Un conseil d’administration sous haute attention
Il est à peine huit heures, ce vingt-six juillet, lorsque les membres du conseil d’administration de la Centrale d’achat des médicaments essentiels et des produits de santé gagnent la salle de réunion de Brazzaville. Sur les vingt administrateurs habilités à délibérer, dix-neuf répondent présents, signe d’une mobilisation rarement démentie depuis la refonte statutaire de l’établissement public en 2021. La séance, présidée par Ange Antoine Abéna, s’ouvre sur un constat que l’intéressé qualifie d’« encourageant » : « La Cameps devient un modèle de régularité institutionnelle, et cela mérite d’être relevé », déclare-t-il devant un parterre où siègent des représentants des ministères de la Santé, des Finances et du Plan.
La tenue rythmiquement semestrielle des sessions du conseil répond à un double impératif. D’une part, rassurer les partenaires techniques internationaux, Banque mondiale et Unicef en tête, quant au suivi diligent des fonds dédiés à la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique. D’autre part, confirmer auprès des autorités nationales que le mot d’ordre de rigueur adressé par le président Denis Sassou Nguesso lors des Assises sociales de 2022 est désormais internalisé. À cet égard, le taux de participation observé joue à plein son rôle de marqueur politique.
Des indicateurs financiers en amélioration mesurée
Le point d’orgue de la session résidait dans l’examen du rapport du commissariat aux comptes pour l’exercice 2024. Auditeurs indépendants à l’appui, les administrateurs concluent à une gestion « globalement saine », la trésorerie nette affichant une progression de douze pour cent sur un an. Cette performance est principalement attribuée à la mise en œuvre d’un système de négociation groupée avec trois laboratoires génériques, opération qui a permis de réduire de dix-huit pour cent le coût d’acquisition de certains antibiotiques pédiatriques jugés critiques.
Pour autant, les experts financiers conviés en qualité d’observateurs nuancent l’enthousiasme. Le ratio dettes fournisseurs sur créances clients reste voisin de un, soit un équilibre fragile qui rend la Cameps dépendante de la ponctualité des subventions de l’État. Interrogé à l’issue des travaux, un analyste de la plateforme indépendante Observatoire Santé Afrique Centrale note que « la bonne gouvernance se mesure aussi à la capacité d’amortir les à-coups budgétaires ». Le message est reçu cinq sur cinq par le directoire, lequel s’est vu délivrer quitus pour sa gestion mais sommé de « poursuivre les efforts de rationalisation », selon les termes du procès-verbal.
La décision la plus remarquée concerne néanmoins l’adoption sans réserve du procès-verbal de la session budgétaire du treize décembre deux mille vingt-quatre. En consacrant la cohérence entre prévisions et réalisations, cette validation devrait faciliter la prochaine négociation d’un financement additionnel auprès de la Banque de développement des États d’Afrique centrale, annoncé officieusement à hauteur de dix millions d’euros.
Un manuel de procédures très attendu
Au-delà des chiffres, la Cameps franchit une étape normative. Le projet de manuel des procédures administratives, financières et comptables, présenté par la directrice générale, Joséphine Okemba, a suscité un rare consensus. Ce document de près de cent pages décline, diagrammes à l’appui, la cartographie des risques, la traçabilité des commandes et un code d’éthique interne inspiré des standards de l’Organisation mondiale de la santé.
Selon l’experte congolaise en gouvernance publique, Nadège Mabiala, ce manuel « contribue à sacraliser la séparation entre l’ordonnateur et le comptable, question déterminante pour prévenir les conflits d’intérêt dans un secteur où la forte rentabilité des contrats pourrait exalter des tentations de porosité ». Les administrateurs y voient également un outil pédagogique pour les cadres de province appelés à remonter des données logistiques en temps réel. La digitalisation de la chaîne d’approvisionnement, annoncée pour le second trimestre deux mille vingt-cinq, s’appuiera en effet sur ces standards procéduraux.
Réformes pharmaceutiques et contexte régional
Les progrès internes de la Cameps s’inscrivent dans une dynamique plus large, celle de la sécurisation pharmaceutique en Afrique centrale. À la suite de la crise de la Covid-19, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale a adopté un plan d’action visant à harmoniser les politiques d’achat de médicaments essentiels. Le Congo-Brazzaville, pays pilote pour la logistique humanitaire d’urgence, ambitionne de devenir plaque tournante régionale.
Dans ce cadre, la Cameps a récemment initié des discussions exploratoires avec ses homologues du Gabon et du Cameroun pour la constitution d’un pool d’achats mutualisés sur les antipaludiques. Un administrateur confie que le choix de ce segment thérapeutique n’est pas anodin : le paludisme représente toujours près de vingt-cinq pour cent des consultations en première intention dans le pays, selon les statistiques officielles. Ces coopérations devraient renforcer la position du Congo dans les négociations internationales, tout en favorisant les économies d’échelle.
Perspectives pour une souveraineté sanitaire
La séance se clôt sur une exhortation du président Ange Antoine Abéna : « Maintenons le cap mais n’oublions pas que la stabilité financière n’est qu’un moyen. Notre finalité demeure l’accessibilité permanente du médicament pour chaque Congolais, des plateaux Batéké aux rives de la Sangha ». Le message, aux accents à la fois institutionnels et sociaux, anticipe les attentes d’une population attentive à toute pénurie supposée de médicaments de première nécessité.
À court terme, la Cameps prévoit d’achever l’implantation de deux antennes provinciales disposant de chambres froides aux normes internationales, projet financé par l’Agence française de développement. À moyen terme, la perspective d’ériger un site de fabrication locale de génériques est réapparue dans le discours des décideurs. Si elle se concrétisait, cette option offrirait au Congo un levier supplémentaire de souveraineté sanitaire, tout en consolidant la visibilité de l’action publique engagée sous l’autorité du chef de l’État.
En somme, la gouvernance de la Cameps progresse à pas mesurés mais réels, conjuguant orthodoxie financière et volontarisme stratégique. Reste à vérifier l’épreuve du terrain : celle où se jugent la disponibilité des molécules, la régularité des livraisons et, in fine, la confiance des citoyens.
