À N’Djaména, les ministres des Finances de la zone CEMAC ont posé un diagnostic sans complaisance. Trois mois après leur feuille de route, l’élan attendu peine à se matérialiser. Le constat, mesuré mais ferme, ouvre une séquence décisive pour la stabilité économique régionale.
Un bilan trimestriel jugé en deçà des attentes
La sixième session extraordinaire du Comité de pilotage du Programme de réformes économiques et financières s’est tenue le 8 avril dans la capitale tchadienne. Elle réunissait les responsables de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale autour d’un ordre du jour resserré.
La présidence en revenait à Christian Yoka, ministre des Finances du Congo-Brazzaville. Sous sa conduite, le comité a examiné les progrès accomplis au premier trimestre 2026 sur dix mesures prioritaires. Ces dernières avaient été adoptées lors du sommet de la CEMAC du 22 janvier.
Le tableau dressé reste contrasté. La coopération avec le Fonds monétaire international a produit des effets tangibles. Les efforts de modernisation des finances publiques avancent également. Mais l’exécution d’ensemble demeure, de l’aveu des participants, insuffisante au regard des objectifs fixés.
Pourquoi la mise en œuvre patine entre les États
Plusieurs facteurs expliquent ce rythme contrarié. Les disparités entre États membres pèsent lourd, chaque économie avançant à sa propre cadence. À cela s’ajoutent des retards administratifs récurrents et des contraintes structurelles profondément ancrées dans les appareils publics.
Cette hétérogénéité fragilise une démarche pensée comme collective. La monnaie commune suppose une discipline partagée. Or, lorsque certains pays prennent du retard, c’est l’ensemble de l’édifice monétaire et budgétaire qui se trouve exposé à des tensions difficilement maîtrisables.
Le comité n’a pas masqué cette réalité. Plutôt que de surévaluer les acquis, il a choisi de hiérarchiser les chantiers restants. Une manière de transformer un bilan décevant en programme de travail clair pour les mois à venir.
Le compte unique du Trésor au cœur de la transparence
Première priorité affichée, la numérisation des finances publiques. La mise en œuvre du compte unique du Trésor doit centraliser les ressources de l’État et offrir une visibilité accrue sur les flux. L’enjeu dépasse la technique comptable : il touche à la confiance.
En regroupant les avoirs publics, ce dispositif limite la dispersion des liquidités et les angles morts de la gestion. Pour des États soucieux de crédibilité auprès de leurs partenaires, dont le FMI, la transparence budgétaire devient un argument autant qu’une exigence.
Dette intérieure et devises, deux fronts sensibles
Le comité a également insisté sur la réduction de la dette. L’intensification des plans de remboursement de la dette intérieure figure parmi les axes majeurs. Régler les arriérés envers les fournisseurs locaux soutient, mécaniquement, l’activité des entreprises nationales.
Autre dossier épineux, le rapatriement des devises. Les participants ont évoqué l’application de sanctions strictes en cas de non-conformité, particulièrement dans le secteur extractif. Les ressources tirées du pétrole et des mines doivent revenir alimenter les réserves de la sous-région.
Cette fermeté traduit une volonté de reprendre la main sur des flux longtemps jugés insaisissables. Dans une zone dépendante de ses exportations de matières premières, la maîtrise des recettes en devises conditionne la solidité du franc CFA et des réserves communes.
Vers une supervision bancaire harmonisée
Le secteur financier n’est pas en reste. Le comité plaide pour une harmonisation de la supervision bancaire, portée par une loi bancaire unifiée. Cette réforme serait placée sous l’égide de la Banque des États de l’Afrique centrale, la BEAC.
Disposer d’un cadre prudentiel commun permettrait de réduire les écarts de traitement entre établissements. C’est aussi un moyen de mieux anticiper les fragilités susceptibles de se propager d’un pays à l’autre, dans un espace où les banques opèrent souvent au-delà des frontières nationales.
Le dossier de la restauration des sites pétroliers complète ce panorama. Les négociations sur le rapatriement des fonds dédiés à cette remise en état doivent être finalisées, conjuguant impératif financier et préoccupation environnementale.
Contenir le risque systémique régional
Au terme des échanges, le comité a rappelé le fil conducteur de l’ensemble. Toutes ces mesures convergent vers un même but : limiter les risques systémiques et restaurer l’équilibre macroéconomique dans la région CEMAC.
L’exercice de N’Djaména aura eu le mérite de la lucidité. En refusant l’autosatisfaction, les ministres se donnent une chance de corriger la trajectoire. Reste à savoir si la prochaine échéance trimestrielle confirmera ce sursaut ou prolongera les hésitations actuelles.
