Un partenariat climatique consolidé
Au crépuscule de son mandat en République du Congo, le directeur sortant de l’Agence française de développement, Maurizio Cascioli, a choisi le salon feutré du ministère de l’Environnement pour dérouler un message clair : l’adaptation aux dérèglements climatiques s’est imposée comme matrice de la coopération bilatérale. Face à la ministre Arlette Soudan-Nonault, il a rappelé la « volonté commune d’inscrire l’adaptation au cœur des politiques sectorielles », allant de la gestion forestière à la planification urbaine. Cette convergence, à la fois technique et politique, s’est nouée dans un contexte où le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, polarise l’attention des bailleurs internationaux.
Bilan quinquennal : résultats tangibles
Les chiffres ne traduisent qu’imparfaitement la complexité des programmes, mais ils en disent long sur la montée en puissance du partenariat. Entre 2019 et 2023, l’AFD a mobilisé près d’une trentaine de millions d’euros de concours financiers, dont 456 millions FCFA consacrés en 2023 au renforcement des capacités des défenseurs de l’environnement. Selon les bilans internes consultés, ces fonds ont permis de former plus de 2 000 acteurs communautaires à la surveillance participative, de doter les collectivités d’outils de cartographie numérique et de financer des études d’impact indispensables au verdissement de la planification économique.
Prochains jalons de la stratégie verte
À l’issue de l’entretien, Maurizio Cascioli a insisté sur la « nécessité d’accélérer » la mise en œuvre des nouveaux instruments, au premier rang desquels le programme Biodel, tourné vers la gestion durable des forêts et la préservation de la biodiversité. Conçue comme une plateforme multi-partenaires, cette initiative doit consolider les résultats engrangés par l’accord de partenariat volontaires FLEGT et accompagner la transition énergétique des zones rurales grâce à des crédits carbone certifiés. La ministre a confirmé que Brazzaville finalise actuellement un portefeuille de projets prêts à être soumis au Fonds vert pour le climat, signe d’une diplomatie climatique assumée.
Enjeux diplomatiques et financiers
Derrière la technicité des dossiers se jouent des équilibres géopolitiques sensibles. Pour la France, l’AFD demeure un bras armé stratégique en Afrique centrale. Pour le Congo, la relation assure un accès privilégié à un guichet de financement concessionnel alors que les marchés internationaux restent volatils. « La crédibilité financière que confère l’AFD facilite l’effet de levier auprès d’autres bailleurs », souligne un fonctionnaire du ministère des Finances, rappelant que chaque euro mobilisé par l’agence attire en moyenne 1,7 euro de cofinancement multilatéral.
Regards croisés d’experts internationaux
L’universitaire camerounais Achille Mboyo, spécialiste de gouvernance environnementale, relève que la démarche congolaise « s’inscrit dans un paradigme où l’adaptation est désormais considérée comme moteur de développement et non comme poste de dépense ». De son côté, la climatologue française Béatrice Alves juge le choix du Congo « particulièrement stratégique », rappelant que le pays abrite plus de 60 % des tourbières tropicales d’Afrique, véritables puits de carbone. Ces analyses convergent pour reconnaître la valeur de la trajectoire suivie par Brazzaville, sans occulter les défis de gouvernance locale, de suivi-évaluation et de mobilisation des communautés autochtones.
Cap sur une transition inclusive
En concluant l’audience, Arlette Soudan-Nonault a réitéré le souhait que « ce dynamisme de coopération perdure et s’amplifie ». Dans la perspective du sommet africain sur le climat, prévu à Nairobi, la République du Congo entend présenter un portefeuille de projets emblématiques, symboles d’une transition verte inclusive. Les observateurs notent que la stabilité politique, le positionnement diplomatique équilibré et la capitalisation des expériences passées constituent autant d’atouts pour attirer de nouveaux financements. L’agenda climat congolais, nourri par l’expertise de l’AFD, illustre une volonté affirmée de conjuguer impératifs écologiques, développement humain et souveraineté économique, défi majeur des États forestiers du Bassin du Congo.
