À Brazzaville, la Banque des États de l’Afrique centrale a discrètement lancé un chantier qui pèsera lourd dans la lecture de l’économie congolaise : la collecte des données destinées aux balances des paiements trimestrielles de 2026. Un exercice technique, mais éminemment politique.
Un outil de pilotage au cœur de la stratégie économique
La balance des paiements n’a rien d’un simple tableau comptable. Elle retrace, période après période, l’ensemble des échanges entre résidents et non-résidents, des exportations de pétrole aux transferts financiers les plus discrets.
Pour la direction nationale de la BEAC, ce document conditionne la qualité des décisions publiques. Il éclaire les équilibres extérieurs du pays, oriente les choix budgétaires et offre aux investisseurs une grille de lecture fiable du climat économique congolais.
« C’est un outil central d’analyse et de pilotage de l’économie », a martelé Serge Dino Daniel Ngassakys, directeur national de la BEAC, lors de la cérémonie de lancement. Une formule qui résume l’ambition affichée par l’institution monétaire régionale.
Des experts mobilisés sur le secteur extérieur
L’opération réunit une diversité d’acteurs rarement rassemblés autour d’une même table. Administrations publiques, établissements financiers et représentants du secteur privé y croisent leurs expertises, sous la supervision du directeur national.
Leur mission tient en trois verbes : collecter, analyser, consolider. Durant plusieurs jours, ces techniciens vont passer au crible les flux du secteur extérieur, secteur par secteur, produit par produit, jusqu’aux exportations de biens congolais vers les marchés internationaux.
Ce travail minutieux vise un objectif unique : produire une statistique crédible, qui reflète fidèlement la réalité des échanges. Dans une économie encore très dépendante de ses ressources, la précision des chiffres devient un enjeu de souveraineté.
Les composantes d’un instrument macroéconomique
Pour rappeler la mécanique de l’exercice, Sylvie Loubaki Mansiamina, cheffe de service des statistiques monétaires, financières et extérieures, en a détaillé l’architecture devant les participants.
« La balance des paiements comprend le compte des biens et services, le compte du revenu primaire, le compte du revenu secondaire ainsi que les comptes capital et financier », a-t-elle énuméré. Chaque compte raconte une facette des relations économiques du pays avec l’extérieur.
Derrière ce vocabulaire technique se cache une réalité concrète. Ces agrégats permettent de mesurer la dépendance aux importations, la solidité des recettes d’exportation ou encore la capacité du Congo à attirer des capitaux étrangers.
Une performance 2024 difficile à reproduire
L’édition précédente avait pourtant placé la barre haut. En 2024, le taux de collecte avait atteint 98 % sur un échantillon de 136 déclarants, une performance qui avait permis de valider les données dans des conditions jugées satisfaisantes.
Ce résultat témoignait d’une coopération solide entre la banque centrale et les acteurs déclarants. Il confortait aussi la fiabilité d’un dispositif souvent fragilisé, en Afrique centrale, par le manque de remontées statistiques.
Reproduire un tel niveau d’adhésion supposait une mobilisation constante. Or les premiers signaux de l’année en cours laissent entrevoir un essoufflement que les responsables de la BEAC ne dissimulent pas.
Un taux 2025 qui inquiète l’institution
Le contraste est saisissant. À ce jour, le taux de collecte pour 2025 plafonne à 41,81 %, un niveau jugé nettement insuffisant par la direction nationale de la BEAC.
« Cela doit nous interpeller collectivement », a averti Serge Dino Daniel Ngassakys, refusant de minimiser le recul. Le ton se voulait moins comptable que mobilisateur, dans un secteur où l’engagement de chacun pèse sur la qualité de l’ensemble.
Car la statistique publique ne vaut que par la régularité de ses contributeurs. Un déclarant absent, c’est un pan entier du secteur extérieur qui échappe à la mesure, et une décision potentiellement faussée en bout de chaîne.
L’enjeu d’une donnée fiable pour 2026
En ouvrant cette campagne, la BEAC ne joue pas seulement sa crédibilité technique. Elle interpelle l’ensemble de l’écosystème économique congolais sur sa capacité à se doter d’instruments de mesure dignes de ses ambitions.
La balance des paiements 2026 dira beaucoup de la santé réelle du pays, de ses exportations comme de sa dépendance extérieure. Encore faudra-t-il que les déclarants répondent présents, là où l’exercice 2025 a montré ses limites.
L’appel lancé à Brazzaville dépasse donc le cadre d’une simple opération statistique. Il pose, en filigrane, la question de la gouvernance économique et de la valeur que le Congo-Brazzaville accorde à ses propres chiffres.
