Enjeux financiers à Brazzaville
En trois jours intenses, du 22 au 24 octobre, cadres financiers, contrôleurs et ordonnateurs de la ville-capitale ont planché sur la nouvelle architecture budgétaire nationale. À Brazzaville, la réforme voulue par les autorités s’ancre dans le quotidien des services, avec son lot d’outils et de responsabilités.
Le séminaire, organisé par la direction départementale du Budget avec l’appui technique de la direction générale, n’était pas qu’un exercice académique ; il marque une étape clef dans la mise en mouvement du budget-programme, pierre angulaire de la modernisation des finances publiques.
Modernisation des finances congolaises : état des lieux
Depuis l’adoption, en 2021, de la loi organique relative aux lois de finances, le Congo-Brazzaville s’est engagé dans un calendrier serré : basculer vers une gestion orientée résultats dès l’exercice 2024 et consolider la soutenabilité budgétaire exigée par ses partenaires internationaux.
Dans ce contexte, Brazzaville joue un rôle pilote. Les neuf arrondissements, dotés de budgets propres, doivent désormais décliner leurs crédits en actions mesurables. « La décentralisation financière ne peut réussir qu’avec un langage commun », rappelle Serge Koukangissa, directeur du contrôle interne, devant l’assistance studieuse.
Une formation axée sur la pratique
Ateliers, études de cas et simulations ont rythmé la session. Les participants ont travaillé sur la nouvelle nomenclature, décortiquant les 15 missions, 52 programmes et plus de 200 actions qui structureront les crédits publics. Un exercice concret destiné à démystifier des codes parfois austères.
Obien Fredy Vital, directeur départemental du Budget, insiste : « Sans maîtrise des nouveaux formats, la chaîne d’exécution restera fragile et la dépense ne gagnera pas en crédibilité ». Pour beaucoup, la formation constitue donc un préalable indispensable à la remontée d’informations fiables dans l’application LogicBud.
Transparence et performance, priorités assumées
L’autre enjeu est éthique. La réforme érige la transparence en principe cardinal, en ligne avec le Code de bonne gouvernance adopté par le gouvernement. Chaque programme devra publier un rapport annuel de performance, ouvert tant aux parlementaires qu’aux citoyens au travers du portail dépenses publiques.
Christine Indzanga Ombandzi, représentante de l’autorité préfectorale, voit dans cette ouverture « une assurance supplémentaire que chaque franc engagé servira l’intérêt collectif ». Selon elle, l’appropriation par la base est la clef : l’usager, demain, pourra comparer promesses et réalisations ligne par ligne.
À retenir
À retenir : la budgétisation en mode programme articule objectifs, indicateurs et crédits sur trois ans, afin de lisser les aléas de trésorerie. L’administration passera progressivement des moyens aux résultats, avec la possibilité de redéployer des économies vers les priorités présidentielles santé et éducation.
Autre point-clé : la chaîne de la dépense sera sécurisée par un contrôle interne renforcé et par l’usage, dès 2025, de la signature électronique. L’objectif affiché est de réduire de 30 % le temps de traitement des engagements, fluidifiant ainsi la commande publique.
Le point juridique et économique
Le cadre légal s’appuie sur la directive Cemac révisée de 2018, transposée dans l’ordonnance 004-2020. Celle-ci introduit l’autorisation d’engagement pluriannuelle et la responsabilité des gestionnaires. En cas d’écart, le Code pénal financier prévoit des amendes proportionnées au montant incriminé.
Sur le plan macroéconomique, la transition vers le budget-performance est suivie de près par le FMI, qui a salué, en juillet, « une avancée structurante pour la consolidation budgétaire ». La note de confiance devrait se refléter dans la prochaine émission de Bons du Trésor.
Perspectives pour Brazzaville et au-delà
À l’issue du séminaire, un tableau de bord commun a été validé. Il sera testé dès janvier dans deux arrondissements pilotes, Moungali et Talangaï, avant généralisation. Les données agrégées nourriront un rapport trimestriel remis au ministre des Finances puis au Parlement.
Brazzaville espère ainsi devenir laboratoire de la réforme pour les autres départements. « Nous avons maintenant les munitions pour parler le même langage que Dolisie ou Owando », sourit une cheffe de service. Les retours d’expérience seront partagés sur la plateforme interne d’e-learning ministérielle.
Prochaine étape : la formation des élus locaux, afin qu’ils puissent exercer un contrôle éclairé sur les programmes. Le Haut-commissariat à la réforme de l’État prépare un module adapté aux néophytes, combinant vidéos pédagogiques et cas pratiques tirés du quotidien des marchés publics.
À moyen terme, l’administration envisage d’associer des universités congolaises pour analyser la performance des programmes, offrant aux étudiants en économie publique un terrain d’étude grandeur nature. Une manière de rapprocher monde académique et sphère décisionnelle, tout en pérennisant la culture du résultat.
Soutiens extérieurs et suivi
Le séminaire de Brazzaville aura donc fait plus qu’expliquer une réforme ; il a posé les jalons d’un nouveau pacte entre comptables publics et citoyens. Reste, désormais, à transformer l’essai dès le vote de la loi de finances initiale 2024.
Les partenaires techniques ne sont pas en reste. La Banque mondiale prépare une assistance ciblée de 5 millions de dollars pour déployer des terminaux de saisie mobile dans les services fiscaux municipaux. L’objectif : fiabiliser les recettes propres et garantir l’intégration amont-aval du système budgétaire.
Un comité de suivi, présidé par le Trésorier-payeur général, publiera un bulletin mensuel dès février.
