La FEC 2025 comme catalyseur de la mission
La troisième édition de la Foire des entreprises du Congo, organisée à Brazzaville du 26 au 31 mai 2025, n’a pas seulement servi de vitrine à la vitalité de la jeunesse entrepreneuriale congolaise ; elle a également établi une feuille de route internationale. C’est dans ce sillage qu’Alain Akouala Atipault, président de la Commission nationale du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), a conduit, du 23 au 29 juillet, une mission d’exploration à l’Île Maurice. L’initiative répond à la double ambition de la FEC : projeter les entreprises congolaises hors de leurs frontières tout en attirant, en retour, des expertises éprouvées.
Port-Louis, laboratoire africain de la diversification
Considérée par de nombreux analystes comme un « laboratoire de la diversification » en Afrique, l’Île Maurice affiche une croissance stabilisée autour de 4 % et un environnement des affaires fréquemment cité en exemple par la Banque mondiale. « Nous ne voulons pas être un simple guichet financier, mais un tremplin vers la création de valeur partagée », confiait à cette occasion Sachin Mohabeer, directeur général adjoint de l’Economic Development Board. L’ouverture de Port-Louis aux acteurs africains répond à la logique d’une intégration économique sud-sud dont le Congo entend désormais tirer parti.
Trois axes structurants : agro-industrie, services et économie bleue
Les entretiens ont fait émerger trois axes d’intérêt prioritaire. En matière d’agro-industrie, le modèle mauricien de transformation de la canne à sucre vers des filières à haute valeur ajoutée – raffinage, bioplastiques, biomasse – inspire les opérateurs congolais engagés dans la relance de la ceinture vivrière de la vallée du Niari. Sur le plan des services, l’expertise de Maurice dans l’ingénierie financière et les technologies de l’information ouvre la voie à la création de structures de back-office capables de soutenir les banques et assurances installées à Brazzaville et Pointe-Noire. Enfin, l’économie bleue, pilier stratégique de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, pourrait trouver dans la façade atlantique congolaise un terrain d’application pour la pêche durable et le cabotage régional, grâce aux synergies avec la logistique portuaire mauricienne.
Le MAEP, levier d’un dialogue public-privé renouvelé
Le déplacement d’Alain Akouala Atipault est aussi une déclinaison concrète des principes du MAEP, mécanisme volontaire d’auto-évaluation des politiques publiques. En rencontrant l’équipe mauricienne en charge de cet instrument de gouvernance, la délégation congolaise a exploré de nouveaux indicateurs à même de mesurer l’impact social d’un partenariat économique. « Les meilleures pratiques ne se résument pas à des ratios financiers ; elles intègrent la cohésion nationale et la formation des talents », rappelait l’ambassadeur Rajkumar Sookun. Cet échange méthodologique ancre la coopération dans une logique de transparence et d’accountability, valeurs que les deux États défendent au sein de l’Union africaine.
De l’incubateur à la joint-venture : le parcours du savoir-faire
La visite de « La Turbine », incubateur de start-up situé dans le quartier de Moka, a matérialisé la volonté des deux parties de miser sur l’entrepreneuriat innovant. Un projet de plate-forme numérique porté par un jeune Congolais, retenu parmi les dix lauréats de l’année, illustre déjà la fertilisation croisée des écosystèmes. Parallèlement, un accord de principe avec la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice prévoit la constitution de joint-ventures dans le BTP, la transformation agro-alimentaire et les assurances paramétriques liées aux risques climatiques. Ce schéma de co-entreprises, privilégiant la montée en compétence locale, répond à la stratégie congolaise d’industrialisation articulée autour des zones économiques spéciales de Pointe-Noire et d’Oyo-Olouomo.
Une diplomatie économique en héritage
La mission de juillet 2025 s’inscrit dans le prolongement de la visite d’État du président Denis Sassou-Nguesso à Port-Louis, en 2011, où les bases d’un dialogue multisectoriel avaient été posées. Les relations entretenues depuis par Alain Akouala Atipault avec le cabinet du Premier ministre mauricien permettent aujourd’hui de rallier des partenaires institutionnels et privés à la vision de « l’Afrique que nous voulons » portée par l’Agenda 2063. Dans un contexte international mouvant, ce maillage bilatéral illustre la consolidation d’une diplomatie économique proactive, fondée sur la circulation des compétences, la co-création de chaînes de valeur et une articulation intelligente entre initiatives publiques et privées.
Perspectives : de la vitrine à la stratégie
Les retombées attendues de la mission dépasseront le seul cadre promotionnel. Une feuille de route conjointe, en cours de finalisation, prévoit l’organisation, dès le premier trimestre 2026, d’un forum inversé à Brazzaville, réunissant investisseurs mauriciens et start-up congolaises. Des groupes de travail sectoriels prépareront la négociation de contrats de transfert de technologie et la mise en place d’un guichet unique de facilitation des investissements. En écho aux récentes orientations gouvernementales en matière de diversification, l’initiative confirme la détermination congolaise à inscrire son développement dans une logique d’alliances africaines complémentaires plutôt que dans la seule dépendance aux marchés des matières premières. L’expérience mauricienne rappelle, en filigrane, qu’un marché modeste peut devenir force de rayonnement à condition de miser sur une gouvernance agile et sur la densification du tissu entrepreneurial national.