Un air de fête pour la Nativité à Brazzaville
En ce 24 décembre, bien avant l’allumage traditionnel des guirlandes, des centaines d’enfants ont convergé depuis les neuf arrondissements de Brazzaville vers le Plateau des 15 ans, vaste parc ombragé qui s’est métamorphosé, l’espace d’une journée, en village de la Nativité interculturel et bienveillant.
Aux commandes, l’Association Iminou, présidée par l’entrepreneuse sociale Bel-ange Massouémé, a déroulé un programme foisonnant d’activités gratuites, pensé pour mêler émerveillement, apprentissage et conscience citoyenne, tout en garantissant une sécurité maximale grâce au concours discret de la mairie centrale.
Une sociabilité tissée dans le jeu
Sous les chapiteaux aux couleurs vives, les enfants circulaient librement entre les ateliers de peinture, les bancs de percussions, la piste de danse ou les grands jeux collectifs improvisés sur la pelouse, sans aucune limite de temps imposée, condition jugée incontournable pour libérer la créativité.
Le rire fusait, ponctué par la voix des animateurs qui rappelaient les règles de fair-play, tandis que des bénévoles formés aux premiers secours distribuaient de l’eau et veillaient aux gestes barrières, signe que le bonheur enfantin peut cohabiter avec la prévention sanitaire.
Focus sur l’inclusion des enfants vulnérables
Selon Bel-ange Massouémé, près de la moitié des participants provenaient de ménages à faibles revenus identifiés en lien avec les chefs de quartiers et les directions d’écoles publiques ; leur présence gratuite rappelait l’ambition inclusive d’Iminou, fondée sur la devise « Aucun enfant laissé de côté ».
« Ce genre de rendez-vous construit la confiance, observe la psychologue scolaire Clarisse Banzouzi. En jouant ensemble, un orphelin, un enfant porteur de handicap et un collégien issu d’un milieu favorisé découvrent leurs points communs, dépassent les étiquettes sociales et engrangent un capital relationnel déterminant pour l’avenir ».
Retour d’expérience des familles
Parmi les parents, Novi Mossikola ne cachait pas son émotion : « Je redécouvre mon fils, il danse avec des enfants qu’il ne connaissait pas. La fête m’enlève un poids, celui de ne pas pouvoir lui offrir des loisirs coûteux ». Les applaudissements ont couvert ses mots.
Plus loin, Reine Mossangué brandissait un petit piano jouet reçu lors de la distribution des cadeaux. « C’est précieux, dit-elle, parce qu’un instrument nourrit l’imaginaire. Mon garçon compose déjà des mélodies improvisées ». Le cadeau devient ainsi prolongement pédagogique du divertissement.
Le point éco: mobiliser des ressources légères
L’événement n’affichait qu’un budget de quatre millions de francs CFA, financé à 60 % par des micro-dons de particuliers, le reste provenant de partenaires privés et d’une petite subvention municipale. Une démonstration que la solidarité populaire peut pallier l’absence de gros sponsors.
Pour optimiser chaque franc, l’association a privilégié les fournisseurs locaux : sculpteurs de ballons du marché Total, pâtissiers du quartier Poto-Poto, imprimeurs artisanaux installés à Ouenzé. Circuits courts et consommation organisée ont réduit l’empreinte carbone et soutenu les petits métiers brazzavillois.
Au-delà des postes évidents – jeux gonflables, sonorisation – une ligne budgétaire a été consacrée aux « kits pédagogiques réutilisables ». Iminou pourra ainsi redéployer chevalets, pinceaux et mini-buts sur d’autres actions, limitant l’achat récurrent de matériel et consolidant sa trésorerie.
Synergies avec les politiques publiques d’enfance
La Direction départementale des Affaires sociales, représentée par un cadre, a salué une initiative « complémentaire » au Plan national d’action en faveur de l’enfant, rappelant que la loi congolaise reconnaît le droit au loisir comme un levier de prévention contre la délinquance juvénile.
De son côté, la Fondation perspective d’avenir, proche des programmes présidentiels, a offert un lot de livres illustrés sur la biodiversité du fleuve Congo, soulignant l’importance d’éduquer aux enjeux environnementaux dès le plus jeune âge, conformément aux engagements climatiques pris par le pays.
Le directeur départemental de la Jeunesse, présent incognito parmi le public, a confirmé son intention d’inscrire l’initiative au calendrier officiel des « villes éducatives », programme soutenu par l’UNESCO, soulignant que « la participation citoyenne allège la charge financière de l’État sans sacrifier l’ambition sociale ».
À retenir : impact social mesuré
En fin de journée, un questionnaire anonyme a été remis à cent familles volontaires. Les premiers résultats montrent que 92 % des enfants se disent « très satisfaits », 87 % affirment avoir noué une nouvelle amitié et 76 % souhaitent participer à un atelier artistique régulier.
Ces indicateurs confirment l’observation qualitative des éducateurs : la pratique culturelle demeure un catalyseur de lien social et de résilience pour la jeunesse urbaine, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans la continuité des efforts institutionnels en matière de cohésion nationale.
Regards vers l’avenir des initiatives citoyennes
Fort de ce succès, Iminou prépare déjà une édition mobile prévue pour les vacances scolaires, qui visiterait Makélékélé, Talangaï et Djiri avec des camions-scènes, afin de toucher les quartiers périphériques souvent éloignés des infrastructures de loisirs.
Bel-ange Massouémé espère fédérer entreprises et institutions autour d’un fonds dédié à l’enfance créative : « Chaque billet de football vendu, chaque concert sponsorisé pourrait reverser cinquante francs à ce fonds. Ensemble, nous bâtirons une cité où l’esprit d’équipe se cultive dès l’enfance », affirme-t-elle.
Rendez-vous est pris pour décembre prochain ; d’ici là, l’association poursuivra ses tournées dans les établissements scolaires, propageant un même message d’entraide et de joie partagée.
