Deux présidents de chambre donnent le ton
À six semaines d’un scrutin présidentiel programmé les 12 et 15 mars, les sommets du Parlement congolais ont choisi la pédagogie de l’apaisement. Le 1er février, à l’ouverture des sessions ordinaires de leurs assemblées, Pierre Ngolo et Isidore Mvouba ont fait de la sérénité électorale leur premier message.
Le président du Sénat et celui de l’Assemblée nationale partagent un même constat : la République du Congo aborde un rendez-vous décisif pour sa jeune démocratie. Tous deux placent la responsabilité collective au cœur d’une échéance qu’ils refusent de réduire à une simple formalité du calendrier.
Le Sénat appelle l’État à garantir la sécurité
Pierre Ngolo a souhaité que l’échéance de mars se déroule dans un climat de paix, de sécurité et de quiétude, afin de confirmer l’avancée du pays. Le président de la chambre haute n’a pas dissocié cet objectif d’une exigence adressée directement à l’exécutif.
« Le Sénat appelle le gouvernement à prendre toutes les dispositions concourant à garantir la sécurité des institutions et de la population ; à consolider la paix et la concorde nationale », a-t-il déclaré. La formule installe l’ordre public comme condition première du vote.
Aux acteurs politiques, le sénateur a demandé de se situer à la hauteur de leur charge, en cultivant le fair-play et en s’abstenant de tout acte susceptible de mettre des vies en péril. Les citoyens, eux, sont invités à se comporter en responsables soucieux de leur lendemain.
Une mémoire qui pèse sur le présent
Le discours de Pierre Ngolo puise sa gravité dans l’histoire récente. Il a rappelé l’engagement pris depuis la Conférence nationale souveraine de bâtir la démocratie dans la paix, et l’opposition des conférenciers à ce que des ambitions individuelles se paient au prix du sacrifice des Congolais.
Pour lui, la présidentielle reste « une épreuve d’évaluation de la taille des leaders ainsi que de leurs capacités à convaincre le plus grand nombre ». Chacun est donc appelé à veiller à ce que ce moment se passe dans des conditions de sécurité et de transparence.
Le président du Sénat a aussi situé l’enjeu dans le temps proche de la campagne. « Là s’ouvre l’épisode de la manifestation optimale de la liberté d’expression et de circulation, dans un Congo uni et indivisible », a-t-il souligné, ajoutant que la liberté de chacun s’arrête où commence celle d’autrui.
Le souvenir de Mindouli en filigrane
La référence aux tensions n’est pas restée abstraite. Pierre Ngolo a condamné les événements survenus à Mindouli, dans le Pool, les 11 et 12 janvier. Pour lui, ce type d’incident ravive le souvenir des épisodes douloureux de l’histoire nationale et fragilise un ordre public difficilement reconquis.
« Il ne saurait être toléré, surtout à l’heure où les institutions de la République et les citoyens sont préoccupés par la préparation de l’élection présidentielle du 12 et du 15 mars 2026 », a-t-il conclu, liant explicitement sécurité locale et crédibilité du scrutin national.
Mvouba : « un miroir de notre maturité démocratique »
À l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba a tenu un propos d’une tonalité voisine. Il a présenté la présidentielle comme un rendez-vous démocratique fondamental, et non une date anodine, appelant responsabilité, maturité politique et respect scrupuleux des règles républicaines.
Le président de la chambre basse a insisté sur la nature du combat électoral. La compétition doit demeurer une confrontation d’idées, jamais un affrontement des personnes, ni un prétexte à la division ou à la haine. Le moment, a-t-il prévenu, ne se prête ni au repli tribal ni à l’attisement des tensions.
Sa formule la plus marquante érige le scrutin en test national. « C’est un miroir. Un miroir de notre maturité démocratique », a-t-il lancé, espérant un vote « sans violence, sans tumulte, mais avec la force tranquille de la souveraineté assumée ».
L’Assemblée se pose en gardienne des règles
Isidore Mvouba a revendiqué pour son institution une responsabilité qu’il juge immense à l’approche de l’échéance. L’Assemblée veillera, aux côtés de ceux qui garantissent les règles du jeu, à ce que la compétition ne menace pas la concorde nationale mais l’enrichisse.
Comme son homologue du Sénat, il a évoqué les « récentes secousses sécuritaires » observées dans le Pool et le Djoué-Léfini, tout en saluant la paix retrouvée dans ces départements. « La République ouvre ses portes à tous, mais elle ne négocie pas ses lois », a-t-il averti, jugeant qu’aucune zone de non-droit ne devrait subsister.
À l’unisson, les deux présidents de chambre dessinent une même ligne : faire de mars 2026 une démonstration de stabilité, où le débat remplace l’affrontement et où l’État assume sa part de garantie sécuritaire.
