La jeunesse congolaise au cœur du virage numérique
Le récent passage à Brazzaville de l’équipe congolaise du Forum international de la jeunesse africaine pour le développement de l’Afrique, Fijada, a rappelé la centralité du numérique dans le parcours d’insertion des moins de trente ans. À travers cette initiative, l’économie digitale devient vecteur d’inclusion et renouveau.
Le représentant pays, Daniel Biangoud, accompagné de son mentor José Cyr Ebina, a détaillé une feuille de route articulée autour de l’appropriation des réseaux sociaux comme source de revenus et d’identité professionnelle. Les multiples ateliers tenus auprès d’associations étudiantes ont rencontré un accueil unanimement favorable et mobilisateur.
Un appui institutionnel assumé
Conformément à la doctrine gouvernementale qui place l’économie numérique parmi les axes de diversification, le ministre Léon Juste Ibombo a parlé de « totale disponibilité » pour accompagner Fijada. Il identifie ce partenariat comme vecteur pratique de la Stratégie nationale digitale.
Le Conseil consultatif de la jeunesse, par la voix de son secrétaire exécutif Prince Michrist Kaba Mboko, a également salué une initiative « qui épouse l’agenda gouvernemental d’autonomisation ». Les échanges ont surtout porté sur la cartographie des besoins en formation et sur la mise à disposition d’espaces de coworking.
Des réseaux sociaux aux revenus tangibles
La promesse économique avancée par Fijada repose sur la monétisation de contenus, un segment encore marginal au Congo mais en plein essor ailleurs en Afrique. Les mentors estiment qu’un créateur capable de fédérer cent mille abonnés peut aspirer à un revenu médian supérieur au salaire urbain moyen mensuel.
Derrière ces projections, les organisateurs insistent sur l’importance de la valeur ajoutée locale. Il ne s’agit pas seulement de diffuser des danses virales, explique Daniel Biangoud, mais de « valoriser les savoir-faire congolais, des métiers de bouche à l’artisanat, en utilisant l’image comme argument économique ».
L’argument trouve un écho particulier auprès des petites entreprises familiales, nombreuses dans les quartiers périphériques de Brazzaville et de Pointe-Noire. Une connectivité améliorée, soutenue par le câble sous-marin 2Africa, pourrait, à terme, réduire le coût d’entrée sur les plateformes d’e-commerce et dynamiser ainsi la micro-exportation de biens locaux.
Un cadre réglementaire en mutation
Le renforcement de la cybersécurité, l’éthique des données et la fiscalité propre aux influenceurs constituent, selon le ministère, des chantiers prioritaires. Un groupe de travail inter-administrations, mis en place en juillet, planche déjà sur une simplification des procédures d’enregistrement et sur un barème fiscal proportionné aux revenus.
La Commission d’accès à l’information du Congo, encore jeune, sera également sollicitée pour encadrer l’utilisation commerciale d’images de mineurs, thème sensible. Les organisations de jeunesse souhaiteraient une consultation publique afin de ne pas entraver la créativité, tout en garantissant la protection légale des futurs créateurs de contenus numériques.
Des retombées macroéconomiques attendues
Selon la Banque mondiale, chaque hausse de 10 % du taux de pénétration Internet se traduit, en Afrique subsaharienne, par un gain potentiel d’un point de PIB. Les projections internes du ministère congolais estiment qu’un écosystème d’influenceurs structurés pourrait créer cinq mille emplois directs d’ici 2027 au moins.
Au-delà des chiffres, plusieurs économistes locaux soulignent l’importance des externalités positives. L’apparition d’influenceurs spécialistes de l’agro-écologie ou du tourisme vert participerait à élargir la palette d’attractivité du Congo, tandis qu’une fiscalité progressive apporterait, à terme, des recettes additionnelles pour financer les infrastructures numériques et former les talents locaux.
Les bailleurs internationaux y voient un signal de maturité. L’Agence française de développement, déjà engagée dans le programme « Kinshasa Digital Academy », suit le dossier brazzavillois avec intérêt. Ses experts estiment que la mutualisation régionale des contenus francophones permettrait de gagner en visibilité face aux géants anglophones.
Cap sur une coopération Sud-Sud renforcée
Le Fijada, né à Kinshasa, affiche clairement une ambition panafricaine. La restitution réalisée à Brazzaville, le 23 août, a mis en avant la nécessité de créer une task-force transfrontalière pour partager bonnes pratiques, dispositifs de paiement mobile et contenus culturels respectueux des identités nationales et dialogue entre experts.
Jonathan Masuta Lumeya, président du forum, juge que l’avenir numérique de l’Afrique centrale passe par des plates-formes communes d’hébergement de données. « En mutualisant nos serveurs, nous réduisons la latence et renforçons notre souveraineté », a-t-il déclaré, plaidant pour un réseau régional interconnecté et fiable à moindre coût.
Défis et facteurs de réussite
Les spécialistes de sociologie des usages avertissent cependant que l’accès n’est pas synonyme d’adoption. Les disparités de genre persistent : moins de 30 % des créateurs congolais à forte audience sont des femmes. Fijada envisage donc un programme spécifique de mentorat féminin, adossé aux maisons digitales de Brazzaville et Pointe-Noire.
À moyen terme, l’objectif unanime reste de transformer l’enthousiasme actuel en chaînes de valeur durables. Si la connectivité, la formation et la réglementation avancent de concert, le Congo pourrait se positionner comme hub francophone d’influence positive et accroître son rayonnement au-delà du Golfe de Guinée entier.
Feuille de route 2024
La prochaine étape sera la signature d’un protocole piloté par Ibombo, prévu durant le dernier trimestre 2024 à Brazzaville même.
