Brazzaville ouvre l’année sur une promesse de 5,3 %
La première réunion annuelle du Comité national économique et financier (CNEF) s’est tenue à Brazzaville. Présidée par le ministre des Finances Christian Yoka, elle a fixé le décor d’une année 2026 que les autorités congolaises veulent placer sous le signe de la consolidation.
Autour de la table figuraient notamment les ministres Ludovic Ngatse et Bruno Jean Richard Itoua. Leur message tenait en un chiffre : une croissance attendue à 5,3 % pour la République du Congo, présentée comme le fruit d’efforts engagés depuis plusieurs exercices.
Le pétrole et le gaz, deux moteurs assumés
L’embellie projetée repose d’abord sur les hydrocarbures. La reprise de la production pétrolière, conjuguée à la montée en puissance du gaz naturel liquéfié, doit fournir l’essentiel de l’élan attendu cette année.
À ce socle énergétique s’ajoute la poursuite des réformes structurelles. Le CNEF y voit le complément indispensable d’une rente dont la volatilité est connue. L’enjeu, en filigrane, reste celui d’une économie moins exposée aux soubresauts des cours mondiaux.
Le pari n’a rien d’anodin pour un pays dont les recettes dépendent largement du sous-sol. Miser sur le GNL revient à parier sur une diversification de la valeur extraite, davantage que sur une rupture immédiate avec le modèle pétrolier hérité.
Une inflation tenue sous le plafond régional
Sur le front des prix, le CNEF affiche une relative sérénité. L’inflation est annoncée à 2,7 %, soit en deçà du plafond de 3 % retenu par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Ce respect du critère communautaire n’est pas qu’un détail comptable. Il conditionne la crédibilité du Congo dans un espace où la convergence des indicateurs sert de boussole commune aux six États membres. Tenir la barre des prix, c’est aussi rassurer les partenaires régionaux.
Reste que la maîtrise de l’inflation, dans une économie ouverte aux importations, dépend de facteurs en partie exogènes. Le chiffre avancé traduit une cible autant qu’un constat, et son maintien sur l’année supposera une vigilance continue.
Le crédit bancaire en nette progression
Le volet financier offre les signaux les plus tangibles. Les crédits bancaires au secteur privé s’établissent à 1 300,7 milliards de FCFA, en hausse de 23 %. Une dynamique qui suggère un appareil bancaire plus disposé à financer l’activité.
Cette accélération du crédit accompagne, en théorie, l’investissement et la consommation des entreprises. Pour des cadres et des entrepreneurs souvent confrontés à des conditions de financement contraintes, le mouvement mérite d’être suivi dans la durée.
Autre indicateur scruté : la qualité du portefeuille. Les créances en souffrance reculent à 13,5 %, contre 16,5 % auparavant. Le niveau demeure élevé selon les standards prudentiels, mais la trajectoire, elle, va dans le bon sens.
Un Trésor mieux suivi sur le marché CEMAC
Le financement de l’État n’est pas en reste. Sur le marché des valeurs du Trésor de la CEMAC, le taux de couverture des besoins du Trésor public congolais progresse, passant de 46,3 % à 49,4 %.
Concrètement, l’État parvient à couvrir une part plus large de ses émissions auprès des investisseurs régionaux. L’amélioration reste mesurée, mais elle témoigne d’un appétit renouvelé pour la signature congolaise sur ce compartiment sous-régional.
Pour les décideurs publics, cet indicateur compte autant que la croissance affichée. Il dit la capacité du pays à se financer dans des conditions soutenables, sans dépendre exclusivement de bailleurs extérieurs ou de la rente.
Des chiffres prometteurs, une exécution à confirmer
Au sortir de cette réunion, le tableau dressé par le CNEF se veut résolument optimiste. Croissance robuste, prix contenus, crédit en expansion et financement public mieux assuré composent un récit cohérent de redressement.
L’exercice comporte toutefois sa part d’incertitude. Les projections reposent sur des hypothèses de production et de prix qui, dans le secteur des hydrocarbures, échappent largement au contrôle des autorités nationales.
La véritable épreuve sera celle de l’exécution. Transformer une prévision de 5,3 % en croissance effective, tout en poursuivant les réformes, dira si l’élan annoncé pour 2026 relève de l’inflexion durable ou de la simple éclaircie conjoncturelle.
