À Kintélé, le rideau est tombé sur cinq jours de discussions intenses. Le docteur Sidi Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement, et Ludovic Ngatsé, ministre congolais de l’Économie, ont scellé les 61es Assemblées annuelles par une conférence de presse conjointe.
L’exercice avait valeur de bilan autant que de cap. Devant les journalistes, les deux hommes ont tenté de traduire en orientations concrètes l’ampleur d’un rendez-vous qui aura mobilisé le Congo-Brazzaville plusieurs jours durant, sous le regard du continent.
Un rendez-vous continental sous haute attention
Le thème retenu pour ces assises donnait le ton : « Mobiliser le financement du développement de l’Afrique à grande échelle ». Une formule ambitieuse, qui résume l’enjeu central d’une institution confrontée à des besoins colossaux et à des marges budgétaires de plus en plus contraintes.
Les travaux se sont étalés sur cinq jours et ont rassemblé plus de 3 000 participants. Chefs d’État, ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales venus des 81 pays membres ont convergé vers la capitale congolaise pour ce moment institutionnel majeur.
Cette affluence dit quelque chose de la place qu’occupe désormais la BAD dans l’architecture financière africaine. Au-delà du protocole, ces assemblées servent d’enceinte où se négocient priorités, alliances et arbitrages budgétaires entre partenaires du continent.
Le message offensif de Sidi Ould Tah
Le président du Groupe de la BAD n’a pas esquivé le fond. Sidi Ould Tah a invité les États africains à privilégier l’industrialisation et la transformation locale de leurs minerais, plutôt que de continuer à les exporter à l’état brut, comme le veut un schéma ancien.
L’idée n’est pas neuve, mais elle prend ici une tonalité plus déterminée. En filigrane, il s’agit de capter sur place la valeur ajoutée, longtemps captée ailleurs, et de bâtir des chaînes industrielles enracinées dans les économies africaines.
Pour donner corps à cette ambition, le Conseil des gouverneurs a approuvé une feuille de route stratégique articulée autour de quatre points cardinaux. Ces axes dessinent la grammaire des prochaines années pour l’institution panafricaine.
Quatre points cardinaux pour une stratégie
Le premier pilier porte sur la mobilisation des ressources financières africaines. L’objectif affiché est de réduire la dépendance aux capitaux extérieurs en activant davantage l’épargne et les leviers financiers internes au continent.
Le deuxième axe vise le renforcement des institutions financières africaines. Sans architecture solide, banques de développement, fonds et marchés régionaux, la mobilisation des ressources resterait un vœu sans relais opérationnel pour les économies concernées.
Le troisième cap concerne la valorisation du potentiel démographique. La jeunesse africaine, souvent décrite comme un défi, est ici présentée comme un atout à transformer en force productive, à condition d’investir dans les compétences.
Le quatrième pilier referme la boucle ouverte par le président : la transformation des matières premières sur place. C’est la traduction stratégique de l’appel à l’industrialisation, érigée au rang d’orientation officielle de l’institution.
La lecture congolaise de Ludovic Ngatsé
Du côté de l’hôte, le ton était à la satisfaction. Ludovic Ngatsé, qui présidait également le Conseil des gouverneurs, a qualifié l’organisation de ces assemblées de succès, pour le Congo, pour la BAD et, plus largement, pour l’Afrique.
Le ministre a profité de la tribune pour exposer la vision Congo 2026. Ce cadre articule plusieurs priorités nationales : transformation économique, infrastructures d’interconnexion et diversification de l’appareil productif, autant de chantiers présentés comme structurants pour le pays.
À ces axes s’ajoutent le développement du capital humain, la création d’emplois et la gouvernance. Un triptyque qui fait écho, dans sa logique, aux orientations défendues quelques instants plus tôt par le président de la Banque.
Un alignement de discours à confronter au réel
La convergence entre les propos du président de la BAD et la vision portée par le ministre congolais n’est sans doute pas fortuite. Elle traduit une volonté commune d’inscrire les choix nationaux dans une dynamique continentale assumée.
Reste la part la plus délicate de tout exercice de ce type : le passage de la déclaration à l’exécution. Mobiliser des ressources, transformer localement, renforcer les institutions, autant d’ambitions dont la portée se mesurera aux financements effectivement engagés.
La clôture de Kintélé referme ainsi une séquence diplomatique et économique dense pour le Congo-Brazzaville. Elle laisse derrière elle une feuille de route claire, dont la crédibilité dépendra désormais de la capacité des États à la faire vivre.
