Bilan semestriel 2025 sur la criminalité faunique
Le rapport semestriel du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, publié le 20 juillet à Brazzaville, dresse un tableau précis des avancées contre le trafic d’espèces protégées au Congo-Brazzaville, avec huit arrestations confirmées entre janvier et juillet 2025.
Parmi les suspects, cinq ont écopé de peines d’emprisonnement ferme, une décision saluée par les autorités judiciaires comme un signal dissuasif adressé aux réseaux criminels spécialisés dans l’ivoire, les écailles de pangolin géant ou les peaux de panthère.
Les agents des Eaux et Forêts, appuyés par la gendarmerie nationale, ont mené quatre opérations simultanées à Dolisie, Owando et Impfondo, procédant souvent en flagrant délit afin de sécuriser les preuves et de limiter les possibilités de corruption ou de fuite des prévenus.
Dispositif opérationnel inter-agences
Le directeur départemental des Eaux et Forêts à Niari, le colonel Armand Okombi, se félicite d’« une coordination sans précédent qui démontre la capacité de l’État à appliquer efficacement sa législation conservatoire ».
Les saisies totalisent plus de quinze kilogrammes d’ivoire, cent quarante écailles de pangolin et deux peaux complètes de panthère, illustrant la persistance d’une demande régionale et internationale élevée malgré l’interdiction formelle édictée par la Convention sur le commerce international des espèces sauvages.
Selon Palf, la valeur marchande de ces trophées sur les circuits clandestins atteint près de 90 000 dollars, ce qui constitue pour les communautés rurales concernées un attrait financier supérieur à la filière agricole locale et accentue ainsi la vulnérabilité sociale.
Enjeux socio-économiques et régionaux
Les sociologues de l’université Marien-Ngouabi rappellent que la criminalité faunique tire parti d’inégalités persistantes, mais qu’elle se nourrit aussi de réseaux transfrontaliers sophistiqués, souvent liés à d’autres trafics, du bois aux ressources minières.
Dans ce contexte, Brazzaville collabore étroitement avec le mécanisme d’application de la Commission des forêts d’Afrique centrale pour harmoniser les peines et partager le renseignement, évitant que les délinquants profitent des disparités légales d’un pays à l’autre.
Le gouvernement a adopté, dès 2023, un plan national de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages, prévoyant la formation continue de 250 éco-gardiens supplémentaires, le renforcement du laboratoire de police scientifique et la numérisation des scellés pour garantir la traçabilité.
Partenariats techniques et justice verte
« Nos magistrats disposent désormais d’un guide de jurisprudence spécifique, fruit d’un atelier mené avec l’Organisation mondiale des douanes », souligne la procureure adjointe de Brazzaville, Maître Lysia Bemba, pour qui la stabilité réglementaire renforce la confiance des investisseurs forestiers responsables.
Palf, financé par l’ONG Wildlife Conservation Society et divers donateurs européens, insiste sur la nécessité de coupler la répression à des programmes alternatifs de revenus, comme l’apiculture ou l’écotourisme communautaire, afin de réduire la pression humaine sur les parcs.
Dans la réserve de Ngombé, une coopérative pilote commercialise depuis deux ans un miel labellisé qui se vend trois fois plus cher à Pointe-Noire qu’au marché local, offrant aux anciens chasseurs une source stable et légale de revenus.
Les diplomates accrédités ont salué le mécanisme congolais de justice environnementale lors du dernier Forum régional de Libreville, jugeant qu’il pourrait servir de modèle à d’autres États forestiers, pour peu que les financements climatiques internationaux soient maintenus.
Toutefois, les experts soulignent que la dématérialisation des permis de chasse et la surveillance satellitaire doivent encore être étendues aux zones inondables du nord, où les effectifs forestiers demeurent réduits en saison des pluies.
Projets d’avenir pour la conservation
Le ministère de l’Économie forestière prévoit ainsi de déployer d’ici 2026 des drones à vision thermique, capables de repérer les mouvements nocturnes d’animaux et de braconniers, complétant la présence humaine sur le terrain.
Pour le sociologue Dieudonné Mvoula, « la conservation ne peut réussir qu’en associant pleinement les communautés autochtones, détenteurs d’un savoir-faire traditionnel précieux dont la reconnaissance juridique reste un chantier prioritaire ».
Le bilan positif de mi-année atteste néanmoins d’une dynamique institutionnelle soutenue, en ligne avec la stratégie nationale Vision 2025, et rappelle que la protection de la faune demeure l’un des leviers centraux de la diplomatie verte congolaise.
Une proposition d’amendement du code de la faune, actuellement débattue à l’Assemblée, envisage de porter à cinq ans la peine minimale pour trafic aggravé et d’autoriser la saisie des véhicules utilisés, mesure jugée déterminante par plusieurs ONG locales.
Parallèlement, le ministère de l’Intérieur développe un système d’identification biométrique des individus interpellés, facilitant la coopération avec l’Interpol et réduisant le phénomène de récidive, souvent alimenté par des fausses identités sur les routes fluviales.
Des campagnes de sensibilisation radiophonique en lingala, kituba et sango sont également diffusées, rappelant que l’article 113 de la loi de 2020 punit sévèrement le commerce de trophées et encourage la population à signaler les faits via un numéro vert gratuit.
L’ensemble de ces mesures, conjuguées à une volonté politique affichée, place le Congo-Brazzaville parmi les juridictions les plus offensives du bassin du Congo, selon le Centre de recherche forestière, qui publiera un indice comparatif en fin d’année.
