Le verdict était attendu, il est désormais sans appel. La Cour constitutionnelle a confirmé, le 28 mars à Brazzaville, la réélection de Denis Sassou N’Guesso à la tête de la République du Congo, avec 94,90 % des suffrages exprimés.
Une audience solennelle pour graver les chiffres
La proclamation s’est tenue au siège de l’institution, lors d’une audience solennelle. Les juges ont examiné les résultats provisoires transmis par la Commission nationale électorale indépendante (CNEI), puis arrêté les chiffres définitifs du double scrutin des 12 et 15 mars.
Au terme de ce contrôle, le candidat de la majorité présidentielle totalise 2 506 456 voix. L’écart avec ses concurrents est abyssal, et il confirme l’ancrage d’un appareil politique dont la domination structure la vie publique congolaise depuis des décennies.
Des scores qui dessinent une opposition fragmentée
Derrière le président réélu, les chiffres racontent une opposition dispersée et sans poids électoral réel. Mabio Mavoungou-Zinga recueille 37 141 voix, soit 1,40 % des suffrages. Uphrem Dave Mafoula suit avec 27 254 voix, équivalentes à 1,03 %.
Les autres candidats restent sous la barre symbolique du pour cent. Melaine Destin Gavet Elengo obtient 0,87 %, devant Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, crédité de 0,86 % des voix exprimées lors de cette consultation nationale.
Vivien Romain Manangou ferme la marche des prétendants avec 0,61 %, suivi d’Anguios Nganguia Engambé et de ses 0,33 %. Aucun de ces scores ne pèse face au socle électoral du sortant.
Une participation revendiquée comme forte
Au-delà des classements, la Cour a validé un cadre statistique global. Le pays comptait 3 155 751 électeurs inscrits sur ses listes pour cette présidentielle. Le nombre de votants s’est établi à 2 681 921 personnes le jour des opérations.
Après retranchement de 37 578 bulletins nuls, le total des suffrages exprimés atteint 2 644 343. Le taux de participation officiel s’élève ainsi à 84,99 %, un chiffre que la majorité présidentielle ne manquera pas de mettre en avant.
Cette mobilisation revendiquée fournit un argument de légitimité au pouvoir. Elle nourrit aussi un débat récurrent dans la vie politique congolaise, où la lecture des taux de participation reste un terrain de contestation entre camps adverses.
Le recours de Mafoula écarté faute de preuves
L’épisode juridique le plus disputé concernait le recours en annulation. Uphrem Dave Mafoula, candidat du parti Les Souverainistes, demandait l’invalidation du scrutin. Il invoquait une série d’irrégularités qu’il jugeait suffisamment graves pour fausser le résultat final.
Le requérant pointait des transferts d’électeurs entre circonscriptions, susceptibles de gonfler artificiellement certains bureaux. Il dénonçait également des cas de corruption à l’intérieur des bureaux de vote comme à leurs abords immédiats, le jour des opérations électorales.
Mafoula évoquait aussi l’expulsion de ses délégués, privant son camp de témoins lors du dépouillement. À cela s’ajoutaient des allégations de bourrage d’urnes, accusation classique mais lourde de conséquences pour la sincérité d’un vote.
La Cour a balayé l’ensemble de ces griefs. Elle a estimé qu’ils n’étaient pas étayés par des preuves suffisantes, directes et probantes, condition exigée pour qu’un juge électoral puisse remettre en cause un résultat proclamé.
Une légalité validée, des questions encore ouvertes
En rejetant ce recours, l’institution a confirmé l’intégralité des résultats. La décision referme le volet contentieux de la présidentielle et installe, sur le plan strictement juridique, la victoire du président sortant pour un nouveau mandat.
Reste que la confirmation judiciaire ne dissipe pas tous les débats. Pour ses partisans, l’ampleur du score et la participation traduisent une adhésion populaire massive au projet de continuité porté par la majorité présidentielle au pouvoir.
Pour ses détracteurs, ces mêmes chiffres alimentent une lecture plus sceptique du processus électoral, dans un pays où les scrutins se jouent souvent loin des urnes. Le rejet faute de preuves laisse ce différend politique entier.
La décision de la Cour constitutionnelle clôt néanmoins une séquence institutionnelle décisive. Denis Sassou N’Guesso aborde son nouveau mandat avec une légitimité légale incontestée, mais aussi avec une opposition qui conteste le récit officiel sans avoir pu, jusqu’ici, le faire vaciller devant le juge.
L’enjeu se déplace désormais vers la gouvernance. Le pays attend des réponses sur l’économie, les hydrocarbures, l’emploi des jeunes et les équilibres régionaux au sein de la CEMAC, autant de dossiers qui jugeront, à terme, le contenu réel de ce mandat reconduit.
