Ouverture à Brazzaville : enjeux stratégiques
Mardi 9 septembre, le Palais des congrès de Brazzaville a réuni experts et officiels pour le 8ᵉ colloque international sur la fiscalité. Dans une atmosphère studieuse, le ministre de l’Agriculture, Paul Valentin Ngobo, représentant le Premier ministre, a ouvert les travaux en saluant la qualité des délégations.
Sous le thème « moderniser les systèmes fiscaux pour une croissance durable », la rencontre veut faire de la fiscalité un instrument central de mobilisation de ressources internes, alors que le continent doit financer ses infrastructures, protéger ses forêts et accompagner une jeunesse avide d’opportunités.
Moderniser la fiscalité africaine
Maxence Bringuier, président de l’Association dauphinoise d’administration fiscale, souligne que « la coopération académique nourrit des solutions pragmatiques ». Pour lui, l’échange d’expériences entre administrations d’Afrique centrale et experts européens permet d’élaborer des cadres juridiques stables, gages d’attractivité pour l’investissement privé.
Les débats mettent en avant la nécessité d’élargir l’assiette sans alourdir la pression globale. L’objectif est double : financer les services publics tout en sécurisant un climat d’affaires compétitif dans la CEMAC. Plusieurs intervenants citent la digitalisation comme levier de traçabilité et de réduction de la fraude.
Le Congo à l’avant-garde digitale
Le Congo figure justement parmi les pionniers régionaux. Depuis 2023, la Direction générale des impôts déploie E-Tax, portail qui permet la télédéclaration et le paiement électronique. « Nous passons d’une culture papier à une culture data », résume son directeur général, Ludovic Itoua, confiant dans l’adhésion progressive.
Ce virage technologique s’accompagne d’une réforme de l’impôt global forfaitaire, jugée plus lisible pour les entrepreneurs. La grille simplifiée, publiée en juin, réduit les démarches administratives et sécurise les recettes. Les premières estimations évoquent un taux de conformité en hausse de dix points par rapport à 2022.
PME et civisme fiscal, moteur de croissance
Les très petites entreprises concentrent l’espoir de formalisation. Le ministère des Finances propose des abattements ciblés pour les startups agrotech opérant sur le corridor Brazzaville-Pointe-Noire. En retour, les bénéficiaires s’engagent à déclarer leurs salariés et à utiliser la facturation électronique, condition pour accéder aux marchés publics.
Au colloque, plusieurs dirigeants de PME ont salué la démarche. « La facture numérique limite les versements informels qui pesaient sur nos marges », confie Dorothée Mavouenza, torréfactrice installée à Oyo. Pour elle, la stabilité fiscale devient un argument de négociation auprès des banques locales encore frileuses.
Coopération fiscale internationale renforcée
Au-delà de la vitrine congolaise, l’agenda inclut des ateliers sur la taxation des géants numériques, l’harmonisation douanière CEMAC et l’érosion de la base d’imposition. Les universitaires de Paris-Dauphine et de Marien Ngouabi présentent des études comparées montrant l’impact positif d’accords d’échange automatique de renseignements.
Des représentants de la Direction générale des finances publiques française ont détaillé la collaboration technique en cours. Le partage de codes sources open-source pour les registres cadastraux numériques devrait être étendu à Libreville et Malabo. « Une preuve que la diplomatie fiscale produit des gains concrets », analyse Bringuier.
Financer le développement et la résilience
Les recettes fiscales couvrent aujourd’hui près de 70 % du budget de fonctionnement congolais, contre 55 % en 2015. Cette progression, obtenue malgré la volatilité des prix du pétrole, illustre la stratégie de diversification voulue par le président Denis Sassou Nguesso et pilotée par le gouvernement.
En parallèle, Brazzaville axe son plaidoyer international sur la justice climatique : les gains fiscaux doivent financer la transition énergétique et la protection du bassin du Congo, deuxième poumon vert mondial. D’ici 2026, 15 % des recettes issues de l’impôt sur les sociétés seront fléchées vers ces priorités.
À retenir
À retenir : le colloque montre la convergence d’intérêts entre croissance, numérisation et inclusion. Les participants s’accordent sur trois points : partager les données pour limiter l’évasion, simplifier pour élargir l’assiette, et investir les recettes dans l’agriculture, la santé et l’éducation, piliers du contrat social.
Le point éco
Le point éco : selon le Centre de recherche économique de Brazzaville, chaque point de conformité fiscale supplémentaire pourrait générer 25 milliards de francs CFA de recettes annuelles. À terme, la réforme pourrait libérer l’équivalent de 1,2 % du PIB pour les dépenses d’investissement public prioritaire.
Perspectives vers l’édition 2025
En clôture, le comité d’organisation a annoncé que l’édition 2025 se tiendra de nouveau à Brazzaville, signe de confiance envers l’engagement national. Au programme, une simulation grandeur nature d’un marché carbone régional et la présentation du premier indice d’efficacité fiscale des États riverains du fleuve.
« Nous voulons que ce rendez-vous devienne la COP fiscale de l’Afrique centrale », résume Paul Valentin Ngobo. Des task forces thématiques seront créées dès janvier pour suivre la mise en œuvre des recommandations. Les observateurs y voient la preuve d’une volonté politique alignée sur les exigences de l’ère numérique.