Trois jours après le vote, la parole de l’opposition s’est libérée. Destin Gavet, président exécutif du mouvement Républicain, a livré le 18 mars une lecture critique du scrutin présidentiel tenu le 15 mars 2026 au Congo-Brazzaville.
Un réquisitoire articulé autour du jour J
Le ton de Gavet n’est pas celui de la simple récrimination. Il décrit une mécanique, un enchaînement de décisions qui, selon lui, auraient pesé sur la sincérité du scrutin. Son propos vise moins un incident isolé qu’un climat général.
La date du 15 mars sert de point d’ancrage à toutes ses observations. C’est là, affirme-t-il, que se seraient noués les principaux dysfonctionnements. Le récit qu’il propose se veut chronologique, presque clinique, dans sa manière d’aligner les griefs.
La coupure des communications en première ligne
Premier reproche, et non des moindres : l’isolement numérique. « Les appels téléphoniques et les sms y compris l’internet ont été coupés le jour même du scrutin », a déclaré l’opposant, y voyant un obstacle délibéré aux échanges entre équipes.
Pour une campagne, perdre ses canaux de coordination le jour du vote n’a rien d’anodin. Sans téléphonie ni connexion, la remontée des informations depuis les bureaux devient hasardeuse. Gavet présente cette coupure comme le verrou initial d’un dispositif plus large.
L’enjeu dépasse le confort logistique. Dans une présidentielle, la circulation de l’information conditionne la capacité de chaque camp à documenter le déroulement des opérations. Couper les communications revient, dans cette logique, à brouiller la traçabilité du processus.
Des délégués empêchés, des procès-verbaux hors de portée
Le deuxième volet du témoignage touche au cœur du contrôle citoyen. Selon Gavet, plusieurs délégués n’ont tout simplement pas pu accéder aux bureaux de vote, perdant ainsi leur rôle d’observateurs directs des opérations électorales.
Ceux qui ont franchi la porte n’auraient guère été mieux lotis. L’opposant rapporte qu’ils ont été « menacés et n’ont pas pu retirer les procès-verbaux ». Or ces documents constituent la preuve tangible du décompte dans chaque bureau.
Sans procès-verbal en main, un camp se trouve démuni pour contester un résultat. Le grief, ici, n’est pas anecdotique : il met en cause la chaîne même qui relie le vote exprimé au chiffre proclamé. Gavet en fait un point central.
Procurations, mineurs et noms contestés
Le troisième registre des accusations porte sur la composition même des suffrages. Gavet évoque « des votes par procuration de manière abusive, jusqu’à 50 pour une seule personne », un chiffre qu’il avance pour illustrer l’ampleur supposée du procédé.
À cette dénonciation s’ajoutent des affirmations plus graves encore. L’opposant assure que des bulletins auraient été émis par des mineurs, ou au nom de personnes présentées comme décédées. Ces allégations, si elles relèvent de son seul témoignage, dessinent le tableau d’un corps électoral altéré.
Il faut le souligner avec prudence : ces éléments correspondent aux déclarations de Destin Gavet et n’ont pas, à ce stade, fait l’objet d’une confirmation indépendante dans son propos. L’opposant les présente comme des constats personnels recueillis au fil de la journée.
Des tentatives de corruption visant la supervision
Au-delà des urnes, Gavet pointe les hommes chargés de surveiller le vote. Il dit avoir relevé des tentatives de corruption auprès des équipes de supervision, suggérant que la pression se serait exercée jusque dans les rangs censés garantir la régularité.
Cette accusation complète son raisonnement. Après l’isolement des communications, le blocage des délégués et la contestation des suffrages, la supervision elle-même se trouverait fragilisée. L’opposant esquisse ainsi un schéma où chaque maillon du contrôle aurait été éprouvé.
Un appel au respect des urnes avant les chiffres officiels
La conclusion de Destin Gavet surprend par sa retenue. Malgré la sévérité de ses constats, et avant même la publication des résultats officiels, il a appelé au respect des résultats du scrutin, refusant pour l’heure de préjuger de l’issue.
Cette posture mérite attention. Elle place l’opposant dans une position d’observateur vigilant plutôt que de contestataire frontal. En réclamant le respect du vote, il se réserve la possibilité de juger les chiffres à l’aune des dysfonctionnements qu’il a décrits.
Reste une équation politique délicate. Entre des griefs nombreux et un appel au respect des urnes, le mouvement Républicain avance sur une ligne de crête. La suite dépendra largement de la manière dont les résultats officiels viendront, ou non, croiser le récit livré par son président exécutif.
