Au cœur de la stratégie hydroélectrique congolaise
Depuis quinze ans, le barrage d’Imboulou, joyau de 120 MW niché dans le département des Plateaux, symbolise les ambitions du Congo pour une électricité propre et accessible. Sa mise en service, en 2010, avait doublé à elle seule la capacité nationale installée.
Aujourd’hui, une seule turbine reste active, limitant la production à 30 MW et réactivant la question de la sécurité énergétique, alors que la demande grimpe de 8 % par an selon la société Énergie électrique du Congo, E²C.
Une turbine sur quatre : état des lieux alarmant
La mission menée fin septembre par le directeur de cabinet du ministère de l’Énergie, Frédéric Manienze, a confirmé l’ampleur des dégâts. Les infiltrations d’eau ont fragilisé des dalles de béton, obligeant les ingénieurs d’AITPC à colmater en urgence pour éviter une propagation des fissures.
Dans la salle des machines, la turbine numéro 2, 120 tonnes, repose désormais en pièces détachées après son démontage par Fomico en 2024. Les turbines 3 et 4 attendent, elles, leur révision décennale, faute d’accessoires disponibles sur place.
Un calendrier de travaux sous forte contrainte
Les experts mandatés par E²C estiment à douze mois la durée minimale pour remettre en état les machines, dès signature des bons de commande. Harbin Electric, constructeur chinois des turbines, doit d’abord inspecter les organes critiques avant de lancer la fabrication des pièces sur mesure.
Le directeur de production, Armel Itoua Ibara Mbimbi, assure qu’un programme séquencé sera présenté au gouvernement dans les semaines à venir. Il prévoit de prioriser la remise en service de la turbine 4, dont le stator reste intact, afin de récupérer 30 MW supplémentaires.
Mobilisation financière et partenariats techniques
Selon le ministère des Finances, le coût global de la réfection est évalué à l’équivalent de 27 millions de dollars, soit 2 % du budget d’investissement national. Un tour de table réunissant BDEAC, Eximbank of China et quelques banques locales est en négociation discrète.
Pour attirer ces financements, Brazzaville met en avant la performance environnementale du barrage, capable d’éviter 180 000 tonnes de CO2 par an lorsque les quatre turbines tournent. La valeur carbone pourrait être certifiée, puis cédée sur les marchés volontaires pour alléger la facture.
Répercussions pour les usagers et pour le climat
Le dysfonctionnement actuel se ressent déjà dans la capitale où les délestages s’allongent, contraignant ménages et PME à recourir au diesel. Pour Espérance Makosso, artisane à Talangaï, « chaque panne coûte une journée de revenu ». Ces coupures freinent aussi la mise en service de nouveaux lotissements.
À moyen terme, la relance complète d’Imboulou sécuriserait la fourniture des hôpitaux, des universités et des zones industrielles comme Maloukou, tout en réduisant les émissions liées aux groupes électrogènes. Le barrage intégrerait alors la stratégie climatique nationale actualisée lors de la COP28.
À retenir
Imboulou demeure un actif critique : 25 % de la capacité électrique installée, un coût de maintenance maîtrisable et un potentiel climatique majeur. Sa réhabilitation est donc moins une option qu’une nécessité, soulignent les ingénieurs dépêchés sur site.
Le point éco
La remise à niveau pourrait générer près de 400 emplois directs pendant un an, selon les projections d’AITPC. Le secteur du BTP local serait mobilisé pour le génie civil, tandis que la maintenance électromécanique offrirait des opportunités de transfert de compétences vers les ingénieurs congolais.
À long terme, la pleine production du barrage devrait épargner 12 milliards de francs CFA de factures pétrolières par an. Ces économies pourraient être réaffectées au Fonds national de développement, confortant la diversification voulue par le Plan national de développement 2022-2026.
Dimension sous-régionale CEMAC
La remise en route d’Imboulou renforcerait également l’interconnexion avec le réseau Nord de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Une ligne haute tension de 225 kV, financée par la Banque mondiale, est en construction pour relier Oyo à Ouesso, puis au Cameroun.
Pour le chercheur David Oba, spécialiste des infrastructures régionales, « l’exportation d’excédents vers le Gabon ou la RCA demeure envisageable à condition de maintenir un facteur de disponibilité supérieur à 80 % ». Cette perspective ouvrirait des recettes d’export qui financeraient l’entretien futur.
Gestion durable des ouvrages
Le ministère prépare parallèlement un plan national de maintenance préventive pour les grands barrages, inspiré du modèle ivoirien. L’idée est de mutualiser les stocks de pièces, de digitaliser la surveillance en temps réel et de former une brigade de techniciens itinérants.
Cette approche, déjà testée sur le barrage de Moukoukoulou, a réduit de 30 % les arrêts non planifiés en deux ans. Appliquée à Imboulou, elle prolongerait la durée de vie des équipements au-delà des 40 années initialement prévues par la conception.
Voix des riverains
À Abala, village le plus proche, les notables plaident pour que les travaux incluent la réhabilitation de la route d’accès et l’électrification des dispensaires. « Nous voyons les pylônes mais la lumière arrive encore par groupes électrogènes », rappelle le chef Raymond Bilombo.
