Un horizon climatique dégagé pour 2065
Le ciel du Congo-Brazzaville pourrait retrouver sa vitalité bleue dès 2065, selon les projections scientifiques relayées par la ministre de l’Environnement, Arlette Soudan-Nonault, lors de la Journée internationale dédiée à la couche d’ozone célébrée le 16 septembre à Brazzaville.
Au-delà du symbole, l’annonce confirme la trajectoire ascendante des politiques climatiques nationales, alignées sur le Protocole de Montréal qui, depuis 1987, a mobilisé 197 États pour éliminer les substances appauvrissant l’ozone, telles que les chlorofluorocarbones et leurs dérivés encore utilisés dans les systèmes frigorifiques.
Le ministère met désormais l’accent sur un nouveau jalon : l’interdiction complète, en 2030, du R22 et de ses mélanges, étape décisive avant la neutralité totale visée quinze ans plus tard pour l’ensemble des hydrochlorofluorocarbures.
Protocole de Montréal : un succès confirmé
Trente-six ans après sa signature, le traité international est souvent cité comme l’exemple rare d’un accord environnemental respecté. Les mesures de contrôle des CFC ont déjà permis, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, une réduction de 99 % des substances visées à l’échelle planétaire.
La ministre congolaise y voit la preuve que « la volonté collective porte ses fruits », soulignant que chaque dixième de millimètre récupéré dans la couche d’ozone limite le rayonnement ultraviolet nocif, préserve les cultures de manioc et réduit les risques de cataracte en milieu tropical.
Engagements du Congo pour 2030
Le plan national de gestion des HCFC, validé en Conseil des ministres, prévoit un quota annuel décroissant de R22 pour l’industrie du froid, des contrôles douaniers renforcés et un programme de recyclage qui valorise les fluides récupérés plutôt que de les brûler, limitant ainsi les émissions additionnelles de CO₂.
D’ici huit ans, chaque importateur devra posséder une licence environnementale attestant le respect du plafond autorisé. Les sanctions iront jusqu’à la suspension d’agrément pour les opérateurs récidivistes, tandis qu’un fonds incitatif aidera les PME à basculer vers des alternatives naturelles comme le propane ou l’isobutane.
R22 et gaz HCFC : la sortie programmée
Le R22, apprécié pour sa stabilité thermique, reste omniprésent dans les climatiseurs importés d’occasion. Or il possède un potentiel de réchauffement global presque 2000 fois supérieur à celui du CO₂, sans compter son rôle direct dans l’amincissement de l’ozone stratosphérique.
La feuille de route congolaise table sur un renouvellement progressif du parc électroménager grâce aux droits de douane différenciés : les équipements chargés en HFC ou en fluides naturels bénéficient d’une taxation allégée, tandis que les systèmes fonctionnant au R22 voient leurs tarifs majorés de 30 %.
Impacts sanitaires et climatiques rappelés
Les experts de l’Université Marien-Ngouabi rappellent que l’exposition aux aérosols carbonés augmente la mortalité prématurée de 10 % dans les zones urbaines de Brazzaville. Le lien entre particules fines, cancers pulmonaires et asthme est désormais classé groupe 1 par le Centre international de recherche sur le cancer.
Face au bromure de méthyle, encore utilisé pour le traitement du bois exporté, l’Institut national de santé publique souligne le risque d’œdème pulmonaire aigu. Le ministère prévoit donc des formations ciblées auprès des scieries et la substitution progressive par des traitements thermiques.
Innovation frigo : place aux hydrocarbures
Plusieurs chaînes hôtelières de Pointe-Noire testent déjà des chambres froides fonctionnant au propane. Sous la houlette de l’Agence congolaise de l’électrification rurale, des ateliers itinérants présentent aux artisans frigoristes les procédures de charge sécurisée et l’entretien de ces équipements à faible empreinte climat.
Le lycée technique du 1er Mai a inscrit un module dédié aux fluides hydrocarburés dans son programme 2024. L’objectif consiste à former 500 techniciens par an, condition indispensable pour accompagner la montée en puissance du marché du froid vert et renforcer l’employabilité des jeunes diplômés.
Le point éco : filière froid en mutation
Selon la Chambre de commerce, la filière du froid génère déjà 1500 emplois directs et représente 0,8 % du PIB congolais. La modernisation nécessaire devrait attirer 25 millions de dollars d’investissements privés, notamment dans l’assemblage local de meubles réfrigérés et la collecte des déchets fluorés.
Le secteur bancaire, sous l’impulsion de la Banque postale du Congo, prépare une ligne de crédit verte pour les commerçants souhaitant remplacer leurs vitrines au R22. Le taux préférentiel de 6 % sur cinq ans vise à accélérer la diffusion d’équipements sobres en énergie.
À retenir
2065 reste la date référence pour le retour intégral de la couche d’ozone, mais l’étape clé du Congo demeure 2030, illustre Arlette Soudan-Nonault : interdiction du R22, soutien aux PME du froid, formation des techniciens et fiscalité différenciée constituent les quatre leviers d’un succès national.
Le point juridique/éco
Le décret d’application sur les HCFC, examiné par le Parlement lors de la prochaine session ordinaire, précisera la nomenclature douanière, le régime des amendes et la responsabilité élargie des importateurs. Sa promulgation attendue début 2024 ouvrira la voie aux contrôles conjoints Douanes-Environnement.
Témoignage terrain : la restauratrice de Makoua
À Makoua, dans la Cuvette, Lucie Molonge, restauratrice, témoigne qu’un congélateur à isobutane lui a permis d’économiser 30 % sur sa facture d’électricité mensuelle. « Si l’État facilite l’accès à ces appareils, nous protégerons l’air et notre portefeuille », confie-t-elle, sourire aux lèvres et gagne en attractivité auprès de la clientèle locale fidèle.
