Visite présidentielle à haute valeur ajoutée
Annoncée par la présidence, la visite de Denis Sassou Nguesso à Mayoko, dans le département du Niari, intervient à un moment décisif pour la filière minière congolaise. L’agenda, présenté comme essentiellement économique, souligne la volonté d’accélérer la production et l’emploi locaux.
Selon des conseillers économiques, le chef de l’État compte s’entretenir sur place avec les responsables de la société turque Ulsan Mining Congo SAU et les autorités locales afin d’évaluer l’état des infrastructures avant le lancement opérationnel du gisement de fer.
Une stratégie de diversification assumée
Depuis plusieurs années, Brazzaville défend une diversification économique destinée à réduire la dépendance aux hydrocarbures. Les métaux, dont le fer, figurent désormais parmi les piliers retenus pour soutenir une croissance inclusive, attirer des capitaux et stabiliser les recettes publiques.
Le projet de Mayoko-Moussondji, attribué en 2023, s’inscrit précisément dans cette matrice stratégique. Les réserves y sont estimées à 917 millions de tonnes, dont 38,5 millions directement exploitables, offrant un horizon minier d’au moins trente ans, selon les estimations officielles.
Pour l’économiste Marcel Ngakala, la mise en production d’un tel gisement pourrait, à terme, ajouter jusqu’à deux points de pourcentage au produit intérieur brut national, tout en créant un effet d’entraînement sur la formation, les transports et les services connexes.
Le potentiel de Mayoko-Moussondji
Le permis octroyé à Ulsan Mining Congo SAU prévoit une première phase à 300 000 tonnes par an, avant une montée en puissance à 16,5 millions de tonnes grâce à l’exploitation de la roche dure. L’investissement global avoisine 15 milliards de dollars, incluant l’ingénierie.
Cette trajectoire graduelle répond aux exigences de maîtrise des coûts et de montée progressive des compétences nationales. Les autorités souhaitent éviter un démarrage trop brutal qui fragiliserait les chaînes d’approvisionnement ou renchérirait la maintenance des équipements ferroviaires et portuaires.
De nombreuses communautés locales voient également dans ces phases successives une opportunité d’adaptation. Les autorités départementales ont ainsi lancé des programmes de formation aux métiers de la mine, du génie civil et de la logistique afin de maximiser l’embauche régionale.
Partenariat Congo-Turquie en mouvement
Au cœur du dispositif, la coopération bilatérale avec Ankara connaît un regain notable. En juillet 2023, Ulsan Holding et le Chemin de fer Congo-Océan ont signé une convention de 737 millions d’euros pour moderniser la voie reliant Mayoko au port de Pointe-Noire.
Le directeur général du CFCO, Jean-Bruno Taty, a qualifié ce partenariat de « saut qualitatif pour toute la façade atlantique ». Selon lui, le plan de relance prévoit de réduire de moitié le temps de trajet et d’augmenter de 60 % la capacité de fret.
L’acquisition annoncée d’une vingtaine de locomotives et de plus de trois cents wagons complète cette ambition. Les constructeurs turcs ont, de leur côté, proposé un transfert partiel de technologies, notamment pour la maintenance lourde, afin de développer un savoir-faire pérenne sur place.
Au-delà de l’infrastructure, les discussions portent sur la création d’une fonderie à Pointe-Noire. Chiffré à deux milliards de dollars, ce projet permettrait la transformation locale du minerai, réduisant les exportations brutes et améliorant la valeur ajoutée industrielle.
Liaisons ferroviaires et logistique nationale
Les voies ferrées représentent, pour Denis Sassou Nguesso, « l’épine dorsale de la rentabilité minière ». Le président a souvent rappelé son souhait de connecter le port minéralier de Pointe-Noire aux bassins du Zanaga et de la Sangha afin de sécuriser un corridor national.
Le ministère des Transports étudie déjà les tracés complémentaires avec l’appui d’ingénieries chinoises et brésiliennes. Les premières études préliminaires chiffrent l’extension nord à près de 2 000 kilomètres, dont la rentabilité s’appuierait sur des flux multi-produits, pas uniquement miniers.
Des spécialistes en développement régional estiment qu’une telle dorsale ferroviaire stimulerait la circulation des denrées agricoles vers les centres urbains, limitant les pertes post-récolte et réduisant les coûts logistiques, parfois supérieurs à 30 % du prix payé par les consommateurs.
Perspectives industrielles et sociales
Au niveau social, les autorités promettent une concertation continue avec les communautés riveraines. Un comité multipartite, associant chefs coutumiers, élus locaux et ONG environnementales, doit suivre l’évolution des retombées économiques et veiller à la préservation des forêts classées du Niari.
Le ministre des Mines, Pierre Oba, insiste sur une « exploitation responsable et conforme aux standards internationaux ». Des audits environnementaux semestriels seront publiés, un dispositif salué par l’Agence française de développement qui accompagne déjà des programmes de restauration de mangroves.
Pour les partenaires internationaux, la mission présidentielle annoncée à Mayoko servira donc de baromètre. Elle permettra d’observer la cohérence entre la vision énoncée à Brazzaville et la réalité du terrain, un enjeu clé pour la confiance des investisseurs engagés ou en prospection.
Les analystes rappellent toutefois que la réussite passera par l’alignement des calendriers budgétaires et la fluidité administrative. Toute lenteur dans les procédures d’exportation, la délivrance des visas techniques ou l’accès à l’électricité pourrait retarder la montée en régime espérée pour 2025.
