Un diplôme attendu par tout le terrain congolais
La salle de conférence de la Fédération congolaise de football vibrait, le 18 octobre, d’une fierté rare. Quarante-cinq techniciens, diplômés de la licence CAF C, y ont reçu leurs parchemins sous les applaudissements. Pour le football national, la cérémonie marque un tournant technique décisif.
Jean Guy Blaise Mayolas, président de la Fécofoot, a rappelé sa priorité: la compétence locale. « Après le maillot, vient la reconversion que nous voulons exemplaire », a-t-il lancé, invitant les nouveaux coaches à poursuivre la progression vers les niveaux B puis A.
Pour ces techniciens, la licence CAF C n’est pas une ligne de plus sur le curriculum vitae, mais le début d’un long apprentissage. La réglementation continentale exige désormais des certificats à chaque niveau d’encadrement, de l’école de foot à l’élite professionnelle.
À retenir
La session a vu quarante-cinq reçus, six recalés et une formation partagée entre Brazzaville et Pointe-Noire, un format salué par la CAF. Le taux de réussite dépasse 88 %, indicateur encourageant pour une première promotion étalée sur douze mois.
Une formation au format inédit de douze mois
Habituellement condensé en huit semaines, le stage s’est étiré sur un an, conséquence d’une suspension administrative liée à la crise qu’a traversée la Fédération. Loin de pénaliser les candidats, cette durée a permis d’approfondir vidéos, analyses tactiques et mises en situation réelles.
« C’est une première en Afrique », souligne Pascal Blin, directeur technique national, qui revendique une pédagogie modulaire. Les bancs de Brazzaville alternaient avec ceux de Pointe-Noire, obligeant les stagiaires à voyager, observer d’autres cultures de jeu et nouer des réseaux interclubs.
Brazzaville et Pointe-Noire en miroir
L’option bicéphale a répondu à une réalité géographique: la majorité des clubs d’élite se concentrent entre les deux métropoles. En répartissant cours théoriques, séances terrain et évaluations, la direction technique a limité les coûts logistiques pour les apprenants issus des ligues régionales.
Cette organisation a aussi créé une saine émulation. Chaque ville suivait en direct les performances de l’autre grâce à un tableau comparatif des notes. Selon un formateur, « les candidats voulaient faire mieux que leurs homologues de la côte ou du fleuve, c’était stimulant ».
Le pont vers l’excellence quotidienne
Le message des encadreurs est clair: le papier ne marque qu’un point de départ. Les diplômés devront démontrer, séance après séance, qu’ils peuvent transformer de jeunes talents bruts en joueurs capables d’intégrer les Diables rouges espoirs ou la Ligue 1 congolaise.
Conscients du défi, les nouveaux techniciens se sont eux-mêmes fixé un code d’excellence. « Nous porterons haut les couleurs nationales par la rigueur, la passion et la science », déclare Davy Bokolo, ex-international 2007, désormais promu coach, qui voit dans la formation une responsabilité civique.
L’entraînement invisible évoqué par Pascal Blin – lecture d’ouvrages spécialisés, observation vidéo, échanges entre pairs – doit, selon lui, « pousser chacun à apprendre tous les jours, comme un médecin lit ses revues ». Un état d’esprit déjà perceptible dans plusieurs clubs de quartiers.
Le point sportif
À court terme, la fédération vise un instructeur qualifié pour vingt-cinq joueurs, ratio recommandé par la CAF. Aujourd’hui le Congo atteint un coach certifié pour soixante-huit licenciés. La nouvelle promotion réduit l’écart de près de 15 %, étape significative vers les standards continentaux, ainsi qu’un encadrement médical renforcé.
Objectif CAF A : la nouvelle priorité
Féru de planification, Pascal Blin prépare déjà la licence CAF A qui devrait débuter en novembre. Le curriculum est finalisé; un expert de la Confédération est attendu pour valider contenus et modalités. Pour les lauréats du niveau C, l’ascenseur peut donc continuer son mouvement ascendant.
Le programme prévoit aussi deux sessions CAF B, dont l’une réservée aux anciens internationaux afin de capitaliser leur vécu compétitif. Suivront des modules courts sur la préparation athlétique, le football féminin, la formation des dirigeants et même l’entraînement spécifique des gardiens ainsi qu’un laboratoire de données délocalisé match par match.
Bâtir une filière technique pérenne
Au-delà des diplômes, la Fécofoot veut structurer une véritable filière technique, depuis les écoles territoriales jusqu’aux centres de performance. Le ministère des Sports soutient la démarche, estimant qu’un encadrement qualifié constitue « un levier pour l’employabilité des jeunes et la cohésion nationale ».
Les clubs professionnels commencent déjà à répercuter la nouvelle exigence. L’Étoile du Congo a inscrit trois adjoints à la prochaine session, tandis que l’AS Otohô envisage de conditionner les promotions internes à l’obtention d’un brevet CAF. Une mutation culturelle est en cours.
À moyen terme, la fédération souhaite que chaque club de première division dispose d’un staff multidisciplinaire – analyste vidéo, préparateur physique, kinésithérapeute – piloté par un entraîneur principal certifié. Le standard répondrait aux ambitions régionales du Congo et à la professionnalisation du championnat, et à la visibilité médiatique accrue.
En récoltant aujourd’hui les fruits d’une année d’efforts, le football congolais se donne surtout les moyens d’un avenir maîtrisé. Si le terrain confirme l’élan, la nouvelle vague d’entraîneurs pourrait inspirer d’autres disciplines à investir elles aussi dans la compétence locale.
Le rendez-vous de novembre sera un véritable baromètre. L’arrivée d’experts CAF à Brazzaville, attendue depuis deux ans, confortera les stagiaires et convaincra les sceptiques que la professionnalisation s’inscrit dans la durée, au-delà des oscillations budgétaires habituelles.
