Brazzaville célèbre ses plumes émergentes
Brazzaville a vibré le 13 septembre au rythme des mots, des applaudissements et des éclats de voix quand l’association Plum’Art-Z a dévoilé les huit « Grand Prix » de sa cinquième édition, dans la salle comble du Centre culturel Jean-Baptiste-Tati-Loutard.
Devant un public mêlant écrivains confirmés, élèves, étudiants et diplomates, la cérémonie a multiplié les instants de grâce : poèmes déclamés, extraits de romans murmurés, rythmes de tam-tam accompagnant la proclamation des lauréats, le tout retransmis en direct sur les réseaux sociaux de l’association.
En cinq ans, Plum’Art-Z est devenue une scène attendue du calendrier culturel congolais, soutenue par le ministère de l’Industrie culturelle et par plusieurs mécènes privés qui voient dans l’initiative un relais efficace de la politique nationale de promotion de la lecture.
Huit genres, huit consécrations littéraires
Le jury présidé par le critique Rosin Loemba, spécialiste des littératures francophones, a distingué huit voix couvrant la poésie, le roman, l’essai, la nouvelle, le conte, le théâtre, la critique et la lecture performée, afin de refléter la diversité stylistique d’un pays polyphonique.
Chaque catégorie comportait un premier, un deuxième et un troisième prix, illustrant la volonté de repérer les talents émergents autant que d’honorer des auteurs déjà salués par la critique, dans un pays où le livre circule encore trop souvent hors des circuits commerciaux classiques.
Des lauréats aux profils prometteurs
Le Prix du roman est revenu à Jean-Rodrigue Ngakosso pour un manuscrit disséquant avec humour les paradoxes du fleuve Congo, tandis que Noël Nkodia Ramatha a raflé le Prix de la critique grâce à une étude fouillée sur les trajectoires féminines dans la littérature post-indépendance.
Le poète Omer Massem, couronné dans sa discipline, confie qu’il écrit « pour redonner une respiration au lingala et au kituba, en les mariant au français ». Sa récompense, assure-t-il, servira à financer un recueil bilingue déjà sollicité par plusieurs maisons d’édition.
En essai, Émile Gankama propose une réflexion didactique sur l’économie circulaire dans les villes secondaires, sujet qui intéresse directement les plans gouvernementaux de transition verte. « La littérature peut nourrir la décision publique », glisse-t-il, saluant « un Congo qui lit pour agir ».
La nouvelle d’Emmanuel Eta-Onka, reçue au nom de l’auteur par sa fille Claudia, a ému la salle par sa lucidité sur l’exil intérieur. Selon le jury, ce texte « fait écho aux silences des quartiers populaires et mérite d’être inscrit au programme scolaire ».
L’esprit Plum’Art-Z et sa mission citoyenne
Pour Ulrich Bakoumissa Ngouani, fondateur de l’association, l’enjeu dépasse la remise des trophées : « Nous voulons que l’auteur soit célébré de son vivant, afin qu’il devienne un repère pour la jeunesse ». Le concours s’appuie sur des clubs de lecture actifs dans dix lycées.
Plum’Art-Z finance également des résidences d’écriture dans les départements du Pool et de la Sangha, offrant aux lauréats un mois d’immersion rurale pour travailler, animer des ateliers et collecter des récits locaux, en partenariat avec les directions départementales de la culture.
La cinquième édition a reçu le soutien de la société pétrolière nationale, d’une banque de la place et de l’Institut français, témoignant d’un mécénat transversal. Les organisateurs évoquent un budget global de 25 millions de francs CFA, entièrement audité chaque année.
Un écho à la stratégie culturelle nationale
La cérémonie intervient alors que le gouvernement finalise le Plan national du livre et de la lecture, piloté par la ministre Catherine Tassoua, qui vise à tripler le nombre de bibliothèques publiques d’ici 2028 et à soutenir l’édition locale par un fonds de garantie.
En saluant les lauréats, le directeur de cabinet du ministère a rappelé que la République du Congo « ambitionne de devenir la plaque tournante de l’édition en Afrique centrale », misant sur l’exonération des droits de douane sur le papier et sur la formation professionnelle.
Lire, écrire, entreprendre: impact socio-économique
Selon l’Union des libraires, chaque franc investi dans le secteur livre génère dix francs de valeur indirecte via l’imprimerie, le transport et les activités numériques. Plum’Art-Z contribue à cet effet multiplicateur en garantissant un tirage subventionné de 500 exemplaires pour chaque auteur primé.
L’association prévoit aussi une plateforme de vente en ligne sécurisée, développée par une start-up brazzavilloise, afin de réduire le piratage et d’ouvrir des marchés extérieurs, notamment la diaspora congolaise installée à Paris, Bruxelles, Montréal et Pointe-Noire.
Repères chiffrés et calendrier à venir
Au total, 214 manuscrits ont été reçus cette année, soit une hausse de 38 % par rapport à 2022. Les inscriptions pour l’édition 2026 seront ouvertes dès janvier, avec l’introduction d’un neuvième prix consacré à la bande dessinée patrimoniale.
Le point juridique du livre congolais
La loi sur la propriété littéraire de 2019 offre désormais un dépôt légal gratuit et simplifié, géré par la Bibliothèque nationale, condition sine qua non pour prétendre aux prix Plum’Art-Z et bénéficier de la distribution institutionnelle.
Cette réforme, saluée par les éditeurs, s’accompagne d’un barème de droits d’auteur plancher fixé à 12 %, contre 8 % auparavant, ainsi que d’incitations fiscales pour les entreprises qui achètent des livres africains en vue de leur mécénat scolaire.
