Sur une piste latérale du Pool, un élu de la Majorité présidentielle a vu son convoi tomber dans une embuscade. Récit d’une attaque qui rouvre la question lancinante de la sécurité dans ce département congolais.
Une embuscade sur la route de Kampa
Le samedi 6 juin 2026 restera gravé dans la mémoire de Hellot Matson Mampouya. Le député élu de la circonscription de Goma-Tsetsé, dans le Pool, a échappé à une attaque armée alors qu’il sillonnait sa circonscription.
L’élu n’est pas un acteur secondaire. Président de la Dynamique républicaine pour le développement (D.R.D.), il appartient à la Majorité présidentielle. Sa présence sur le terrain ce jour-là relevait d’une mission ordinaire de proximité.
La délégation se déplaçait en quatre véhicules tout-terrain. Objectif affiché : distribuer des kits aux populations locales, geste classique d’un parlementaire soucieux d’ancrer son mandat dans le quotidien des habitants de cette zone rurale du sud du pays.
Dix kilomètres après la nationale, l’assaut
L’incident s’est noué à une dizaine de kilomètres après la sortie de la Route nationale n°1, sur l’axe menant à Kampa. Une portion isolée, loin des regards, où le bitume cède la place à la piste et où l’autorité publique se fait plus diffuse.
Huit hommes cagoulés, armés de fusils de type PMAK, ont surgi pour intercepter le troisième et le quatrième véhicule du convoi. L’ordre fut sans appel : descendre, immédiatement. La scène, racontée par les sources locales, témoigne d’une opération préparée.
S’ensuivit une fouille méthodique d’une trentaine de minutes, ponctuée d’interrogatoires. Les assaillants cherchaient visiblement à identifier leurs interlocuteurs et à évaluer le butin. Le temps, dans ces circonstances, paraît s’étirer indéfiniment pour les victimes.
Avant de s’évanouir dans la nature, les agresseurs ont incendié les deux véhicules immobilisés. Ils sont repartis avec l’argent, les contacts et, détail lourd de sens, le passeport diplomatique du député.
Un parlementaire qui doit son salut à l’anonymat
Le paradoxe de cette affaire tient en une phrase : les assaillants n’ont pas reconnu leur cible. C’est précisément cette méprise qui a sauvé Mampouya. N’identifiant pas le parlementaire, ils l’ont laissé repartir, sans mesurer l’importance de l’homme entre leurs mains.
L’élu a alors entamé une marche de dix kilomètres pour rejoindre la route nationale. Une épreuve physique autant que psychologique, au terme de laquelle il a pu regagner Brazzaville sain et sauf, mais profondément marqué par ce qu’il venait de traverser.
Le mot importe : traumatisé. Derrière le récit factuel se cache l’expérience brute d’un homme confronté à des armes pointées et à l’incertitude de son sort. Le soulagement de l’arrivée à Brazzaville n’efface pas l’empreinte de l’événement.
Le Pool, théâtre récurrent d’insécurité
Au-delà du cas individuel, l’attaque réveille un sujet sensible. Le département du Pool a longtemps porté les stigmates de troubles armés, et chaque incident de cette nature ravive les inquiétudes quant à la stabilité réelle de cette région stratégique.
La nature même de l’attaque interroge. S’agit-il d’un acte de banditisme opportuniste, motivé par le pillage, ou d’une opération plus calculée ? La fouille prolongée et les interrogatoires nourrissent les hypothèses, sans qu’aucune certitude ne puisse être avancée à ce stade.
L’enlèvement du passeport diplomatique ajoute une dimension préoccupante. Ce document, au-delà de sa valeur administrative, ouvre des portes et confère une légitimité. Sa disparition entre des mains inconnues constitue une vulnérabilité difficile à mesurer.
Une équation sécuritaire toujours ouverte
Pour les autorités, l’épisode pose une question concrète : comment garantir la libre circulation des élus et des citoyens sur les axes secondaires du Pool ? La présence de groupes armés sur ces pistes contredit le discours de normalisation.
L’incident illustre la fragilité des acquis sécuritaires loin des grands axes. Entre la Route nationale n°1 et les villages reculés, l’État doit encore convaincre que la paix tient sur l’ensemble du territoire, et pas seulement dans les centres urbains.
Pour Hellot Matson Mampouya, l’heure est au constat. Avoir échappé au pire ne suffit pas à dissiper le malaise. Son aventure rappelle que, dans certaines zones du Congo-Brazzaville, exercer un mandat de proximité comporte encore une part réelle de danger.
Reste l’attente, désormais, des suites judiciaires. L’identification des assaillants et la récupération du passeport diplomatique constituent des enjeux concrets. La réponse des pouvoirs publics dira la mesure exacte de leur volonté de sécuriser durablement le Pool.
