On connaissait l’homme politique. On decouvre l’agriculteur. Natif de la Sangha, ancien maire de Ouesso et depute de la circonscription de Sembe, Thierry Maguessa Ebome cultive une autre vocation, plus discrete : faire du cacao un symbole economique du nord congolais.
Dans ce departement forestier, l’initiative ne releve pas du hasard. Elle epouse une ambition nationale plus large, celle d’une Republique du Congo cherchant a desserrer sa dependance aux hydrocarbures en misant sur l’agriculture et la transformation locale de ses ressources.
De la pepiniere a la tablette, une filiere pensee de bout en bout
Ce qui distingue la demarche, c’est son refus de s’arreter a la matiere premiere. Trop souvent, les pays producteurs exportent des feves brutes et laissent la valeur ajoutee se construire ailleurs. Ebome a choisi l’inverse.
L’homme a entrepris de maitriser chaque maillon : la pepiniere, la plantation, la recolte, puis la transformation sur place. Une logique d’integration verticale rare dans une region ou les filieres agricoles peinent souvent a depasser le stade du champ.
Apres des etudes de faisabilite, il a acquis plusieurs hectares pour y planter des cacaoyers. La production, dit-il, a ete suffisamment consequente pour envisager une commercialisation a grande echelle, premier signal d’une viabilite economique.
Des maitres chocolatiers pour congoliser le chocolat
L’etape suivante a surpris. Plutot que de vendre ses feves, le promoteur a recrute des maitres chocolatiers. Objectif assume : produire localement du chocolat fini et une gamme de produits derives, beurre de cacao, pate a tartiner, jusqu’a des cosmetiques.
Cette montee en gamme change la nature du projet. Elle transforme une activite agricole en une petite chaine industrielle, capable de fixer sur le territoire des competences, des emplois et une part de la richesse generee par « l’or brun » de la Sangha.
L’enjeu n’est pas seulement marchand. Il touche aussi a une question de reputation : prouver qu’un chocolat entierement concu au Congo peut tenir la comparaison, et exister par lui-meme sur des marches exigeants.
Rehabiliter des fermes d’Etat tombees en desuetude
Le projet s’inscrit dans une memoire economique. La Sangha a connu, par le passe, l’implantation de plusieurs fermes d’Etat, peu a peu abandonnees. Leur sommeil prolonge raconte les promesses agricoles non tenues de decennies anterieures.
Il est desormais question de rehabiliter ces espaces et d’y planter des cacaoyers hybrides, choisis pour doper les rendements. Thierry Maguessa Ebome se positionne en promoteur de cette relance, mobilisant un patrimoine foncier longtemps laisse a l’abandon.
La demarche pose, en creux, une interrogation de politique publique : comment reactiver des actifs agricoles dormants sans reproduire les fragilites qui les avaient condamnes ? La reponse se jouera dans la duree et la rigueur de gestion.
Cacao durable : l’agroforesterie comme ligne de conduite
Dans une region ou la foret constitue un capital ecologique majeur, la question environnementale n’est pas accessoire. Le promoteur affirme avoir integre tres tot les exigences du cacao durable, en coherence avec un contexte de sauvegarde de l’ecosysteme.
Agroforesterie, protection de l’environnement, economie circulaire et commerce equitable forment le cadre revendique. Autant de principes qui, s’ils sont effectivement appliques, permettraient de concilier production agricole et preservation du couvert forestier de la Sangha.
Le pari n’a rien d’evident. Concilier rendement et durabilite suppose des arbitrages constants, et la credibilite d’un tel modele se mesurera moins aux intentions affichees qu’aux pratiques verifiables sur le terrain.
Un symbole agricole pour la Sangha et le Congo
L’horizon, lui, depasse le simple commerce. Le promoteur entend desormais participer aux foires dediees au chocolat pour y exposer les produits du cacao congolais et leur donner une visibilite internationale.
Derriere cette strategie, une conviction affleure : ce produit pourrait devenir un embleme agricole de la Sangha et, au-dela, de toute la Republique du Congo. Une maniere d’inscrire un territoire sur la carte mondiale du chocolat.
Reste a transformer l’essai. Entre la qualite des feves, la regularite de la production et la conquete de marches concurrentiels, le chemin demeure exigeant. Mais l’initiative dessine une voie credible vers la diversification economique tant recherchee.
Le parcours de Thierry Maguessa Ebome illustre une mue silencieuse. Celle d’un acteur public qui mise sur l’agro-industrie locale, la ou beaucoup se contentent d’exporter la richesse brute, et tente d’ancrer durablement la valeur dans son departement d’origine.
