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    Société

    Éducation au Congo : la réforme qui change l’école

    De Arsène Pembe22 janvier 20267 Mins de Lecture
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    Réforme de l’éducation au Congo : un texte structurant

    Présenté puis adopté en Conseil des ministres le 20 janvier à Brazzaville, le projet de loi portant organisation du système éducatif en République du Congo s’annonce comme un jalon majeur. Il reprend des orientations issues des États généraux de l’éducation de 2024 et vise une refonte d’ensemble.

    Porté au rang de dossier prioritaire lors de cette réunion tenue sous l’autorité du Président Denis Sassou N’Guesso, le texte a été restitué publiquement par le ministre de la Communication et des médias, porte-parole du gouvernement, Thierry Moungalla. L’exécutif y voit un levier de qualité et d’adaptation aux standards internationaux.

    Dans l’esprit des rédacteurs, l’objectif est d’outiller l’école pour répondre aux défis du développement humain, en modernisant les cycles, les diplômes, les modes d’évaluation et l’enseignement supérieur. Le projet doit encore suivre la voie parlementaire, après cette première validation gouvernementale.

    États généraux 2024 : de la concertation à la loi

    Le projet s’inscrit dans le prolongement des États généraux de l’éducation nationale, de la formation et de la recherche, organisés du 25 au 29 janvier 2024. Présentée comme issue d’une large concertation nationale, la réforme revendique une base de recommandations structurées et consolidées.

    Au cœur du diagnostic, une loi devenue inadaptée aux évolutions sociales, économiques et pédagogiques. Le texte entend remplacer la loi n°25-95 du 17 novembre 1995, jugée obsolète au regard des changements intervenus depuis trois décennies, tant dans les pratiques éducatives que dans les exigences de performance.

    Thierry Moungalla a résum é l’ambition en des termes mesurés mais clairs : « Il s’agit d’adapter notre système éducatif aux exigences actuelles de qualité, d’équité et de performance ». La formule, reprise par plusieurs observateurs, signale une volonté de cohérence plus que de rupture brutale.

    Préscolaire obligatoire : miser sur les fondamentaux

    L’une des innovations les plus commentées concerne l’éducation préscolaire. Le projet généralise ce niveau et rend obligatoire la troisième année, un choix assumé comme stratégique pour consolider les apprentissages dès le jeune âge, là où se construisent le langage, la sociabilité et les premiers repères scolaires.

    Sur le primaire, la durée du cycle est revue à cinq ans. Le dispositif prévoit aussi un cours préparatoire unique, remplaçant l’organisation antérieure en CP1 et CP2. Derrière cette simplification, l’idée est de clarifier les étapes, d’harmoniser les parcours et de renforcer la lisibilité pour les familles.

    Dans les échanges autour du texte, l’accent est mis sur la continuité pédagogique. Le préscolaire obligatoire, articulé à un primaire resserré, est présenté comme une réponse pragmatique aux enjeux de niveau et de maîtrise des acquis, sans surcharger l’élève d’examens précoces.

    Évaluation au primaire : le contrôle continu en CM2

    Autre changement notable : le certificat d’études primaires (CEP) devient le diplôme sanctionnant la fin du cycle primaire, en remplacement du Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Cette révision des appellations s’accompagne d’une réorganisation des modalités de validation des acquis.

    Le projet instaure le contrôle continu en classe de CM2, en lieu et place de l’examen national. Selon Thierry Moungalla, « cette réforme allège le dispositif d’évaluation tout en valorisant le suivi pédagogique continu ». Le message est celui d’une école qui mesure davantage sur la durée que sur un seul jour.

    Dans les milieux éducatifs, le contrôle continu est souvent associé à une meilleure prise en compte des progrès, mais aussi à une exigence accrue de suivi. Le texte, tel que présenté, entend faire du CM2 un moment de consolidation, plutôt qu’un simple sas vers l’examen final.

    Secondaire et technique : continuité et valorisation des filières

    Pour l’enseignement secondaire général, l’architecture actuelle est maintenue. Le parcours reste organisé en deux cycles de quatre et trois ans, sanctionnés respectivement par le BEPC et le baccalauréat. Cette stabilité est présentée comme un choix de continuité, afin de concentrer l’effort sur les ajustements les plus urgents.

    Dans l’enseignement technique, l’accès au baccalauréat demeure conditionné par le brevet d’études techniques (BET). Le projet confirme donc la logique de progression par paliers, tout en envoyant un signal de valorisation des compétences professionnelles, dans un contexte où l’emploi qualifié est un enjeu transversal.

