Situation épidémiologique au 6 août 2025
Le dernier rapport de situation établi par le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé comptabilise, depuis le début de l’année, 324 cas suspects de choléra et 18 décès, concentrés dans les départements du Kouilou, du Pool et de Brazzaville. Les analyses de laboratoire, réalisées au Laboratoire national de santé publique, confirment la circulation du sérogroupe O1, lignée El Tor, déjà responsable des flambées régionales de 2011 et 2017. Si l’incidence demeure inférieure à celle observée dans certaines provinces voisines de la RDC, la progression hebdomadaire justifie, selon les épidémiologistes, le maintien d’un niveau d’alerte élevé.
Mobilisation nationale et partenaires techniques
Le ministère de la Santé et de la Population a activé le Centre des opérations d’urgence sanitaire dès les premières notifications, en coordination avec la Plateforme nationale de gestion des catastrophes. Vingt-deux points de réhydratation orale et huit centres de traitement du choléra ont été déployés le long du corridor ferroviaire Pointe-Noire–Brazzaville, adossés à un dispositif de surveillance communautaire qui implique plus de 600 volontaires. « La réponse a gagné plusieurs jours décisifs grâce à une chaîne de commandement désormais bien rodée », souligne le Dr Bérenger Makosso, coordinateur national de la riposte. L’OMS, l’UNICEF et Médecins d’Afrique fournissent les sels de réhydratation, les solutions de chloration et un appui logistique pour la cartographie des points d’eau à risque.
Diagnostics, prévention et infrastructures hydriques
Au-delà du traitement, la stratégie repose sur la sécurisation de l’eau potable, enjeu déterminant dans un contexte où 33 % des ménages urbains dépendent encore de forages non protégés, selon l’Enquête démographique et de santé 2023. Le gouvernement a débloqué un fonds d’urgence de 2,5 milliards de FCFA pour la réhabilitation de 54 stations de chloration et l’extension du réseau d’adduction à Kinkala. Sur les marchés de Pointe-Noire, des brigades mixtes procèdent à la désinfection quotidienne des surfaces de vente, pendant que les radios communautaires diffusent des messages de lavage des mains en lingala, en kikongo et en français.
Coopération sous-régionale et diplomatie sanitaire
La géographie fluviale du bassin du Congo impose une approche transfrontalière. Des patrouilles sanitaires conjointes avec l’Angola et la RDC assurent la chloration systématique des barges de fret et le contrôle symptomatique des voyageurs. « Nous voulons éviter que le fleuve devienne un vecteur épidémique, tout en conservant la fluidité des échanges commerciaux », explique une source diplomatique à l’ambassade du Congo à Kinshasa. Cette coordination illustre la traduction concrète de la stratégie africaine de couverture sanitaire universelle portée par l’Union africaine.
Enjeux pour la résilience du système de santé
L’épisode actuel, certes contenu à ce stade, rappelle la vulnérabilité persistante des zones périurbaines où la densité démographique dépasse la capacité des réseaux d’assainissement hérités des années 1980. À l’orée du nouveau Plan national de développement sanitaire 2024-2028, la mise à l’échelle des laboratoires régionaux, la généralisation de la notification électronique des cas et le renforcement des stocks stratégiques de vaccins oraux demeurent prioritaires. L’objectif, repris dans les discours officiels, est clair : transformer chaque crise en un levier de modernisation durable, afin que la République du Congo puisse, à moyen terme, inscrire le choléra dans la catégorie des maladies évitables plutôt que dans celle des fatalités saisonnières.