Un rebond confirmé par des chiffres robustes
Avec une prévision de 1,8 % de croissance pour l’année en cours, contre 1,5 % l’an dernier, l’économie congolaise confirme sa lente mais ferme consolidation, selon le diagnostic partagé le 20 septembre à Brazzaville lors d’un atelier préparatoire au deuxième Sommet mondial sur le développement social.
L’exercice, soutenu par les agences onusiennes, a réuni plus de soixante experts africains qui ont passé au crible les données macroéconomiques du pays dans une conjoncture continentale encore secouée par la crise énergétique, l’inflation importée et la volatilité persistante des marchés des matières premières.
À retenir, insistent les économistes présents, le redressement observé depuis 2021 repose d’abord sur la discipline budgétaire restaurée, la mobilisation accrue des recettes hors pétrole et la poursuite d’un dialogue constructif avec les partenaires, dont le Fonds monétaire international, afin de préserver les équilibres fondamentaux.
Les moteurs internes d’une croissance maîtrisée
Le secteur pétrolier, pilier historique, devrait contribuer pour plus de la moitié au produit intérieur brut, porté par une production stabilisée et un prix du Brent redevenu favorable, mais ce sont les services, le BTP et l’agroforesterie qui fournissent désormais la respiration la plus régulière.
Dans les ministères économiques, on souligne la montée en puissance du guichet unique de formalisation des entreprises, qui a réduit à trois jours l’immatriculation d’une société, stimulant l’initiative privée et la collecte fiscale, sans rogner sur les impératifs de transparence salués par les bailleurs.
Le numérique, cheval de bataille du Plan national de développement, s’illustre par l’extension de la fibre optique et un environnement fintech en ébullition. Selon le régulateur, 42 % des Congolais utilisent désormais le paiement mobile, contre 25 % en 2022, un bond décisif pour l’inclusion financière.
L’éducation et la santé comme accélérateurs sociaux
Le taux d’alphabétisation atteint 81 %, positionnant le Congo en tête de la CEMAC. Les autorités misent sur une nouvelle carte scolaire, avec priorités aux zones rurales, et sur un partenariat renforcé avec l’UNESCO pour numériser les contenus pédagogiques et réduire enfin la fracture éducative.
Dans les hôpitaux de référence, le plateau technique s’est densifié grâce au Programme d’investissements prioritaires 2023-2025. Le directeur du Centre hospitalier universitaire de Brazzaville résume : « Nous réalisons désormais localement des actes qui exigeaient autrefois une évacuation sanitaire, ce qui réduit le coût social des soins ».
À retenir également, la montée des hubs pharmaceutiques locaux qui sécurisent l’accès aux médicaments essentiels. Le chiffre d’affaires du secteur a progressé de 17 % en un an, portée par un dispositif fiscal incitatif qui encourage l’import-substitution et réduit la dépendance extérieure.
Chômage, inégalités : des défis toujours pressants
Malgré ces avancées, le chômage global demeure à 19,44 %, avec un pic de 39,46 % chez les jeunes. Le gouvernement déploie une série de chantiers publics à haute intensité de main-d’œuvre dans les voiries urbaines et les pistes agricoles pour absorber une partie de cette tension.
La ministre des Affaires sociales, Irène Marie Cécile Mboukou-Kimbatsa, juge la bataille cruciale : « Nos indicateurs macroéconomiques s’améliorent, mais la paix sociale exige que les fruits de la croissance soient tangibles pour chaque famille ». Elle appelle au renforcement du programme national d’entrepreneuriat des jeunes.
Le point économique retient qu’un ciblage plus fin des transferts sociaux et une meilleure digitalisation du registre des bénéficiaires devraient accroître l’efficacité de la dépense publique. La Banque mondiale estime qu’un gain d’un point de PIB est possible en rationalisant les subventions non ciblées.
Doha en ligne de mire pour porter la voix congolaise
Brazzaville prépare activement le sommet de Doha, considéré comme une étape clef pour réactualiser les engagements formulés à Copenhague en 1995. Les groupes de travail finalisent une note de position qui mettra en avant l’expérience congolaise en matière de croissance inclusive et de protection sociale.
« Il nous revient de proposer des solutions transposables dans les pays à revenu intermédiaire », explique un expert du ministère du Plan, convaincu que le pays peut faire valoir ses succès en matière de gestion de la dette, de diversification économique et d’innovations sociales.
À l’issue de l’atelier, les participants ont établi une matrice d’engagements articulée autour de trois axes : emploi des jeunes, renforcement du capital humain et financement du développement social. Cette feuille de route servira de boussole pour la délégation congolaise et ses partenaires internationaux.
Pour les économistes, la tenue de ce sommet dans le Golfe donnera au Congo l’opportunité de consolider ses partenariats Sud-Sud, notamment avec le Qatar et l’Arabie saoudite, déjà actifs dans l’énergie solaire et les infrastructures portuaires. De nouvelles signatures sont envisageables dès le premier trimestre 2025.
Aux yeux des observateurs, réunir stabilité macroéconomique, investissements ciblés et gains sociaux mesurables permet au Congo de s’inscrire dans l’agenda 2030 des Nations unies. Si la trajectoire reste alignée, le cap des 3 % de croissance pourrait être dépassé en 2026, confirmant le retour durable au vert.