    Fait marquant, le brevet de technicien supérieur (BTS) est consacré comme diplôme d’État. Pour les acteurs du secteur, cette reconnaissance renforce la crédibilité des filières techniques, et peut aussi améliorer l’articulation entre formation et besoins des entreprises, sans déstabiliser les parcours académiques.

    Enseignement supérieur : le LMD généralisé

    Le système Licence-Master-Doctorat (LMD), déjà appliqué à l’université Marien-Ngouabi, est étendu à l’ensemble de l’enseignement supérieur. L’objectif affiché est d’harmoniser l’organisation des diplômes et de faciliter la comparabilité des parcours, dans un environnement académique de plus en plus interconnecté.

    Dans le même mouvement, les curricula intègrent une formation à une citoyenneté dite responsable, pacifique et patriote. Le choix des termes souligne une ambition éducative plus large que la seule transmission de savoirs, avec une attention portée à la cohésion sociale et aux repères civiques.

    Cette orientation, telle qu’exposée lors du Conseil des ministres, vise à consolider un socle commun de valeurs tout en accompagnant la modernisation des enseignements. Pour les universités et instituts, la généralisation du LMD implique surtout une discipline de gestion des crédits et des parcours.

    Gouvernance scolaire : partenaires, cantines, Haut Conseil

    Le projet de loi clarifie les relations entre l’État et les partenaires publics, privés et techniques. Sans bouleverser les rôles, il fixe un cadre de coopération, présenté comme utile pour coordonner l’offre éducative et sécuriser les interventions, notamment dans un secteur où l’appui de multiples acteurs est fréquent.

    Le texte pose aussi un cadre légal pour les cantines scolaires. Cette dimension, souvent abordée sous l’angle social, est désormais inscrite dans l’architecture juridique de l’école, ce qui peut faciliter l’organisation, la responsabilité des intervenants et la pérennisation des dispositifs selon les moyens disponibles.

    Enfin, le projet consacre la création d’un Haut Conseil de l’éducation nationale, de la formation et de la recherche, placé sous l’autorité du Premier ministre. Approuvé après examen et discussion en Conseil des ministres, le texte sera transmis au Parlement pour adoption.

    À retenir : ce que la réforme change concrètement

    Adopté en Conseil des ministres, le projet de loi rend obligatoire la troisième année du préscolaire, revoit le primaire à cinq ans et instaure un cours préparatoire unique. Il remplace le CEPE par le CEP et introduit le contrôle continu en CM2 à la place de l’examen national.

    Le texte maintient la structure du secondaire général, conditionne toujours l’accès au bac technique au BET, et fait du BTS un diplôme d’État. Dans le supérieur, il généralise le LMD au-delà de l’université Marien-Ngouabi et inscrit une éducation à la citoyenneté responsable, pacifique et patriote.

    Le point juridique/éco : un calendrier institutionnel balisé

    Sur le plan juridique, le projet s’inscrit dans une logique de mise à jour normative : il vise à remplacer la loi n°25-95 du 17 novembre 1995, jugée dépassée par les évolutions du système éducatif. La séquence institutionnelle est claire : après le Conseil des ministres, le Parlement est appelé à se prononcer.

    Sur le plan des politiques publiques, la réforme met l’accent sur des instruments de pilotage : cadrage des partenariats, reconnaissance des diplômes professionnels, harmonisation du supérieur, et création d’un Haut Conseil placé sous l’autorité du Premier ministre. L’ensemble dessine un effort de gouvernance autant que de pédagogie.

    Infographies et images : les repères visuels annoncés

    Infographie : Carte des cycles avant/après la réforme, avec préscolaire, primaire (5 ans), secondaire (4+3) et supérieur en LMD. Source : Compte rendu du Conseil des ministres lu par Thierry Moungalla, 20 janvier, Brazzaville.

    Infographie : Évaluations et diplômes, du CEP au bac, avec contrôle continu en CM2 et BTS diplôme d’État. Source : Projet de loi portant organisation du système éducatif, tel que présenté en Conseil des ministres, 20 janvier, Brazzaville.

    Photo : Conseil des ministres à Brazzaville, séance du 20 janvier, sous l’autorité du Président Denis Sassou N’Guesso. Légende : Le gouvernement valide un projet de loi issu des États généraux 2024 avant transmission au Parlement. Source : Communication gouvernementale citée dans le compte rendu lu par Thierry Moungalla.

    Conseil des ministres Éducation Réforme éducative Thierry Moungalla Université Denis Sassou N’Guesso
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