Mobilisation des journaliers d’E2C
Le 5 septembre à Brazzaville, le collectif national des journaliers de la Société Énergie électrique du Congo a haussé le ton. Quasiment sept mois après une réunion décisive avec la direction d’E2C, leurs demandes d’intégration et de garanties sociales restent sans réponse.
Ce silence, jugé incompréhensible par les intéressés, alimente une crispation grandissante sur les chantiers de distribution et de vente d’électricité. Les journaliers rappellent qu’ils assurent la continuité du service public dans des quartiers parfois difficiles d’accès, souvent au prix de longues heures supplémentaires.
Une mobilisation qui ne faiblit pas
Selon le porte-parole du collectif, Jean-Baptiste Louemba, « plus de 1 800 journaliers ont été enrôlés le 8 mars en présence de la police, mais aucun contrat n’a suivi ». Ses propos résonnent comme un rappel ferme aux engagements actés devant les autorités sectorielles.
Le collectif insiste sur l’enjeu humain : derrière chaque travailleur, une famille attend une couverture sociale, un salaire régulier et des perspectives de carrière. « Nous ne réclamons pas de privilèges, seulement l’application des textes », ajoute Louemba, déterminé à poursuivre le dialogue.
Les engagements du 11 mars
Le 11 mars, la direction d’E2C avait accepté de finaliser l’intégration après une phase de recensement initiée le 13 février par le ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique. Un calendrier technique devait suivre, assorti d’un plan de formation interne et d’une grille salariale harmonisée.
Six mois plus tard, les journaliers disent n’avoir reçu qu’une avance ponctuelle de mission et plusieurs promesses orales. Pour le collectif, cette situation risque de compromettre les objectifs nationaux d’électrification, notamment dans le couloir Pointe-Noire – Ouesso, identifié comme prioritaire par le gouvernement.
Un maillon essentiel de la chaîne électrique
Dans les quartiers périphériques de Brazzaville, ce sont souvent les journaliers qui relèvent les compteurs, rétablissent un câble arraché par la pluie ou sécurisent un transformateur. Leur connaissance du terrain constitue, aux yeux des responsables municipaux, un atout majeur pour la fiabilité du réseau.
Les chiffres internes d’E2C évoquent une réduction de 12 % des coupures non programmées entre 2023 et 2024 grâce aux interventions rapides de ces équipes mobiles. Sans leur implication, estiment des ingénieurs du cabinet Logecom, les temps de rétablissement dépasseraient parfois vingt-quatre heures, au détriment des PME locales.
À retenir
La démarche des journaliers s’inscrit dans un cadre légal défini par le Code du travail révisé en 2022 ; elle revendique l’application de l’article 62 sur l’égalité de traitement pour une même tâche. Le dossier concerne environ 1 800 personnes et pourrait toucher indirectement 10 000 bénéficiaires familiaux.
Le point éco
Le secteur électrique congolais, libéralisé en partie depuis 2018, prévoit d’augmenter de 30 % sa capacité de production à l’horizon 2030. La stabilité sociale des agents de terrain devient donc un paramètre stratégique : toute tension prolongée alourdirait le coût des capitaux et retarderait les projets hydroélectriques régionaux.
Les positions officielles
Contactée, la direction d’E2C assure « poursuivre les discussions techniques pour un schéma d’intégration viable ». Une source interne précise que la société attend la validation d’un avenant budgétaire afin de sécuriser la masse salariale supplémentaire et d’étendre la couverture médicale du personnel non permanent.
Du côté du ministère de l’Énergie, le conseiller Bosso Mvoula rappelle que le gouvernement « attache une importance capitale à la paix sociale ». Il souligne que les arbitrages budgétaires sont en cours dans le cadre du Programme national de développement 2022-2026, sans remettre en cause les promesses faites.
Perspectives sociales et institutionnelles
Face à l’absence de calendrier formel, le collectif envisage de nouvelles manifestations pacifiques devant le siège d’E2C. Il précise toutefois vouloir travailler « main dans la main avec les autorités », invoquant l’esprit de concertation promu par le président Denis Sassou Nguesso dans ses récents discours.
Des organisations de la société civile, telles que la Confédération syndicale des travailleurs du Congo, appellent pour leur part à une médiation rapide. Selon elles, le retard actuel pourrait nuire à la perception internationale du climat des affaires, alors que Brazzaville renforce sa coopération énergétique avec la CEMAC.
Les experts du cabinet Indeng, mandatés l’an dernier pour auditer la gouvernance d’E2C, estiment qu’une consolidation du statut des journaliers permettrait de réduire de 8 % les pertes commerciales liées aux raccordements informels. Ils recommandent de coupler l’intégration à une campagne de formation aux normes de sécurité.
À court terme, une task-force interministérielle pourrait être convoquée afin d’aligner les besoins financiers, les objectifs de performance et la feuille de route sociale. Cet outil de suivi, testé dans le secteur de l’eau, a déjà démontré sa capacité à fluidifier les arbitrages administratifs.
En attendant, les journaliers entendent maintenir une posture d’alerte citoyenne, persuadés que des solutions existent pour sécuriser le réseau tout en valorisant leur savoir-faire. « Nous voulons éclairer le pays, pas l’assombrir », résume un technicien, espérant que la lumière viendra enfin du dialogue.
Prochaine étape : un arbitrage budgétaire qui pourrait enfin allumer la lanterne collective tant.
