Cap sur la relance des PME congolaises
Un vent d’optimisme souffle sur l’écosystème entrepreneurial congolais depuis l’annonce, le 11 novembre à Brazzaville, d’un financement de 14,5 milliards de francs CFA accordé par la Société financière internationale aux Petites et moyennes entreprises du pays.
Ce prêt, logé dans les comptes de la Bank of Africa Congo, ambitionne d’élargir l’accès au crédit, de rallonger les maturités et d’abaisser les taux, autant de leviers identifiés par le gouvernement pour dynamiser un segment représentant près de 60 % des emplois informels.
Un prêt historique scellé à Brazzaville
La signature du protocole d’accord, en présence de la ministre des PME et de l’Artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo, confère à l’initiative une portée institutionnelle forte, à l’heure où Brazzaville veut imprimer une nouvelle cadence à son programme de diversification économique.
Face aux caméras, la représentante résidente de la Banque mondiale, Alexandra Célestin, a rappelé que la Facilité de financement en monnaie locale « permettra de financer plus de 3 000 entreprises sur cinq ans » tout en réservant 10 % de l’enveloppe aux structures dirigées par des femmes.
Pour Igor Mamadou Diarra, directeur régional Afrique centrale de BOA, l’opération constitue « un coup d’accélérateur à la croissance inclusive ». L’ex-ministre malien des Finances a assuré que chaque franc mobilisé serait réinjecté « dans l’économie réelle, au bénéfice exclusif du tissu productif national ».
Une stratégie d’inclusion financière affirmée
Concrètement, la banque déploiera une gamme de crédits d’investissement, de fonds de roulement et de solutions de garantie adaptées à des PME encore souvent sous-capitalisées. Le prêt devrait ainsi doubler le portefeuille de la filiale congolaise, évalué à 85 milliards de francs CFA en 2022.
Le contexte macroéconomique apparaît favorable. Après une contraction liée à la pandémie, le PIB non pétrolier du Congo-Brazzaville affiche un rebond estimé à 4 % cette année, porté par les BTP, l’agro-industrie et les services numériques, secteurs ciblés par la stratégie conjointe SFI-gouvernement.
Autre innovation : l’adossement intégral du prêt au franc CFA réduit le risque de change pour l’emprunteur local. À l’heure où le crédit au secteur privé ne représente encore que 13,8 % du PIB, cette garantie en monnaie locale lève un frein structurel à l’investissement.
Impact mesurable sur l’emploi et la valeur ajoutée
Sur le terrain, l’impact social se veut tangible. La SFI table sur la création de 800 à 1 300 emplois, dont environ 500 directs dans les établissements financés. Les 800 emplois supplémentaires proviendraient des chaînes d’approvisionnement locales grâce à l’augmentation des commandes et des sous-traitances.
Les experts de la Chambre de commerce de Brazzaville estiment qu’un surcroît d’investissement de dix millions de francs CFA dans une PME industrielle se traduit, en moyenne, par deux nouveaux emplois qualifiés. Appliqué à l’enveloppe SFI, le potentiel pourrait même dépasser les estimations initiales.
L’effet catalyseur dépasse l’emploi. Davantage de PME bancarisées signifie plus de recettes fiscales pour l’État, une meilleure traçabilité des flux et une modernisation de la gouvernance interne des entreprises, conformément aux recommandations du Plan national de développement 2022-2026 piloté par le Premier ministre.
Le point économique et réglementaire
Le cadre juridique, lui, repose sur l’Acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés et sur les directives de la Commission bancaire de l’Afrique centrale. BOA Congo devra se conformer à des ratios prudentiels stricts, tandis que la SFI exercera un suivi environnemental et social renforcé.
Le ministère des Finances mettra également à contribution le Bureau d’information sur le crédit, inauguré en mai, afin de réduire l’asymétrie d’information entre prêteurs et emprunteurs et de contenir le risque d’impayés, un indicateur encore supérieur à 12 % dans le segment PME.
À retenir pour les entrepreneurs
Pour les entrepreneurs, la fenêtre est ouverte. Les dossiers seront instruits en trois semaines, promet la banque, avec une prise en charge technique possible via le Centre de facilitation des affaires. Les projets innovants ou exportateurs bénéficieront d’une bonification de taux soutenue par la SFI.
Alexandre Ngatsé, fondateur d’une start-up agritech à Kintélé, espère en bénéficier : « Nous pouvons multiplier par quatre notre surface de maraîchage si nous trouvons un crédit à moins de 9 % sur cinq ans ». Son enthousiasme reflète l’attente d’un écosystème en quête de capitaux patient.
En étroite coordination avec la BOA, la ministre Jacqueline Lydia Mikolo prévoit une tournée d’information dans les départements, afin de présenter le dispositif aux artisans et jeunes promoteurs. Objectif : déconcentrer le crédit au-delà de Brazzaville et Pointe-Noire pour irriguer l’ensemble du territoire national.
Capteurs sur l’avenir de l’investissement
Au-delà de cette opération, la SFI confirme un pipeline de projets évalué à près de 100 millions de dollars couvrant l’énergie solaire, les infrastructures logistiques et le numérique. De quoi consolider la dynamique actuelle et inscrire, à moyen terme, l’entrepreneuriat congolais dans les radars des investisseurs internationaux.
Reste l’enjeu de la formation. La SFI prévoit un programme d’assistance technique adossé à l’initiative SheWorks pour étoffer les compétences managériales des entrepreneures, tandis que BOA Congo financera des sessions sur la finance verte, un créneau appelé à monter en puissance avec les politiques climatiques nationales.
