Cap sur l’Académie Marien-Ngouabi
À Djiri, le campus vallonné de l’Académie militaire Marien-Ngouabi a vibré, du 22 au 31 août 2025, au rythme de TAMBO, sixième Manœuvre École des Forces armées congolaises. Au programme, simulation stratégique, coordination inter-services et visites d’autorités nationales.
La cérémonie de clôture, présidée le 30 août par le ministre de la Défense nationale Charles-Richard Mondjo, a réuni le haut commandement, des représentants des forces de sécurité intérieure et les chefs de corps venus évaluer la pertinence didactique de l’exercice.
Conçue par le Commandement des écoles, la simulation clôturait le cycle 2024-2025 des stagiaires du Diplôme d’état-major interarmées, des cours de formation continue des unités et des élèves officiers issus de la formation initiale.
Enjeu stratégique de l’hypothèse n°7
Le scénario mettait les participants face à une crise transfrontalière relevant de l’hypothèse d’engagement n°7 des FAC : atteinte grave à l’ordre public et à la continuité de l’État, dans une zone liquide et terrestre disputée par des groupes armés aux ressources illicites.
À travers ce canevas exigeant, l’état-major voulait éprouver la capacité des commandants à articuler les six fonctions opérationnelles — renseignement, conduite, feu, mobilité, logistique et protection — dans un environnement multitâches tout en maîtrisant le facteur temps.
Le colonel-major Jean-Pierre Bouka, directeur de l’exercice, explique que « la pression d’un trafic d’armes combiné à des complicités étatiques voisines oblige nos stagiaires à intégrer diplomatie, droit international et maîtrise graduée de la force ».
Interopérabilité et culture commune
Longtemps pensées en silos, les composantes congolaises travaillent désormais en groupement de forces mixtes associant armée de Terre, Air, Marine, police, gendarmerie, douanes et eaux-et-forêts. TAMBO a servi de laboratoire à cette approche intégrée, jugée indispensable aux menaces contemporaines.
Selon le général de brigade Charles-Victoire Bantadi, « l’exercice démontre que l’échange d’informations tactiques en temps réel crée une confiance interservices que seule l’expérience partagée peut cimenter ». Le propos rejoint les conclusions doctrinales adoptées lors du dernier séminaire défense-sécurité de Brazzaville.
Pour valider cette interopérabilité, les élèves ont synchronisé frappes aéromaritimes, filtrage de convois routiers et opérations civilo-militaires visant à rassurer les populations frontalières. Les évaluateurs ont insisté sur la cartographie collaborative et le partage d’images satellites obtenues grâce au partenariat avec l’Agence congolaise de l’espace.
Rayonnement régional des formations
TAMBO 2025 a accueilli 353 personnels, dont 71 officiers étrangers venus de neuf pays ouest et centrafricains. Cette présence confère à l’Académie Marien-Ngouabi un statut de centre d’excellence sous-régional, tout en renforçant la diplomatie de défense de Brazzaville.
Le capitaine ivoirien Koffi-Arnaud Yao estime que « la qualité des outils pédagogiques partagés transcende les doctrines nationales et accélère la constitution d’un langage opérationnel commun ». Des retombées concrètes sont attendues dans les dispositifs conjoints de sécurisation du golfe de Guinée.
En retour, l’État congolais capitalise cette attractivité pour promouvoir son savoir-faire et consolider les réseaux de coopération bilatérale. Les attaches nouées à Djiri facilitent l’obtention de soutiens logistiques ou de renseignements dans un espace sahélo-transguinéen en recomposition rapide.
Digitalisation au cœur de l’entraînement
Grande nouveauté 2025, un réseau intranet chiffré relie postes de commandement, simulateurs et salles d’analyse. Les stagiaires manipulent des cartographies 3D et des flux vidéo autonomes, tandis que les instructeurs disposent d’indicateurs en temps réel pour injecter des événements et mesurer la réactivité décisionnelle.
La cellule de cyberdéfense de l’Académie a profité de la plateforme pour sensibiliser aux procédures de sécurisation des données opérationnelles. « Aucune victoire durable n’est possible si la chaîne numérique est vulnérable », rappelle le commandant Olga-Sandrine Obili, spécialiste des réseaux sécurisés.
Au-delà du volet technique, la digitalisation soutient la pédagogie par compétences : chaque décision prise en simulation génère des métriques ensuite discutées en séance critique, renforçant la boucle vertueuse apprendre-faire-analyser qui fonde la doctrine d’enseignement de l’Académie Marien-Ngouabi.
Perspectives pour la défense nationale
La brillante exécution de TAMBO alimente la réflexion stratégique du ministère sur la réédition prochaine du Livre blanc défense-sécurité. Les observations collectées serviront à ajuster les programmes capacitaires, notamment dans le renseignement d’origine image et la mobilité aérienne tactique.
Aux yeux de nombreux analystes, l’exercice inscrit les Forces armées congolaises dans la dynamique continentale de professionnalisation soutenue par l’Union africaine. Tout en demeurant souveraine, Brazzaville se donne ainsi les moyens de contribuer à la stabilité régionale et à la sécurité collective.
Sur le plan sociétal, les autorités rappellent que le professionnalisme militaire profite d’abord aux civils. En diminuant l’exposition des zones frontalières aux trafics, les FAC favorisent la circulation légale des biens, la scolarisation des enfants et l’implantation d’activités formelles génératrices d’emploi durable.
Les organisateurs soulignent également la participation accrue des officières en poste clé. Qu’il s’agisse de la planification logistique ou de la lutte informatique défensive, trente-deux femmes ont occupé des fonctions de responsabilité, illustrant l’évolution recherchée par la stratégie nationale Égalité genre dans les forces.
