Diata mobilisée pour la CNI
Depuis une semaine, le quartier Diata, dans le cinquième arrondissement de Brazzaville, ne désemplit pas. Sous un chapiteau dressé près du marché, agents de la direction générale de la Sûreté nationale enrôlent, photographie et numérisent les empreintes de centaines d’habitants venus obtenir la nouvelle Carte nationale d’identité.
L’opération, pilotée par le ministère de l’Intérieur, s’inscrit dans le vaste programme gouvernemental d’état-civil numérique annoncé en 2022. Diata a été choisi comme site pilote pour tester des procédures fluidifiées, réduire les files d’attente et rapprocher le service public du citoyen.
Un dispositif administrativement renforcé
Dès l’aube, huit guichets mobiles accueillent les usagers, épaulés par des volontaires de la mairie et des associations de jeunesse. Un générateur autonome sécurise l’alimentation électrique, tandis qu’une connexion fibre dédiée assure la transmission instantanée des données vers le serveur central hébergé à Mpila.
Selon le commissaire divisionnaire Jean-Claude Mabiala, responsable de l’état-civil au niveau de la ville, la capacité quotidienne est passée de 300 à 900 dossiers grâce à ce dispositif. « Notre priorité est la qualité du service et la fiabilité des informations biométriques », insiste-t-il.
Enjeux citoyens et sécuritaires
Au-delà du document, la CNI conditionne l’accès aux examens nationaux, à l’ouverture de comptes bancaires et au vote. L’opération d’enrôlement répond aussi aux exigences régionales de lutte contre la criminalité transfrontalière, inscrites dans l’agenda de la CEMAC sur l’identification fiable des personnes.
Le général de police Édouard Ndinga rappelle que près de 40 % des anciennes cartes émises avant 2010 sont expirées. « Mieux contrôler l’identité, c’est protéger la population et rassurer les investisseurs », souligne-t-il, citant les recommandations du Conseil national de sécurité de février dernier.
Témoignages et attentes des habitants
Assise sous un parasol improvisé, Yvette Kinkala, étudiante en droit, se réjouit de la rapidité du processus. « J’ai perdu ma carte pendant les inondations de 2021. Ici, on me donne un récépissé sécurisé en vingt minutes, je peux enfin finaliser mon inscription universitaire ».
Plus loin, M. Mfoutou, menuisier, pointe toutefois le coût. Les droits de timbre s’élèvent à 7 500 francs CFA. « Pour un père de famille, c’est un effort, mais j’ai besoin de la carte pour décrocher des marchés publics », admet-il, espérant une future tarification sociale.
Le point juridique/éco
Le décret du 6 janvier 2023 a réduit la durée de validité de la CNI à cinq ans, afin d’intégrer plus rapidement les évolutions technologiques. Les nouvelles cartes, fabriquées par la société congolaise Semlex, contiennent une puce sécurisée conforme aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale.
Côté finances publiques, le partenariat public-privé garantit à l’État un reversement de deux mille francs par carte, destiné à moderniser les centres d’état-civil des douze départements. Le Trésor a déjà encaissé 1,4 milliard de francs depuis le lancement national, selon la direction du budget.
À retenir
Diata sert désormais de laboratoire grandeur nature pour le déploiement d’une CNI biométrique plus sûre, plus rapide et génératrice de recettes publiques. La mobilisation des habitants révèle une demande forte d’identité légale, indispensable à l’inclusion économique et à la consolidation de la gouvernance sécuritaire.
Cap vers l’identité numérique
Le gouvernement prépare la création d’une plateforme mobile qui permettra de prendre rendez-vous en ligne et de suivre en temps réel la fabrication de sa carte. Un SMS alertera l’usager dès que le document sera disponible au commissariat de son choix.
Les développeurs congolais du hub numérique de Kintélé travaillent déjà sur une interface bilingue français-lingala pour faciliter l’accès. Dans un second temps, la carte pourra être ajoutée au portefeuille d’identité numérique continental défendu par l’Union africaine, ouvrant la voie à l’interopérabilité régionale.
La modernisation au service de la diaspora
Plus de 250 000 Congolais vivent hors des frontières nationales, principalement en France, au Gabon et en Côte d’Ivoire. Le ministère des Affaires étrangères prévoit d’étendre l’enrôlement aux ambassades, avec des kits mobiles déjà testés auprès des étudiants à Dakar en mars dernier.
Cette extension simplifiera la délivrance de passeports, permettra le vote à distance et sécurisera les transferts d’argent. « L’identité fiable est la première protection de nos compatriotes à l’étranger », rappelle la consule générale à Paris, Mme Théa Ndouani, évoquant un lancement progressif avant fin 2024.
Perspectives régionales
Le Congo-Brazzaville entend partager son expérience avec le Cameroun et le Gabon dans le cadre du programme CEMAC Passporting ID, coordonné par la Banque de développement des États de l’Afrique centrale. Des échanges techniques sont annoncés pour juillet à Libreville.
À terme, l’harmonisation des formats de cartes pourrait fluidifier la circulation des personnes et renforcer la compétitivité des ports du Golfe de Guinée. Les autorités congolaises soulignent que la souveraineté des données reste intégralement préservée, grâce à un stockage redondant sur le territoire national.
