Brazzaville prépare sa session budgétaire
À Brazzaville, le Palais du peuple a retrouvé son fourmillement des grands jours. À mesure que le 15 octobre approche, sénateurs et députés échafaudent calendriers, notes techniques et orientations politiques pour une session budgétaire que tous décrivent comme « stratégique » pour la trajectoire 2024-2026.
Les présidents des deux chambres, Pierre Ngolo et Isidore Mvouba, ont présenté un ordre du jour dense qui marie impératifs financiers, réformes de fond et créations institutionnelles. Leur message est clair : garantir la soutenabilité des finances publiques tout en modernisant l’appareil d’État.
Budget 2026 : un cap de rigueur
Au Sénat, trois textes financiers phares occuperont le haut de l’affiche : le budget initial 2026, le collectif budgétaire 2025 et le projet de règlement du budget 2024. Cette trilogie permettra d’évaluer la cohérence entre projections, ajustements conjoncturels et bilan d’exécution global.
Selon une source au ministère des Finances, l’exécutif défendra un cadrage macroéconomique misant sur une croissance autour de 4 %, porté par le pétrole mais aussi par l’agro-industrie et le BTP. Les parlementaires devront arbitrer entre relance, discipline budgétaire et priorités sociales fixées par le Plan national de développement.
Révision électorale en débat
Autre point chaud : la révision de la loi électorale. Dans un contexte préélectoral, le texte entend préciser le rôle de la Commission nationale indépendante et renforcer l’usage du vote électronique expérimental, deux dispositifs salués pour leur contribution à la transparence.
Sans toucher aux équilibres institutionnels, le projet entend clarifier le financement des campagnes ainsi que le délai de publication des résultats. « Nous voulons sécuriser le processus pour tous les acteurs », confie un conseiller juridique du gouvernement, qui table sur un consensus parlementaire avant la fin d’année.
Recherche forestière et santé de la reproduction
Les sénateurs examineront aussi la modernisation de la loi sur l’Institut national de recherche forestière. Objectif : valoriser les données sur la biodiversité du Bassin du Congo et attirer de nouveaux partenariats scientifiques, notamment africains, dans la perspective du marché du carbone en pleine montée.
Dans le même temps, la proposition de loi relative à la santé de la reproduction veut consolider l’offre de planning familial, lutter contre les grossesses précoces et promouvoir l’éducation sexuelle. Les sénateurs espèrent un texte équilibré, respectueux des convictions religieuses mais tourné vers la santé publique.
L’Assemblée muscle son agenda
Côté Assemblée nationale, les députés plancheront sur la création de trois agences techniques. La plus attendue, l’Agence congolaise de radioprotection et de sûreté nucléaire, doit encadrer l’usage médical et industriel des rayonnements ionisants, gage de confiance pour les investisseurs.
Une Agence nationale d’appui à la décentralisation doit, elle, fournir assistance technique et financière aux collectivités locales, afin d’accélérer les projets d’eau, d’assainissement et d’éclairage. « Le développement partira des territoires », insiste un haut cadre du ministère de l’Administration du territoire présent lors des échanges avec les communes.
Enfin, l’Agence congolaise des affaires maritimes entend harmoniser la gestion des ports fluviaux et de la façade atlantique, vitale pour les exportations pétrolières. Elle devra aussi veiller à la sûreté maritime, dossier sensible au regard de la piraterie dans le golfe de Guinée actuelle.
Mémoire, histoire et société
Au rang sociétal, la proposition de loi sur la commémoration des victimes de la traite négrière transatlantique introduit une journée nationale de mémoire et un mécanisme d’appui aux recherches généalogiques des descendants. Les élus y voient un signal d’unité et de réconciliation.
Isidore Mvouba a profité de la conférence des présidents pour saluer l’opération de sécurité menée contre les « kulunas » et « bébés noirs ». Selon lui, le rétablissement de l’ordre dans les quartiers populaires favorisera un climat pacifié propice aux grands rendez-vous parlementaires.
Les coulisses d’une coordination étroite
La présence du Premier ministre Anatole Collinet Makosso aux deux conférences illustre l’alignement exécutif-législatif. Plusieurs observateurs notent que cette cohésion facilite l’adoption rapide des textes et renforce la crédibilité du Congo auprès de ses partenaires techniques et financiers.
Un diplomate d’Afrique centrale estime que « la visibilité budgétaire, couplée à des réformes électorales consensuelles, constitue un atout pour négocier des financements verts et sécuriser des investissements privés ». Les débats d’octobre seront donc suivis de près par les bailleurs et les agences de notation internationale également.
À retenir
Les textes prioritaires devront être adoptés sans retarder le calendrier budgétaire.
Le point juridique/éco
Plusieurs juristes rappellent que la loi de finances doit être adoptée au plus tard le 31 décembre, sous peine de recourir aux douzièmes provisoires. Sur le plan économique, la mise en place des nouvelles agences ouvrira des guichets spécialisés et générera des emplois qualifiés.
Regards prospectifs
Si le tempo est respecté, le gouvernement disposera dès janvier d’outils budgétaires et administratifs pour soutenir ses priorités : éducation, santé, infrastructure et climat. Dans un environnement régional exigeant, cette session pourrait donner au Congo-Brazzaville un avantage comparatif en matière de gouvernance.