Brazzaville muscle son hygiène urbaine
Aux premières lueurs du samedi citoyen du 6 décembre, Juste Désiré Mondélé a sillonné les allées du marché Total, du Plateau des 15 Ans et de Moukondo. Le ministre de l’Assainissement urbain voulait constater, sur le terrain, l’état d’application de la grande opération mensuelle de propreté.
Le constat, relayé en conférence de presse, est sans ambages : malgré des avancées visibles depuis l’introduction de la circulaire de 2018, plusieurs espaces commerciaux restent freinés par des montagnes d’ordures et des réseaux d’évacuation obstrués, un cocktail propice aux maladies hydriques et vectorielles.
Pour l’autorité, la lutte contre l’insalubrité dépasse l’esthétique : elle conditionne l’attractivité du commerce de détail et, in fine, le pouvoir d’achat des ménages urbains. La situation des marchés, vitrine quotidienne de l’économie populaire, est donc devenue un baromètre suivi au plus haut niveau.
Associations de marchés au banc d’essai
Créées pour fluidifier le dialogue entre revendeurs et municipalités, les associations gestionnaires occupent une place stratégique : elles collectent les redevances, attribuent les étals et financent l’entretien courant. Sur le papier, leur modèle participe à la décentralisation voulue par le Plan national de développement 2022-2026 actuel.
Dans les faits, a pointé le ministre, certains bureaux d’association « semblent remplacer la mairie sans se préoccuper de la population ». Comprendre : les cotisations sont encaissées, parfois à la journée, mais les bacs à ordures débordent et les toilettes restent hors service dans plusieurs marchés visités récemment.
Les responsables associatifs, interrogés sur place, évoquent le renchérissement du carburant nécessaire au ramassage ou le retard de paiement des prestataires. Certains plaident pour une subvention transitoire de la mairie centrale afin d’éviter que les commerçantes ne supportent seules la hausse des coûts logistiques actuels.
Finances et transparence en question
Selon les services municipaux, les marchés de Brazzaville brassent plus de deux milliards de francs CFA de recettes annuelles. Pourtant, moins de la moitié serait réaffectée aux travaux d’hygiène. L’écart interroge, d’autant que la réglementation impose un compte séparé pour chaque site depuis 2019 déjà.
Pour combler le déficit de traçabilité, Brazzaville expérimente depuis juillet une application mobile, GES-Marché, qui permet aux trésoriers d’enregistrer les perceptions quotidiennes et aux inspecteurs de suivre en temps réel les dépenses de nettoyage. Les premiers pilotes auraient réduit de 30 % les fuites de fonds.
En parallèle, le ministère de tutelle planche sur un arrêté fixant un pourcentage minimal de reinvestissement obligatoire dans l’hygiène. Les associations qui dépasseraient ce seuil pourraient bénéficier d’un label vert facilitant l’accès au microcrédit et aux partenariats avec les entreprises de recyclage locales certifiées CEMAC.
Impacts sur la santé et l’économie
Chaque pic d’insalubrité se traduit par une flambée des cas de diarrhées aiguës relevés dans les centres de santé voisins. D’après la direction départementale de l’Épidémiologie, les marchés concentrent jusqu’à 28 % des foyers de contamination lors de la saison des pluies entre octobre et mai chaque année.
Côté portefeuille, l’Association congolaise des consommateurs estime que la perte de marchandises liée aux mauvaises conditions d’entreposage frôle les trois milliards de francs CFA par an, un manque à gagner qui se répercute sur les prix de détail et grève le panier des ménages urbains.
Un chantier institutionnel en cours
D’ici la fin de l’année, un audit croisé mairie-ministère passera au crible la gouvernance de chacune des 37 places marchandes de la capitale. L’objectif est double : dresser un état des lieux chiffré et proposer des ajustements, notamment la formation certifiante des gestionnaires dès janvier 2024 prévue.
Un comité de suivi, comprenant des représentants des commerçantes, des associations de consommateurs et de la société civile, sera institué pour veiller à la mise en œuvre des recommandations. Cette approche participative devrait renforcer la confiance et limiter les tensions liées aux nouveaux contrôles préventifs.
Pour le maire central, Dieudonné Bantsimba, « la propreté des marchés est un service public au même titre que l’eau ou la lumière ». L’élu veut généraliser, avant 2025, des brigades mixtes police-hygiène chargées de sanctionner les dépôts sauvages autour des enceintes commerciales et des caniveaux bouchés.
Le point juridique
La circulaire n°0012 du 6 octobre 2018, signée par l’ancien Premier ministre Clément Mouamba, s’appuie sur la loi d’orientation relative à la décentralisation de 2003. Elle fait de l’assainissement un devoir citoyen et autorise la fermeture temporaire d’un marché en cas de récidive après mise en demeure formelle.
Le nouveau projet d’arrêté ministériel devrait préciser l’échelle des amendes, allant de cinquante mille à un million de francs CFA selon la gravité des manquements. Les montants payés seront intégralement recyclés dans un fonds spécial dédié aux stations de pré-collecte et aux campagnes d’éducation sanitaire.
À retenir
L’État consolide son offensive pour des marchés propres en misant sur la technologie, la concertation et le droit. La réussite du plan dépendra toutefois de la capacité des associations à se réinventer en gestionnaires modernes, au service d’une ville plus saine et plus compétitive demain ensemble.
