives de thèse et initier un fonds de traduction afin que les meilleures recherches soient accessibles au-delà de la francophonie.
Le point juridique/éco
Le cadre juridique de la formation doctorale est fixé par le décret n° 2019-104, qui confie au recteur la nomination des coordonnateurs après avis du conseil de formation ; un texte jugé équilibré par les juristes, car il concilie autonomie académique et responsabilité administrative.
Sur le plan économique, la faculté table sur une enveloppe de 120 millions de francs CFA pour 2026, dont 60 % proviendront de partenariats institutionnels, 30 % de frais de scolarité et 10 % d’un mécénat privé en discussion avec une entreprise du secteur pétrolier.
Perspectives et ambitions à l’horizon 2030
À court terme, l’objectif affiché est d’atteindre la barre symbolique de quarante thèses soutenues avant 2028, incluant au moins dix travaux codirigés avec des universités étrangères, un indicateur que le ministère de l’Enseignement supérieur suit de près.
La création annoncée d’une plateforme numérique de suivi doctoral, actuellement développée par des alumni formés à Chengdu, promet d’automatiser les relevés d’avancement, de centraliser les avis des comités de lecture et de faciliter la signature électronique des procès-verbaux de soutenance.
Pour les doctorants, l’arrivée d’un nouveau responsable suscite un optimisme prudent ; beaucoup espèrent une amélioration de l’accès aux visas de recherche et un élargissement des allocations de mobilité, particulièrement vers les centres africains de langue anglaise jugés essentiels pour diversifier les approches.
Le doyen Boboto assure que les dossiers de passeports seront désormais instruits en priorité, grâce à un protocole signé avec la Direction générale de la documentation, exemplifiant la volonté des autorités universitaires de fluidifier chaque étape, du terrain d’enquête à la soutenance publique.
En clôture de cérémonie, le refrain de l’hymne universitaire a retenti, rappelant que, derrière les formalités, se joue l’avenir d’une pensée congolaise appelée à dialoguer avec le monde ; un avenir que Auguste N’Sonsissa promet de servir avec ouverture.
Dans les couloirs, certains enseignants évoquent déjà la possibilité d’un double diplôme avec l’université de Kinshasa, projet susceptible de renforcer l’intégration sous-régionale prônée par la CEMAC et de mutualiser des ressources documentaires rares sur le marché africain du livre.
À moyen terme, l’équipe dirigeante espère transformer la formation doctorale en laboratoire d’excellence, capable de déposer des projets sur le climat éthique de l’intelligence artificielle, thème émergent qui traverse désormais les grands débats internationaux de philosophie.
